Le rêve américain de Patience Dabany

Pendant dix-huit ans, elle a été l’épouse du chef de l’état gabonais, Omar Bongo Odimba. En 1986, elle quitte son pays pour tenter le rêve américain et crée un studio d’enregistrement à Los Angeles. Depuis, Patience Dabany a enregistré sept albums, dont le dernier, Obomiyia, est sorti voici quelques jours en Europe.

La Première dame qui rêvait de chanter.

Pendant dix-huit ans, elle a été l’épouse du chef de l’état gabonais, Omar Bongo Odimba. En 1986, elle quitte son pays pour tenter le rêve américain et crée un studio d’enregistrement à Los Angeles. Depuis, Patience Dabany a enregistré sept albums, dont le dernier, Obomiyia, est sorti voici quelques jours en Europe.

Patience Dabany est un cas à part. Cette chanteuse gabonaise exilée à Los Angeles, amie de Thelma et Withney Houston, a épousé, il y a bien longtemps, en octobre 59, un jeune compatriote, Albert-Bernard Bongo. Lorsque ce dernier devient, en 1967, président du Gabon, elle est la Première dame du pays. On l’appelle Madame la présidente dix-huit ans durant, avant qu’elle ne quitte son époux pour entamer une carrière artistique entre l’Afrique et les Etats-Unis. Depuis, le peuple gabonais l’appelle «Maman». Parce qu’elle est la mère de trois enfants du Président, dont Ali, ministre de la Défense. Et aussi parce qu’elle a aidé une nouvelle génération d’artistes à démarrer, comme Oliver NGoma, Aziz Inanga ou Angèle Assélé.

Elle vient de sortir un septième opus, Obomiyia, avec la participation de Quincy Jones, Jacob Desvarieux, produit par le Camerounais Edgar Yonkeu. Un disque qui sent bon la forêt gabonaise et qui se veut une initiation à un voyage folklorique dans ce pays coupé en deux par l’Equateur. "Folklorique, certes, concède Edgar Yonkeu, mais il fallait y rajouter des ingrédients pour que les oreilles occidentales puissent l’écouter. Faire chanter des choeurs pygmées, c’est facile, mais les rendre accessibles aux danseurs des boîtes de nuit de Libreville à Los Angeles est une autre affaire." Car Patience Dabany a cette volonté de faire carrière des deux côtés de l’Atlantique. Entretien.

La musique est pour vous une affaire de famille. Vous avez commencé très jeune. Dans ma famille, tout le monde chante. A commencer par mes parents. Mon père était accordéoniste, et lorsqu’il jouait, nous, on chantait. Tout est parti de là. Je ne peux pas travailler sans chanter. Tout le monde, y compris mes enfants chantent. Quand j’étais Première dame du Gabon, je composais pour un groupe. Quand j’avais des réunions politiques avec les femmes, je leur apprenais des chansons puisque je dirigeais les groupes d’animation politique. Mais je ne pensais pas alors à faire de la musique.

Que signifie le titre de votre nouvel album Obomya ?Cela signifie "c’est arrivé", "ce qui devait arriver est arrivé", c’est mon album avec les voix des Pygmées. Nous sommes un grand pays de forêts, et le son de la forêt est très important pour nous.

Comment s’est passé l’enregistrement de cet album ?J’ai commencé à enregistrer l’album à Libreville pour tout ce qui est rythmiques et voix, puis j’ai rencontré les Pygmées pour faire les chœurs avec un nagra. Nous sommes partis au sud-est du Gabon, à Franceville dans les plateaux batéké, et nous avons capté leurs voix. Nous avons ensuite ramené trois filles dans mon studio de Libreville, le Elumba 2. C’est un studio de 48 pistes qui est la copie de celui de Los Angeles, le Elumba 1.

C’est important pour vous de défendre le patrimoine gabonais ?Le folklore gabonais est très riche. Par exemple, les chansons qui sont chantées au nord, vous ne les trouverez pas au sud, celles qui sont chantées à l’ouest vous ne les trouverez pas à l’est. Comme je parle tous les dialectes du Gabon, je peux chanter dans tout le pays. C’est de cette facilité-là dont j’ai profité pour faire l’album. J’ai chanté en quatre dialectes: en fang, en batéké, en bapounou et en myéné.

En fait, vous avez enregistré cet album entre Paris et Libreville…J’ai un groupe de musiciens à Libreville. Mais pour avoir une dimension internationale, nous avons été avec Edgar Yonkeu au studio de La Bastille, à Paris. J’y ai invité Jacob Desvarieux, que j’avais rencontré à Los Angeles lorsqu’il était venu avec Kassav, Guy Nsangue, Valerie Lobé… Un orchestre à cordes nous a rejoints. Mon ami Quincy Jonesm’a par ailleurs donné une chanson, Mbomo Awa, dans laquelle il a programmé toute la musique.

Vous avez toujours beaucoup de relations dans la musique américaine ?Oui, les Jackson, les Thelma Houston, Patti Labelle. Ce sont mes amis. Je représente pour eux la grande sœur africaine. J’ai réalisé là-bas un duo avec El Debarge et nous avons fait ensemble des concerts de charité pour recueillir des fonds pour le sida.

Vous tournez toujours avec James Brown ?Oui. Il vient de m’appeler pour me dire qu’il veut repartir en tournée avec moi. Nous allons aller en France, fin mai, en Allemagne, en Angleterre et en Nouvelle-Zélande. J’aime vraiment tourner avec lui, on s’amuse beaucoup. Sur scène, je me sens bien, c’est là que je me sens le mieux.

Patience Dabany Obomiyia (Pada/Creon Music) 2004