Les Têtes raides font leur Bataclan

Le groupe phare de la chanson néo-réaliste s’est installé pendant un mois sur la scène du Bataclan à Paris, jusqu’au 28 février et s’investit dans des soirées citoyennes tous les lundis et des bals popu, le dimanche. Ambiance.

Une tribu énervée

Le groupe phare de la chanson néo-réaliste s’est installé pendant un mois sur la scène du Bataclan à Paris, jusqu’au 28 février et s’investit dans des soirées citoyennes tous les lundis et des bals popu, le dimanche. Ambiance.

Tous de noir vêtus, comme à leur habitude, et pas franchement rigolos, les huit musiciens des Têtes Raides, cuivres, guitares et accordéons, enflamment l'assistance très jeune, venue en découdre avec les bobos de la vie. Leur dernier album, le huitième déjà, Qu’est-ce qu’on se fait chier ! (Tôt au Tard/Wea) au titre volontiers sarcastique et de facture plus rock, donne allègrement le ton que ces militants de toujours veulent insuffler à une jeunesse qui ne demande qu’à se rebeller. Un vent de révolte, le mot est un peu fort, en tout cas une prise de conscience collective sur les problèmes sociaux actuels.

Les premières parties changent tous les soirs, Mano Solo pour débuter, Sainte Jasmine pour la clôture, histoire de ne pas ronronner. Il faut dire que ce n’est pas trop leur truc, aux Têtes Raides. A leurs débuts, au milieu des années 80, ils louvoyaient dans les milieux alternatifs et souterrains. Quelques albums plus tard, ils deviennent les chefs de file de cette chanson rock, façon bastringue, qui compte La Tordue ou les Ogres de Barback, et sont au bout du compte fidèles à leur engagement militant. Depuis une quinzaine d’années qu’ils tournent ensemble, aucune mise en avant excessive d’un des membres du groupe, à tel point que l’on peut regretter que pour un groupe revendicatif, ils prennent si parcimonieusement la parole sur scène.

Place à la musique, la fanfare, celle qui fait péter les cuivres omniprésents, accordéons et bandonéons quasiment sur tous les morceaux. De la java, du rock avec des guitares saturées, une ambiance presque houleuse et un tempo saccadé comme on les aime, comme un ska à la Madness, qui donne furieusement envie de plonger, de faire un pogo dans la foule... "On fera du raffut et du potin/et la main dans la main/on chant’ra dans la rue/c’qu’on fera de demain/c’qu’on aura bien voulu/si c’est pas défendu/de chanter dans la rue"... Rageusement, le pivot du groupe, le chanteur et guitariste Christian Olivier tient un tambourin d’une main et frappe sur un vieux meuble de récup tandis que Grégoire Simon bat la mesure avec son drôle de jeu de jambes devant un énorme tambour.

Pour ces lundis dits "de libre circulation" où le Bataclan se transforme en tribune politique, les Têtes Raides donnent la parole aux associations de défense des immigrés (Gisti), aux activistes de la lutte contre le sida (Act Up) ou à la coordination nationale des sans–papiers, des associations pour la plupart elles-mêmes en situation de précarité. Les recettes de ces soirées leur seront d’ailleurs entièrement reversées. Les caricaturistes du journal satirique Charlie Hebdo se déchaînent sur le papier tandis que sur scène, se succèdent, entre deux interventions, des artistes que l’on a plaisir à retrouver, comme les Femmouzes T, ce duo de chanteuses, l’une brésilienne, l’autre toulousaine qui clame très haut les valeurs occitanes.

Le Strasbourgeois Rodolphe Burger fait une reprise fort à propos des Petits papiers de Serge Gainsbourg, Lo’Jo ou encore le collectif de rap parisien La Rumeur, qui lui, prêche pour sa propre chapelle. On était pourtant venu assister à un concert de solidarité. Mis à part ce bémol, on est content de retrouver les Têtes Raides, presque guillerets après ce défilé de lamentations. Lorsque le groupe entonne Hexagone de Renaud, qui date de 1980, certains reconnaissent le morceau, d’autres l’entendent pour la première fois, mais une seule réaction: gros remous dans la foule compacte, les cris fusent, les bras se tendent, les poings se ferment. Pour ceux-là, le message est passé.