DU CÔTÉ DE CHEZ DAVE

Aussi blond que sympathique, Dave signe son grand retour avec un album Doux Tam-Tam, aussi nostalgique que mélodique, cumulant une douzaine de reprises rock à la sauce franco-batave.

Le grand retour discographique du Hollandais

Aussi blond que sympathique, Dave signe son grand retour avec un album Doux Tam-Tam, aussi nostalgique que mélodique, cumulant une douzaine de reprises rock à la sauce franco-batave.

Au baromètre sympathie du grand public français, la côte de Dave se situe au pinacle de la notoriété juste avant le regretté C Jérôme, Patrick Juvet et, peut-être, Plastic Bertrand. Une notoriété d’autant plus remarquable que depuis 1974 et son premier tube Trop beau (une reprise des Rubettes, Sugar Baby Love) Wouter Lewenbach, alias Dave a connu des succès immenses: Vanina, Dansez maintenant, Du côté de chez Swann, mais aussi une longue période de vache maigre. Brûlez ce que vous avez aimé, oubliez ceux avec qui vous avez fredonné…

Dave durant les années 80/90 ne s’est jamais départi de son optimisme forcené et d’un sincère amour du public qui le lui rendit bien. "Je n’ai jamais cessé de chanter" : gala, croisière Paquet, comité d’entreprise, fête patronale en tout genre, Dave - même dans sa traversée du désert - a fait ses soixante, quatre-vingts concerts annuels pour faire bouillir la marmite et surtout confirmer une certitude: le public est à chaque foi au rendez-vous même pour chanter en choeur et en semi play-back qu’il "irait bien faire un tour du côté de chez Swann". Dave a aussi su jouer parfaitement le second degré en participant à quelques spots publicitaires sur la qualité et son goût de l’edam néerlandais et animer les innombrables émissions nostalgico-recyclables sur la musique des années 60-70.

De vedette ringarde, le natif d’Amsterdam est devenu alors une caution pour l’audimat. C’est le come-back, la renaissance du blond phénix. Ajoutez à cela un coming-out sans tapage concernant ses moeurs homosexuelles et un poignant livre sur la mort de sa mère, qu’il a accompagné jusqu’au seuil de la mort et voilà que Dave redevient une valeur sûre aux yeux de ceux qui, hier encore, le larguait sans remord dans le grand mouroir des has been.

Aujourd’hui, Doux Tam-Tam résonne à nos oreilles comme un album nostalgico-revival de reprises des années 60 (Roy Orbison, les Everly Brothers ou Paul Anka sont appelés en renfort musical), Patrick Loiseau signe la plupart des adaptations des textes en français tandis que Marie-France, Keren Ann et Kent viennent à la rescousse d’un Dave plus en verve que jamais, pour quelques duos aussi inattendus que réussis.

Le jeune musicien Philippe Uminski (qui sort au même moment un album plutôt trash-punk) oeuvre aux arrangements et à la réalisation. Uminski qui devait encore téter le sein maternel à l’époque où Dave faisait ses apparitions régulières dans les grands messes télévisuelles de Gilbert et Maritie Carpentier a su retrouver l’esprit parfait de l’époque. Accents "Nino Ferrerien" dans L’attraction des coeurs ou rendu parfait de l’intimité jazzy de It’s all in the Game / Les Heures… A tout moment on s’attend à voir débarquer les Surfs ou Nancy Holloway pour pousser les choeurs derrière le blond batave. Celui-ci donne toute la portée d’une voix qu’il travailla aux côtés de la cantatrice Renée Doria dans des chansons comme Si j’ai trop d’amour / Since I Don’t Have You des Skyliners ou Un signe de vous / In dreams.

Celui qui avoue avoir plus d’aisance en anglais qu’en français joint l’aveu à la mélodie en reprenant le superbe Let it be me avec la Française d’origine néerlandaise Keren Ann. Chanson signée Gilbert Bécaud et Pierre Delanoé, mais rendue célèbre en anglais par les Everly Brothers, l’émotion est au rendez-vous. Les nostalgiques du rockabilly préféreront se pencher sur cette rencontre aussi improbable qu’efficace entre l’ex-Starshooter Kent et Dave. La voix gouailleuse du premier se conjugue fort bien avec celle plus claire de son hôte pour une cover de Buddy Holly It doesn’t matter anymore / Ne t’embarasse pas trop de remords.

Enfin à soixante piges tout juste Dave, signe avec Uminski et Loiseau un rock qui laisse penser qu’il n’a rien a envier en la matière à ses glorieux aînés: Je ne sais rien de la vie. "Mon latin je l’ai perdu en route/ Après Carpe diem j’ai quelques doutes / Il n’y a qu’une chose dont je sois sûr / C’est qu’il y a de l’amour dans ma nature / A Part ça je ne sais rien de la vie". Ne fuyez surtout pas le naturel de Dave, il reviendrait au galop.

Dave Doux Tam Tam (East West) 2004