Magyd Cherfi

Connu, reconnu et adulé comme chanteur et auteur du groupe toulousain Zebda, Magyd Cherfi se lance dans l’aventure solo avec Cité des Etoiles, un premier opus sous son nom. Ce maître de la plume, amoureux des mots et des idées publie en parallèle Livret de Famille (Acte Sud), un recueil de nouvelles. Deux bonnes raisons pour une rencontre autour d’un café.

La vie sans Zebda

Connu, reconnu et adulé comme chanteur et auteur du groupe toulousain Zebda, Magyd Cherfi se lance dans l’aventure solo avec Cité des Etoiles, un premier opus sous son nom. Ce maître de la plume, amoureux des mots et des idées publie en parallèle Livret de Famille (Acte Sud), un recueil de nouvelles. Deux bonnes raisons pour une rencontre autour d’un café.

Annoncé un peu hâtivement dans les colonnes d’Intra-Muros, un gratuit toulousain et repris par la presse nationale, la séparation du groupe Zebda avait été démenti quelques jours après par Magyd Cherfi, auteur et chanteur du groupe toulousain. «J’ai juste parlé au journaliste de la fin d’un Zebda, pas de la fin de Zebda» commentait-il alors au micro de Pascale Clark sur France Inter. Ce Zebda qui touchait alors à sa fin, Magyd s’en souvientplus d’un après : «J’étais usé» lâche-t-il simplement. «Zebda fonctionne depuis toujours selon le principe du compromis intégral. Pour que personne ne soit lésé, on n’est d’accord que si tout le monde est d’accord. On partage tout, du fric à la moindre police de caractère sur le livret de nos albums.».

Conscient des limites d’un tel fonctionnement qui «inévitablement finit par anesthésier la parole de chacun» Magyd, le plus vieux des Zebda, ne le remet pas pour autant en cause. «Il nous a permis de faire notre chemin» analyse-t-il avant de le conseiller aux groupes du monde entier: «Si vous voulez résister, passer par le compromis, c’est le meilleur moyen pour durer». Pour preuve, il sort aujourd’hui son album. Hakim et Mouss préparent le leur en duo. Quant aux autres membres du groupe, ils expérimentent de nouvelles aventures, tout en sachant pertinemment qu’ils se retrouveront. «Ça sera pour le plaisir d’être ensemble, comme une famille à nouveau réunie, pour voir ce qui pourra émerger» prophétise ce beur porté par un «athéisme intégral» comme il aime le revendiquer.

Du rock au rocking-chair

«Zebda était devenu une sécurité, un acquis sur lequel je pouvais me reposer sans trop me poser de questions. J’ai eu envie de me repositionner avec quelque chose du collectif en moins, de reconstruire une maison, ma maison avec un rocking-chair dedans pour souffler tranquillement, pour ne plus négocier qu’avec moi-même, pour me retrouver. Un groupe c’est comme vivre à dix dans un appartement. Il y a des jours quand tu as faim, tu ouvres le frigo. Mais comme le bout de steak qu’il contient est à l’autre, tu ne le touches pas. J’ai juste eu envie aujourd’hui d’avoir mon frigo avec mon bout de steak dedans» avoue celui qui n’a connu que des histoires de collectifdepuis sa plus tendre enfance: de la famille au milieu associatif, du groupe aux Motivés, un mouvement citoyen qui s’est retrouvé propulsé au centre des dernières élections municipales dans la Ville Rose.

Etrangement, Magyd ne considère pas être courageux. Lui qui, sur scène comme à la ville , préfère être devant que derrière, avoue se planquer depuis trop longtemps : «Durant toutes ces années, j’ai profité du groupe pour ne pas être seul. Si j’étais devant, c’était en tant que Zebda ou comme porte-parole d’un mouvement, fort du soutien de nombreux militants, mais pas en mon nom propre. Je représentais. J’avais envie de fouiller plus loin, d’être plus introspectif.» 

Un Brassens maghrébin

De retour sur le terrain de la chanson, Magyd se laisse souvent piéger par son propre personnage. «Je voulais un album plus intimiste et au final, je propose encore un lot conséquent de dénonciations» commente Magyd. «Je veux aller plus loin encore dans ma réflexion dans mon comportement, affiner mes rapports avec les autres, avec ma femme, me fixer des défis d’écriture». Cette métamorphose ne se joue pas sur un seul album comme on joue une tournée ou sa chemise aux dès. Quelques indices, quelques chansons (Classée sans suite, l’Adjectif…) donnent le goût du Magyd solo, post Zebda, comme il y a eu un Manu Chao post Mano Negra. «Classée sans suite est peut-être celle qui ressemble le plus à mon idée première, à mon désir d’intimité, même si une fois de plus je suis reparti sur une dénonciation (la cause des femmes battue) » constate-t-il. Pour ce qui est des musiques, Magyd a fait appels à plusieurs compositeurs/producteurs (Imhotep, Mathieu Chédid, Lu et Placido et Joël le bassiste de Zebda). Coups de coeur instinctifs, ces choix peuvent tout de même être expliqué: «Je les connaissais tous avant de leur proposer. Ce sont tous d’excellents musiciens. Imhotep de plus a des racines orientales et un vrai amour pour les musiques du Maghreb. Pareil pour Mathieu Chédid. Ce sont des gens ouverts, intéressé par une forme de militance. Sans être engagé dans la rue, ils sont concernés dans leur tête. Nous avons la même éthique de la musique, le souci que ça ne sonne pas carton-pâte. Je ne suis pas très difficile sur la musique. J’aurai bien aimé être un Brassens maghrébin ou un Brassens jamaïcain» relate-t-il, comme pour préciser qu’à ses yeux le texte, le récit prime sur la musique.

Livret de Famille, son recueil de nouvelles publiées par Acte Sud le lendemain de son album, constitue selon-lui un prolongement à ce dernier. «C’est pourquoi j’ai souhaité qu’il sorte dans la foulée de l’album. Ce sont des petits récits, des histoires de Beurs, de gens issus de l’immigration, un regard de fils d’immigrés. Ce sont des thèmes récurrents comme une Saga des Beurs que j’écrirai depuis des années. Dans les nouvelles, le ton est peut-être même plus vinaigre, plus acide».

Magyd Cherfi Cité des Etoiles (Barclay/Universal)