Sardou chante encore

Il jurait de se consacrer au théâtre, il revient déjà à la chanson : Michel Sardou sort cette semaine Du plaisir, son nouvel album. Avec comme à l'accoutumée, une gigantesque tournée à la clé.

Du plaisir de chanter

Il jurait de se consacrer au théâtre, il revient déjà à la chanson : Michel Sardou sort cette semaine Du plaisir, son nouvel album. Avec comme à l'accoutumée, une gigantesque tournée à la clé.

A 57 ans, Sardou a l'âge des faux adieux. Il y a quatre ans, après trois décennies d'une carrière bien remplie, Michel Sardou semblait lassé des studios d'enregistrement et des tournées d'enfer et, à l'occasion de la sortie de son album Français, laissait entendre ici et là qu'il arrêterait bien la chanson pour le théâtre, se ménageant ainsi une fin de carrière digne du clan Sardou – héritier d'une dynastie de comédiens, il est depuis juin 2001, avec le producteur Jean-Claude Camus, propriétaire du théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Mais il est difficile d'être et d'avoir été, d'autant que les performances d'acteur du créateur du Lac du Connemara n'ont jamais soulevé des tonnerres d'enthousiasme, et revoilà notre homme (déjà) revenu à ses premières amours.

Du plaisir, le nouvel album, sort ce mois-ci en deux temps : en version SACD le 4 mai, en version CD une semaine plus tard. Avant sa sortie, on ne connaissait des quatorze nouvelles chansons que le single Loin, dont le clip, à l'heure des économies drastiques dans les maisons de disques, a été tourné en Argentine, preuve que Michel Sardou est encore rentable. Secret bien gardé ou peur du piratage, même le site officiel sardou.com a du ôter les extraits audio sur injonction expresse d'Universal. A l'écoute du reste de l'album, Michel Sardou n'a pas vraiment changé, mais la patine de l'âge le rend plus consensuel. Dans les années 70 et 80, Sardou était partout, à la télé, à la radio, sur les affiches, dans les gazettes. Grande gueule invétérée, il apparaissait comme un anti-Johnny, pourtant son vieil ami, en s'imposant (malgré lui ?) comme l'étendard conservateur d'une France cocardière et râleuse. Il faut dire qu'aucun sujet d'actualité ne lui échappe, et pendant vingt ans, Michel Sardou se distingue souvent par des prises de positions systématiques sur à peu près tout et n'importe quoi. A ce titre, une bonne partie de son répertoire ressemble à un sommaire du Reader's Digest : la peine de mort, la "guerre" entre écoles publiques et privées, les femmes des années 80, le totalitarisme soviétique, le bac G, l'homosexualité, le divorce, le racisme… Aujourd'hui, au diable les polémiques, place aux bons sentiments (J'ai tant d'amour) et à l'introspection intime. Les thèmes abordés sont plus intemporels, et Espérer (le titre d'une chanson) n'est pas le maître mot de tout le disque, qui verse souvent dans la mélancolie et la nostalgie (La Vie, la mort, etc, Le Livre du temps). On trouve aussi sur cet album un duo avec le Québécois Garou (La Rivière de notre enfance), peut-être un prochain tube.

L'affaire Tréma

Hors des considérations artistiques, la sortie de Du plaisir n'a pas été une partie… de plaisir. L'an dernier, Michel Sardou a revendu à Universal les parts qu'il possédait chez Tréma, la maison de disques qu'il avait fondé en 1969 avec le compositeur Jacques Revaux et l'éditeur Régis Talar. Détaché de son label historique, le voilà libre de tout engagement sur un marché du disque en crise, mais n'eut aucun mal à trouver refuge chez Universal (sur le label AZ), en délicatesse avec sa star (Johnny Hallyday) et à qui il venait de vendre ses parts dans Tréma ! Comme on dit, le monde est petit. Plus qu'un retour de circonstance, Du plaisir sonne comme un retour aux affaires, n'en déplaise à ses fans (moins nombreux) du théâtre. Son nouveau contrat stipule en effet la livraison de quatre autres albums dans les dix prochaines années, et il est peu probable que ces quatre-là ne soient que des captations de concert ou de simples compilations.

Ignoré à l'étranger (sauf un temps aux Pays-Bas où sa chanson Les Lacs du Connemara a atteint en 1982 la 9ème place du hit-parade), Michel Sardou est une sommité dans les pays francophones, avec des dizaines de millions de disques vendus, des tubes entrés dans le patrimoine populaire (La Maladie d'amour, Les Ricains, Je vais t'aimer, J'habite en France, Les Bals populaires, La Java de Broadway…), d'innombrables tournées, des distinctions à la pelle (grand prix de la SACEM, 4 Victoires de la Musique, Chevalier des Arts et Lettres, Officier de l'ordre de la Légion d'honneur, j'en passe !), et même sa fiche dans le Who's Who. Fort de cette côte d'amour toujours intacte auprès de son public, il s'apprête à remonter sur les planches, pas dans le costume de l'acteur comme promis autrefois, mais dans celui plus coutumier du chanteur. Près de quarante dates dans une trentaine de villes sont d'ores et déjà annoncées, à compter du 1er octobre prochain (au Zénith Oméga de Toulon). La tournée sera marquée par une longue halte à Paris (du 6 octobre au 13 novembre à l'Olympia, à partir du 3 février 2005 au Palais des Sports), et un crochet par la Belgique (au Forest National de Bruxelles les 18 et 19 novembre) et la Suisse (le 25 novembre au Geneva Arena, le 4 décembre à Neuchâtel). Entre-temps, on murmure que Michel Sardou pourrait être à l'automne le parrain de l'édition 2004 de la Star Academy, un événement, on le sait, auquel Universal est très attaché. Ah, la famille !