Coco Mbassi intime

Après avoir accompagné une ribambelle de célébrités (Salif Keita, Oumou Sangaré, Nino Ferrer et d'autres), Coco Mbassi a décidé de s’occuper d’elle. Elle vient de sortir un second album, rafraîchissant comme une eau claire, Sisea.

Emancipation vocale

Après avoir accompagné une ribambelle de célébrités (Salif Keita, Oumou Sangaré, Nino Ferrer et d'autres), Coco Mbassi a décidé de s’occuper d’elle. Elle vient de sortir un second album, rafraîchissant comme une eau claire, Sisea.

RFI Musique : Quelles furent vos émotions musicales initiales, déterminantes dans l’éclosion de votre aptitude au chant?
Coco Mbassi : Je suis née dans le quatorzième arrondissement à Paris le 28 févier 1969, et à partir de 9 mois, j’ai grandi au Cameroun, jusqu’à l’âge de 14 ans. J’ai été bercée par les musiques que mes parents écoutaient. Ils avaient des goûts très éclectiques. Cela allait de Miriam Makeba – la chanteuse préférée de ma mère – au Messie de Haendel, que mon père mettait tous les dimanches. Il y avait aussi les musiques traditionnelles dans son village, Dibombari, le jazz des grands orchestres (par exemple, Duke Ellington), le gospel (Mahalia Jackson). Plus tard sont venus le makossa (Dina Bell, Toto Guillaume), la variété française (Claude François, Sylvie Vartan…). J’ai été également fortement influencée par la chorale à l’église protestante. Mon père, sa mère, sa tante, son frère chantaient très bien et j’ai certainement hérité d’eux ce don, développé ensuite grâce à l’écoute intensive de toutes sortes de musiques.

Des souvenirs de votre première scène?
Je chantais tout le temps, mais vraiment tout le temps. Avant les films au Cameroun, dans la salle du Cinema Abbia, à Yaoundé, des concours de chant et de danse étaient organisés. Très tôt, j'ai commencé à participer aux concours de chant chaque semaine (nous allions au cinéma tous les jeudis, jour où il n'y avait pas école) et à les gagner. Je rapportais des tee-shirts, des casiers de Top (boissons gazeuses sucrées du Cameroun). Jusqu’à ce que je sois disqualifiée, parce que je gagnais tout le temps...

En 1996, vous avez obtenu le prix Découvertes de RFI. Quel impact a eu cette distinction sur la suite de votre histoire?
J’ai effectivement obtenu le Prix d’Afrique Gilles Obringer. Lui, c’est quelqu’un que je n’ai pas connu mais dont j'ai beaucoup entendu parler, notamment quant à son engagement en faveur des musiques nègres en général (j'utilise le mot à dessein). Quand on m’a conseillé d’envoyer quelques chansons pour participer au concours, je l’ai fait sans conviction particulière. J’étais en vacances au Cameroun, enceinte de six mois, lorsque j’ai appris d’abord que j’avais été nominée, puis ensuite que j’avais gagné. Je ne me suis pas rendue compte tout de suite de la portée du prix, ni des conséquences que cela aurait sur ma carrière de chanteuse. Le prix m'a permis de tourner avec mon groupe pour la première fois aux Etats-Unis (Festival International de la Louisiane), au Canada (Nuits d'Afrique à Montréal et Festival d'Eté de Québec ), en Allemagne (Wurzburg Afrofest, Maison des Cultures du Monde de Berlin), même au Cameroun (première édition des Rencontres Musicales de Yaoundé)... et donc d'apprendre à apprivoiser la scène. J’ai également pu prendre des cours de chant au Studio des Variétés, à Paris.

L’idée de concours, donc de compétition en musique, n’est-elle pas un peu paradoxale?
C’est justement cela, je pense, qui m’a semblé difficile à comprendre au départ. Puis il est vrai qu’ensuite, quand vous voyez qu’un jury de professionnels, dont Jocelyne Béroard, que j’admire beaucoup, choisit votre chanson, ça fait évidemment plaisir. De toute façon, cela ne signifie en rien que ceux qui n'ont pas gagné font un art d'une valeur moindre.

Pourquoi avoir quitté le Cameroun?
Je n'ai pas eu le choix. Mon père m'a envoyée en France pour continuer mes études secondaires et m'habituer au système français avant les études supérieures. En arrivant au lycée, la première journée, j'ai été surprise par l'uniformité des vêtements (sacs US et jeans) et la désinvolture, qui frisait l'insolence, des élèves vis-à-vis des profs.

Qu’est-ce qui fait la différence entre Sepia, votre premier album sorti en 2001, et Sisea?
C’est comme les deux enfants d’une même mère. Sepia était le début de ma carrière solo, ma première lettre au public, très marquée de mon empreinte, un album de peines, de souvenirs, de souffrances, très intime, comme une confession. Celui-ci, où l’on peut entendre des influences diverses (jazz, classiques, soul, latines…) est plus joyeux, me semble-t-il. Sisea signifie "approche" et c’est effectivement une invitation à venir regarder de plus près qui est cette Coco, mais, il y a davantage que sur le précédent la patte de mon mari, Serge Ngando Mpondo, co-producteur, réalisateur et arrangeur de certains morceaux.

Coco M'Bassi Sisea (Tropical Music - Night & Day) 2004