Phoenix au top ?

Originaire de la même ville que Air (Versailles), leurs compagnons de label, Phoenix n’est pas loin de connaître aujourd’hui le même destin doré que le duo musical français le plus célèbre avec Daft Punk. Le groupe sort ces jours-ci, un nouvel album intitulé Alphabetical. Chronique.

Alphabetical

Originaire de la même ville que Air (Versailles), leurs compagnons de label, Phoenix n’est pas loin de connaître aujourd’hui le même destin doré que le duo musical français le plus célèbre avec Daft Punk. Le groupe sort ces jours-ci, un nouvel album intitulé Alphabetical. Chronique.

Amis depuis l’enfance et fans de rock, les quatre membres de Phoenix se sont fait tout d’abord remarquer sur une compilation SourceRocks éditée par le label Source qui visait à offrir un panorama de la nouvelle scène rock française à la fin des années 90. Déclenchant un certain enthousiasme, ils enregistrent dans la foulée, United, un premier album déroutant sur lequel plane l’ombre d’une musique hybride à la fois héritée d’une culture rock FM très connotée eighties et d’une tradition d’écriture pop innocente et euphorique plus coutumière de la fin des sixties. Deux joyaux brillaient dans cet écrin: If I Ever Feel Better et Too Young que l’on retrouve aujourd’hui sur la B.O. de Lost In Translation, le dernier film de Sofia Coppola. Cette dernière avait déjà fait beaucoup pour la carrière internationale de Air en leur commandant la musique de son premier film Virgin Suicides, leur donnant ainsi une crédibilité imparable.

Poussé par sa maison de disques, Phoenix s’est engouffré dans la brèche et s’est rendu incontournable sur une scène rock mondiale en lui insufflant une fraîcheur originale, directement inspirée d’un rock californien léché et inoffensif. A l’instar de Playgroup ou Zoot Woman, le groupe a finalement remis à la mode ce son des eighties, auquel personne n’aurait été réceptif il y a dix ans, provoquant l’enthousiasme des pays anglo-saxons et l’incompréhension chez nous. Est-ce le fait d’être nés dans la ville royale, de chanter en anglais ou d’avoir choisi ces références, mais Phoenix s’est vite retrouvé en France avec une image de musiciens nés avec une cuillère en argent dans la bouche, rencontrant finalement les mêmes difficultés que Air (encore eux!) sur notre territoire.

Quatre ans après la controverse, leur nouvel album Alphabetical, ne va sûrement pas arranger les choses puisqu’il s’inscrit dans la même veine postmoderne que United. Malins et cultivés, les quatre musiciens de Phoenix utilisent la technologie des années 2000(on sent à l’écoute du canevas rythmique, l’influence des productions r'n'b et hip hop de Dr Dre ou Timbaland) pour plonger cette fois dans l’hédonisme des seventies où rouler sur l’autoroute, en décapotable, les cheveux au vent et la musique à fond était en soi un style de vie. Les guitares jouent des cocottes joyeusement funky (l’irrésistible Everything Is Everything) ou égrènent des arpèges plus folk (Run, Run, Run, Love Granted) et la voix de Thomas Mars ne craint pas de jouer avec l’emphase (I’m An Actor) ou avec une sensualité très soul (Holdin’On Together). En dix titres, les garçons de Phoenix prouvent que sans être des requins de studio, ils en maîtrisent parfaitement les rouages : épaulés au mixage par Tony Hoffer (Air, Beck…), ils livrent ici un album presque intemporel, à la production ciselée où s’égaie une pop plaisante et indolente. Alphabetical n’éclaircit donc pas le malentendu: habiles faiseurs ou artistes incompris, les quatre Phoenix n’ont en tout cas pas fini de faire parler d’eux.

Phoenix Alphabetical (Source/ Virgin/ EMI) 2004