Voyage en Tziganie

Trois soirées dédiées aux musiques tziganes, musique festive et d’émotion, au cirque Bouglione de Paris pour un festival, Voyage en Tziganie, qui se déroulait du 10 au 12 juin. Six formations étaient invitées parmi les plus renommées, et ce, au bénéfice de Médecins du monde.

Festival de musique tzigane à Paris

Trois soirées dédiées aux musiques tziganes, musique festive et d’émotion, au cirque Bouglione de Paris pour un festival, Voyage en Tziganie, qui se déroulait du 10 au 12 juin. Six formations étaient invitées parmi les plus renommées, et ce, au bénéfice de Médecins du monde.

Ils ont déballé leur campement pour trois jours de fête : Urs Karpatz, les Yeux Noirs, Bratsch, Arbat, O’Djila et Taraf de Haïdouks réunis sous le chapiteau rouge et d’or pour la cinquième édition de ce festival des musiques tziganes. Qu’elle vienne de Roumanie ou des Balkans, et qu’elle puise dans les répertoires yiddish, slave, jazz manouche ou tzigane accommodé au rock ou à la pop, c’est cette même ferveur pour leur musique qui rassemble ces six formations. En tout, 42 musiciens et une dizaine de danseurs et pour les plus connus, les vétérans de Bratsch, Les Yeux Noirs et Taraf de Haïdouks.

De vrais gitans comme on les aime! Ces sont les dix musiciens d’Urs Karpatz, qui portent l’habit noir, moustache et chapeau. Ces Roumains se sont fait connaître en France en se produisant à leurs débuts, en 1993, accompagnés…d’ours. Semblant sortir tout droit d’un film du cinéaste Emir Kutzurica, ces poly-instrumentistes savent aussi chanter, sans toutefois être de grandes voix, de ces chansons mélancoliques où il est souvent question d’esperanza, d’errance et de cette route qu’empruntent tous les Roms du monde. Clarinettes, tambourins, violoncelle et violons avec en vedette, l’instrument fétiche des pays d’Europe centrale, le cybalum, sorte de petit piano à cordes frappées accompagnent des danses de jeux de mains et de pieds mêlés. Quelques notes d’accordéon aux relents d’un tango très lointain.

Les Yeux Noirs, eux, optent nettement pour le mélange de la musique yiddish d’Europe de l’Est à celle plus actuelle du rock, de la pop et même du classique.Fondé en 1992 par les frères Eric et Olivier Slabiak, en pleine montée du rap, ces petits-fils de juifs russes et polonais ont su trouver des chemins de traverse sans jamais dénaturer la musique de leurs ancêtres. "A nos débuts, il y a eu un engouement de la part de la communauté juive mais aussi de jeunes qui écoutaient du rock alternatif comme les Nonnes Troppo ou les VRP. Moi-même, j’écoutais Tom Waits ou Portishead" explique le chanteur Eric Slabiak, rencontré dans «les écuries» du cirque peu avant le spectacle. "C’est une musique de nostalgie et de joie qui rappelle la douleur mais qui a la particularité de n’être jamais totalement triste" répète à l’envi ce violoniste virtuose: "Nous, le côté puriste, on s’en fout, du moment que l’âme, l’harmonie et la mélodie correspondent aux couleurs de notre musique".

Avec déjà six albums à leur actif, les Yeux Noirs, qui tirent leur nom d’une vieille chanson russe, Otchi Tchornié, (que tous les amateurs de cabaret russe connaissent bien), n’en finissent pas de sillonner les festivals à travers le monde. Gros succès aux Etats-Unis "mais du côté de l’Est, nous ne sommes allés qu’en Hongrie".

Pour les vétérans de Bratsch, quintette de musiciens aguerris aux musiques nomades, depuis 25 ans qu’ils élargissent les musiques tziganes vers le free jazz, cette soirée sonne comme une consécration de plus. Emmenés par le guitariste Dan Gharibian, d’origine arménienne, les cinq musiciens eux aussi lointains descendants des migrants d’avant-guerre, nous entraînent le long des routes de Roumanie, de Yougoslavie, de Hongrie et de Russie. Même avec pas moins de 10 albums studios et plusieurs live, Bratsch peut s’enorgueillir, sur scène, de faire encore la part belle aux improvisations les plus osées. Dans ce joyeux bric-à-brac, on retiendra leur reprise manouche du Johnny de Francis Lemarque. Et cet hommage au violon alto de Hongrie qu’on appelle "bratsch".

"Les mains en l’air, c’est un hold-up, nos amis tziganes vont passer récupérer les sacs à main…" jette à la foule amusée le chanteur d’Arbat, un foulard coloré autour du cou. Taper des mains, oui mais avec les bras en l’air pour accueillir la troupe de danseurs de Romano Atmo. S’il fallait un peu de folklore à ce festival, c’est bien avec ces danseuses en robes à volants et ces danseurs au regard sombre et méprisant.

Une plongée dans le monde musical des gitans de Roumanie avec le Taraf de Haïdouks, tous originaires du même village, Cléjani, et tous frères et cousins, clôt ce voyage festif en Tziganie.

Discographie:
CD/DVD Voyage en Tziganie, a journey to Tsigania (Naïve)
Les Yeux Noirs: Band of Gypsies, Suites (Buda Music) Izvoara et Balamouk (EMI)