Nougaro : paroles et souvenirs

Combien furent-ils, jadis, à se promettre des croisées d'hortensias et des palmiers pleins les cieux ? Combien sont-ils aujourd'hui à s'étendre sur l'île de Ré pour un mois des plus tendres ? Combien seront-ils, demain, à danser sur lui, le soir de ses funérailles ? Nougaro est mort. Mais les rimes de ses chansons résonnent encore au coeur de générations entières d'amoureux. Ils se souviennent.

Mais aussi :
- DÉCÈS DE CLAUDE NOUGARO : sa vie, son oeuvre, son empreinte en quelques lignes.
- TEMOIGNAGES : Didier Sustrac, Ray Lema.

Paroles d'amis

Combien furent-ils, jadis, à se promettre des croisées d'hortensias et des palmiers pleins les cieux ? Combien sont-ils aujourd'hui à s'étendre sur l'île de Ré pour un mois des plus tendres ? Combien seront-ils, demain, à danser sur lui, le soir de ses funérailles ? Nougaro est mort. Mais les rimes de ses chansons résonnent encore au coeur de générations entières d'amoureux. Ils se souviennent.

Mais aussi :
- DÉCÈS DE CLAUDE NOUGARO : sa vie, son oeuvre, son empreinte en quelques lignes.
- TEMOIGNAGES : Didier Sustrac, Ray Lema.

Amoureux du verbe, Nougaro l'était au point qu'il disait être venu à la chanson par les mots et non pas l'inverse. Miroitier des mots, le poète occitan excitait nos sens et particulièrement notre ouie en façonnant la silice pour en faire la psyché de nos sentiments communs et passionnés.

"Les mots divins, les mots devins, les premiers mots, la fin des maux." (Les Mots)

"C'était un garçon qui a beaucoup apporté à la chanson française, en offrant un autre langage et un autre style après Brel" se souvient le producteur Eddie Barclay qui fut parmi les premiers à engager le journaliste aux velléités de chanteur et à la poétique plume d'ange. Poète, un terme qu'il n'affectionnait guère le concernant... "Poète, pouet pouet", un drôle de nom d'oiseau pour désigner ceux qui, d'Audiberti aux bluesmen du Missouri, sont des hommes exprimant un peu mieux que les autres "leur mal d'être, leur mal de vivre".

Une passion des mots qui trouvait un écho dans toutes les oreilles, de toutes les générations. Ainsi, le rappeur Kool Shen voisin du studio Davout à Paris (où l'un et l'autre préparaient ces derniers mois leur album respectif) évoque le chanteur à l'accent de Garonne : "Je ressens beaucoup de tristesse. Dans le hip-hop, on a beaucoup d'admiration pour Nougaro qui était un grand bonhomme. Il était authentique. Il jouait avec les sonorités et le sens des mots comme on le fait en rap, alliant le fond et la forme. Il ne faisait jamais dans la facilité. Sa passion pour le jazz, on la vit à travers le hip-hop". Une passion pour la musique ternaire née de l'écoute assidue de Bessie Smith, Glenn Miller ou Louis Armstrong. Le jazz, sa deuxième muse, son autre maîtresse. Une passion qu'il partageait avec ses amis pas sages du jazz…. L'ébouriffant Bernard Lubat, Gascon trublion qui comme Nougaro goûtait la torture des mots; l'architecte de quelques-unes de ses plus belles mélodies l'italo-accordéoniste Richard Galliano et puis le fidèle pianiste Maurice Vander qui fut de presque toutes les aventures nougaresques. Vander, avec lequel il signa son plus bel album en concert, Une voix, dix doigts (Philips 1991) où apparaissent, par intermittence, les notes chromatiques et magiques de l'harmoniciste belge Toots Thielemans.

Le jazz donc, un amour ancillaire dont on ne sait plus très bien qui fut au service de l'autre. Sur cette question Daniel Humair, le percutant batteur de Paris mai en 1968 a son idée : "C'était avec les musiciens de jazz que Claude se sentait le mieux, il faisait partie de la bande. Avec nous il n'y avait pas le jeu des caprices de l'artiste de variété". En septembre 98, lors d'un hommage à l'homme et à l'oeuvre au festival des Nuits de Champagne à Troyes, Nougaro, rajeunissait à vue d'oeil en observant la Compagnie Lubat se démener comme de beaux diables : "C'est au hasard de mes pérégrinations parisiennes dans les clubs comme le Blue Note que je les ai rencontré. Le jazz a tenu une place essentielle dans mon répertoire. A l'époque, j'étais accompagné de la fine fleur des années 60 les Pierre Michelot, Maurice Vander, Bernard Lubat, toute cette bande...".

Des jazzeux qui, en 1987, le sortirent de la mouise comme un juste retour de complicité lorsque Pascal Nègre, le patron fort peu inspiré de Barclay, lui donne son congé. Des jazzmen, américains cette fois, conduits par un duo de Frenchies Mick Lanaro et Philippe Saisse, ressuscitent le phoenix avec le percutant Nougayork. Un phoenix, un petit taureau, un Cathare noir selon l'imagerie consacrée ou, peut-être, un talonneur des mots. Un surdoué du talon d'Achille qui au plus fort de la mêlée en pleine castagne s'emploie à rendre la plus belle des rimes comme d'autres passent le plus beau des cuirs. Cela nous vaut quelques-uns des plus beaux vers de la chanson française.

Il y a six ans, sous le regard tendre et attentif de sa dernière compagne Hélène, Nougaro confiait : "Je ne crois pas être un chanteur romantique. Evidemment, la femme et l'amour de la femme tiennent une grande place au coeur de mon inspiration. De chanson en chanson, je raconte de manière plus ou moins transposée le fil de ma vie. Toutes les femmes de ma vie sont là, s'égrainent comme les perles d'un collier. Avec ce recul, il m'arrive de penser que je suis au terme de ce qu'on appelle une carrière qui a été assez longue. J'ai connu pas mal de modes, de traversées du désert. Le parcours d'un artiste parmi tant d'autres. Pour l'instant, je ne pense pas prendre ma retraite. Hier, j'ai commencé une chanson qui s'appelle La retraite aux flambeaux... On va voir ce que cela va donner, cela fera un peu de lumière dans la nuit... Ca va nous réchauffer..."

Brûlez flambeaux, résonnez trompette... Il est mort le divin enfant.

Frédéric Garat

DES ARTISTES SE SOUVIENNENT... :

Didier Sustrac : "C'est quelqu'un d'exceptionnellement humain, de très simple dans sa façon d'aimer, de donner et d'être. Quelqu'un en même temps de très complexe dans sa façon d'aborder la création. Pour moi c'est un grand poète qui m'a donné un petit peu de son amitié à un moment donné dans sa vie et ça fait partie de mes plus belles rencontres. Il avait besoin d'écrire, un besoin viscéral. Quand il n'écrivait pas, il n'était pas bien, il était plutôt en dépression. Je crois que sa lutte avec sa maladie, c'était d'écrire. A la fin, il avait repris le goût d'écrire et il avait une super pêche.
"Une de ses chansons me tient à cœur,
La Plume d'Ange
, parce qu'elle parle de spiritualité et lui, je le trouvais d'une grande conscience spirituelle supérieure à la norme. Je trouvais ses textes très empreints de spiritualité."

Propos recueillis par Alain Pilot

Ray Lema : "Ce que je garde de Claude, c'est surtout sa joie de vivre et son don du verbe. Nous savons tous que c'est un des plus grands chanteurs français mais il avait un don particulier, c'est de parler des choses les plus ordinaires avec une poésie que je trouvais extraordinaire. Notre chanson, C'est une Garonne, est née parce qu'il m'a amené des textes pour lesquels il voulait une musique. Il m'avait approché à la fin d'un concert où il était venu me voir. Il m'a dit qu'il aimait ce qu'il avait entendu et aimerait bien qu'on travaille ensemble. C'est comme ça que ça a démarré. Je me sens tellement triste."

Propos recueillis par Alain Pilot