France Gall en intégrale

Après l’intégrale CD de Michel Berger, son autoportrait et le portrait de son mari pour la télévision, France Gall a supervisé Evidemment: une intégrale de ses enregistrements en 13 CDs et un DVD, ainsi que deux compilations en deux et troix CDs. Rencontre.

"J’ai fait les bons choix"

Après l’intégrale CD de Michel Berger, son autoportrait et le portrait de son mari pour la télévision, France Gall a supervisé Evidemment: une intégrale de ses enregistrements en 13 CDs et un DVD, ainsi que deux compilations en deux et troix CDs. Rencontre.

La destinée de France Gall a beaucoup ému et beaucoup fait pleurer dans les chaumières: star instantanée de seize ans au temps de Sacré Charlemagne, Les Sucettes et Poupée de cire, poupée de son, star majeure des années 80 avec les chansons de son mari Michel Berger, elle a fait la une des magazines people à la mort de celui-ci en 1992, puis à celle de sa fille Pauline en 1997. Elle clôt ces jours-ci un bilan entamé il y a quelques années avec son autoportrait réalisé pour la télévision, un portrait télé de Michel Berger et enfin l’intégrale de ses enregistrements: sous le même titre, Evidemment, France Gall sort un double-CD et un triple-CD d’anthologie de ses "années Warner", ainsi qu’un imposant ensemble de 13 CDs, un DVD et trois livrets grand format sous une curieuse et élégante couverture de plastique souple et épais – "un objet de femme, qu’on glisse sous le bras", dit la chanteuse. Une manière d’aborder dans le détail une des carrières les plus riches en succès des dernières décennies - Il jouait du piano debout, Résiste, Diego libre dans sa tête, Musique, Tout pour la musique, Viens je t’emmène, La Déclaration d’amour, Ella elle l’a, Cézanne peint, Message personnel, Les Princes des villes, Evidemment, Calypso, Babacar, Hong-Kong Star, Débranche...

Avez-vous tout réécouté ?
France Gall. - J’ai un peu tardé et, quand j’ai écouté, j’ai eu le sourire aux lèvres tout le temps.

Vous souveniez-vous de toutes les chansons ?
Je les connais toutes par coeur. Toutes. Et aussi celles qu’a chantées Michel, celles de Starmania, de La Légende de Jimmy...

C’est un bel exploit. Jacques Brel disait qu’il lui arrivait d’oublier ses textes...
Ses chansons étaient peut-être plus compliquées. Les Beatles ont inventé la chanson répétitive, avec des fins pendant lesquelles ils répétaient la même chose. C’est ce que nous faisions, avec Michel. Certains n’ont pas toujours compris que répéter, ce n’est pas gratuitement: du temps de Brel, je ne crois pas que le public chantait et participait comme dans les années 80. A partir de cette époque, on a fait des spectacles dans lesquels le public était intégré. Michel a écrit des chansons pour la scène, pour les chanter avec le public.

Dans votre intégrale, on ne trouve qu’une seule chanson de votre répertoire des années 60, Attends ou va-t’en de Gainsbourg, enregistrée pendant le Concert privé filmé en 1997 par la chaîne de télévision M6…
Ce spectacle a été mon dernier spectacle. Je savais que ce serait le dernier, avant longtemps tout au moins. Je savais que, les années qui allaient suivre, j’avais autre chose à vivre, notamment la maladie de ma fille. Alors j’ai fait la boucle avec mon passé en chantant La Mamma en duo avec Charles Aznavour et Attends ou va-t’en que j’ai toujours préféré parmi les chansons de cette époque. Autrement, il m’est impossible de chanter ces chansons. Aucun mot de cette époque ne me va plus.

Votre carrière a cette singularité d’avoir un «trou» de presque cinq ans, après votre rupture artistique avec Serge Gainsbourg et avant votre rencontre avec Michel Berger. Qu’avez-vous fait, à l’époque ?
Je vivais à la campagne, dans une maison près de mes parents. J’adorais jouer à la fermière mais ce n’était pas possible, une vie comme ça. Je me suis essayée mentalement dans plusieurs situations de boulot. Et il n’y a rien à faire, ça ne marchait pas: je ne pouvais pas être derrière un comptoir de poste ou dans une boulangerie sans qu’on me reconnaisse. Alors il fallait que je rechante.

Quand on écoute l’intégrale de vos années avec Michel Berger, on est surpris, finalement, par l’intemporalité de beaucoup de chansons, par le fait qu’elles ne sont pas si marquées par le son et les usages des années 80, notamment…
Michel ne suivait pas la mode. Mon parcours avec lui, en sept albums, est un parcours de visionnaire. Il se servait des nouvelles technologies avant tout le monde, il était très tourné vers les Etats-Unis, même si son but était de faire une chanson française qui balance et qui ait du sens. Chaque album devait être différent du précédent, apporter du nouveau. Je ne connais personne qui, dans les années 80, ait autant travaillé...

Vous avez eu grand nombre de tubes mais y a-t-il des chansons dont vous avez l’impression que le public les a ratées ?
Au contraire! Le public est allé chercher des chansons tout au fond des albums, en a fait ses préférées au point que je ne pouvais les retrancher des concerts - une chanson comme Le Meilleur de soi-même, par exemple. De manière générale, les vrais fans aiment les chansons d’album, pas forcément les grands tubes.

Michel Berger a fait l’objet d’un disque de la Star Academy*. Qu’en pensez-vous ?
Je n’étais pas contre. Mais le travail n’est pas aussi soigneux que le nôtre: c’est pour une émission de télé, les albums sont enregistrés en quinze jours, c’est une façon de travailler qui m’est totalement étrangère.

Les disques de l’intégrale vont-ils être édités séparément ?
Nous ne savons pas encore. En tout cas, le concert de Pleyel (enregistré en septembre 1994), qui est totalement inédit, va sortir aussi à part. Il vient de finir d’être mixé. C’est le seul spectacle que j’ai fait pour moi. Je n’ai fait que des choses qui m’amusaient: de la scène, pas de promotion, pas d’invitations, puis un mois de tournée dans des petites salles. C’est la première fois que j’étais vraiment à l’aise sur scène.

Maintenant que cette intégrale est faite, vous sentez-vous légère ?
Ça fait un petit moment que je me sens légère en faisant les choses. J’ai un parcours qui me plaît, dont je suis fière. C’est rare de pouvoir se retourner et être fière alors qu’on a encore tellement de chemin devant soi. Nous en avons tous envie: savoir qu’on a fait les bons choix, et moi je peux le faire à cinquante-six ans.

*Emission de télé-réalité française

France Gall: Evidemment, anthologies double-CD et triple-CD, intégrale treize CD et un DVD (Warner).

Bertrand  Dicale