Transmusicales 2004

Pour sa 26e édition, le festival des Transmusicales de Rennes (1-5 décembre 2004) invente un nouveau cocktail bien frappé, fort dosé en funk, en rock et en électro. Plus de soixante artistes, trois scènes principales, 27.000 personnes attendues, des musiques du monde entier toute la nuit. Revue non exhaustive des concerts de ce jeudi : avec sept groupes ou artistes, c’était la soirée française – mais pas vraiment francophone – du festival.

Rencontre avec le tandem Rodolphe Burger-Érik MarchandPrésentation des Transmusicales 2004Interview de Jean-Louis Brossard, patron des Trans

Un cocktail qui frappe fort. En avant toute !

Pour sa 26e édition, le festival des Transmusicales de Rennes (1-5 décembre 2004) invente un nouveau cocktail bien frappé, fort dosé en funk, en rock et en électro. Plus de soixante artistes, trois scènes principales, 27.000 personnes attendues, des musiques du monde entier toute la nuit. Revue non exhaustive des concerts de ce jeudi : avec sept groupes ou artistes, c’était la soirée française – mais pas vraiment francophone – du festival.

Rencontre avec le tandem Rodolphe Burger-Érik MarchandPrésentation des Transmusicales 2004Interview de Jean-Louis Brossard, patron des Trans

Il n’y a pas de petite Bretagne ce soir. Plusieurs groupes français misent sans complexe sur les sons des grands frères britanniques ou américains. Parmi eux, les musiciens de Santa Cruz rêvent du grand ouest, le vrai, celui qui irait du Colorado au Mississipi. Ils jouent avec conviction une country alternative, teintée de rock, empreinte de la tristesse du clochard céleste, figure-clé des romans de Jack Kerouac. Malgré la présence du transfuge Pascal Humbert – contrebassiste qui fait partie du groupe américain 16 Horsepower – et de Bill Conway – batteur de Morphine –, les chansons n’arrivent pas à faire oublier les modèles made in USA, de Buffalo Springfield à Lambchop.

Les Hush Puppies ont appris, eux aussi, leur leçon d’anglais sur le bout des doigts. Ils ont beau venir du sud de la France, de Perpignan, et porter le nom d’un bon gros toutou câlin, ils sont, ce jeudi 2 décembre, les meilleurs représentants du rock français anglophone sur scène. Le chanteur, costard sixties, mains dans les poches, voix ferme, assène son envie de grandir vite. Le guitariste dégaine des riffs jouissifs, le couple basse-batterie assure une rythmique bien rodée, le clavier enrobe tout ça dans un climat "à la Kinks". Juvéniles et régressifs, encore trop gentils, les Hush Puppies arrivent à convaincre le public dans le temps réglementaire, 50 minutes.

Elle est blonde, porte une cravate rouge sur une chemise noire et fait inévitablement penser à Blondie : la chanteuse et clavier de Gomm, rare présence féminine dans un festival très masculin, a de l’allure. Elle dialogue en anglais, en allemand et parfois en français avec le batteur à la voix rauque. Entre rock bruitiste et électro millésimée 1970-1980, le groupe lillois digère les références (B 52’s, Wire etc.) avec aplomb et entrain, avec un amusement communicatif. Leur musique s’écoute finalement mieux sur scène que sur leur premier album, un peu compact.

Il est déjà 2h30 du matin quand Rodolphe Burger et Érik Marchand montent sur scène pour présenter leur projet commun, Before Bach. Le guitariste strasbourgeois et le chanteur breton entament un dialogue musical inédit, auquel ils associent le joueur de oud Mehdi Hadad. Érik Marchand chante la gwerz (style de chant populaire à écouter, par opposition au kan ha diskan, style de chant à danser) par-dessus le blues rocailleux, déconstruit, de Rodolphe Burger. Le oud, en contrepoint, donne à l’échange toute sa valeur: hors de tout format, de toute mode, la fusion fonctionne, les frontières linguistiques, géographiques sont dépassées. Le public, d’abord surpris, finit par apprécier. La scansion un peu incantatoire du chant et le oud transforment la fusion en mélopée presque mystique. Soufi rock. Quelques volutes de guitare plus tard, le concert le plus intéressant de la soirée se termine.

Jean-François Danis

Rencontre avec le tandem Rodolphe Burger et Érik Marchand

RFI Musique : Comment est né le projet Before Bach, qui sort sur CD bientôt ? Quelle est son originalité ?Rodolphe Burger : On a enregistré en studio la répétition du concert qu’on avait mis en place et présenté au théâtre du Quartz de Brest en mai dernier. Erik Marchand : Dans la composition des morceaux, on déstructure le rock et la musique bretonne. On utilise des gammes avec des tempéraments inégaux proches de la musique orientale. On s’est aussi inspiré d’une musiques proche de l’Albanie, pentatonique. Mehdi Hadad, le joueur de oud, est aussi arrivé avec des airs bulgares.

Est ce qu’il a été difficile d’adapter le chant breton aux lignes de guitare de Rodolphe ?E. M : Ça aurait pu l’être s’il jouait des formes standardisées de l’harmonie occidentale. Or on se trouve dans un univers de blues presque modal. Le projet était d’arriver à faire sonner une musique modale au départ avec un fonctionnement harmonique.R. B. : Faire ce travail d’harmonisation avec le minimum d’accords a donné des chemins harmoniques qui sont assez imprévisibles car entièrement dictés par la mélodie.

Est ce que ce projet remet à l’honneur une partie du patrimoine régional français ?R. B : J’avais déjà enregistré On est pas indien, c’est dommage avec Olivier Cadiot et des gens qui parlent le Welche, un dialecte de 1000 locuteurs ! (NDLR : parlé en France dans les Vosges). Ce qui nous a réuni avec Érik, c’est la singularité, la localité extrême d’une forme musicale pourtant très structurée.E. M :Les musiques populaires ont du mal a être médiatisées alors qu’elles sont faites pour parler directement à des sentiments partagés par la totalité de l’humanité. Elles sont fabriquées pour ça et en général sans intellectualisation. On n’a donc pas besoin de les décoder.

Propos recueillis par Margot Seban

 

Transmusicales 2004 : A l'Est, du nouveau

Rennes, le 2 décembre 2004 - Quel goût les Transmusicales auront-elles cette année ? Epicé ? Glacé ? Poivré ? Salé ? C’est la question chaque année depuis 25 ans... et à chaque festival une saveur inconnue ou surprenante vous coupe le souffle. "Je sélectionne selon mes goût", résume Jean-Louis Brossard, co-directeur, programmateur et surtout fou de musique. Pour qu’une année ne ressemble pas à la précédente, les Trans favorisent les rencontres d’artistes qui développent des projets spécifiques : pour l’édition 2004, le collectif français Santa Cruz ouvre le festival et joue ensuite tous les jours son nouvel album avec deux invités, Pascal Humbert (16 Horsepower) et Billy Conway (Morphine) ; de leur côté, Yann Tiersen et l’Américaine Shannon Wright développent sur trois soirées leur collaboration qui vient de prendre forme avec l’album Yann Tiersen & Shannon Wright ; vraie surprise, DJ Aï propose un set inédit préparé pour l’occasion avec le guitar hero rennais Dominic Sonic... Une belle joute électrifiée en perspective ! Les conférences-concerts proposés (gratuits) sont là pour sortir le public et les artistes de la routine : c’est le "jeu de l’ouïe" auquel se prêtent notamment les Espagnols de Rao Trio et Engrenage, une troupe de danseurs, de DJ’s et de Vj’s (vidéo).

Malgré le côté spécialisé – pas de top 50, pas de variété –, la programmation 2004 est finalement consensuelle, il y en a pour tous les goûts : folk, pop, hip hop, rock, jazz, world... Un poil confucéen, le festival n’oublie pas le respect dû aux aînés : l’ex-Clash Mick Jones donne jeudi soir, en exclusivité, son premier concert en France avec Carbon/Silicon, nouveau groupe formé avec Tony James (Génération X, Sigue Sigue & Sputnik). L’ancien leader de Kat Onoma, Rodolphe Burger, toujours pêchu, joue avec le Breton Erik Marchand à 2h30 du matin! Les Beastie Boys font complet le vendredi soir et, le samedi soir, le vieil habitué des Trans et des sons hors normes, DJ Morpheus, précède les robots de Dusseldorf, Kraftwerk. La révolution culturelle pousse derrière, et souvent loin devant : de France (X Makeena, Gomm etc), de Grande-Bretagne (Dizzee Rascal, Swami), des États-Unis (Plantlife, Mahjongg), du Mali (DJ Mo), du Brésil (Otto), du Mexique (Wakal) etc. Ils mélangent les genres, pillent le passé, réinventent un futur. Bref, ils sont rock et c’est l’esprit des Trans depuis le début. Le prince du salegy, Jaojoby, apporte heureusement un peu de chaleur dans ces concerts de sons urbains technoïdes.

Les Trans regardent depuis 2003 là où le soleil se lève : à l’extrême Est, en Chine. Après Long Huan & Supermarket l’année dernière, c’est Wang Lei qui proposera aux oreilles occidentales son électro lettrée. Deux premiers pas avant de s’élancer : un festival Transmusicales devrait avoir lieu à Pékin en 2005.

 

Interview de Jean-Louis Brossard, patron des Transmusicales

RFI Musique : Les Transmusicales sont-elles encore un festival underground ?Jean-Louis Brossard : C’est un festival des musiques du monde. Cette année, je n’hésite pas à montrer les Beastie Boys et Jaojoby sur la même scène car je crois que les gens sont prêts à prendre ça en pleine face ! Une autre année, j’ai fait découvrir le maloya à un public rock en invitant Daniel Waro sur la même scène que Macy Gray et les Jungle Brothers. Ce sont toutes des musiques actuelles. Je dirais aussi que c’est aussi un festival underground parce que sur les 68 artistes qui passent aux Trans 2004, plus d’un tiers n’ont pas encore de disque. Le but n’est pas de montrer des artistes qui sortent un album en ce moment. Ce sont mes goûts qui priment et mon envie de montrer des gens comme les Espagnols Rao Trio, dont le leader joue de la vielle à roue. Parce que c’est un son que j’ai pas entendu avant, alors ça m’intéresse. Ce qui compte, c’est l’émotion et l’originalité.

Y a-t-il des zones géographiques, des pays, des régions, qui n’étaient pas programmées aux Trans il y a 25 ans et qui sont aujourd’hui plus présents ?Il y a beaucoup de groupes des pays du nord (de l’Europe), Norvège, Finlande, Suède, Danemark. Une scène passionnante que les gens connaissent assez peu. La 4e année des Trans, j’ai fait venir mon premier groupe finlandais, Pelle Miljoona Oy : ils étaient venus dans une espèce de ‘magic bus’, des vikings habillés en peaux de bête, étonnants...

Y a-t-il un style, une tendance musicale dominante cette année ?Il y a une tendance plutôt rock-électro. Avant, on parlait d’électro-rock, mais là, la base est rock, avec des artistes comme les Teddy Bears de Stockholm, les Kazabian d’Angleterre. Mais on en est au point où tout le monde mélange tout, tu vois un rappeur débarquer sur le set d’un groupe rock, etc. C’est pas du formaté, c’est pas du produit. Le plus important : j’ai besoin de savoir que ce que fait l’artiste, c’est vrai, authentique.

Il y a un projet de Transmusicales en Chine en juin l’année prochaine. Pourquoi la Chine ?J’ai été invité à un festival sur la grande muraille de Chine en septembre 2003 et j’ai découvert un groupe, Long Kuan & Supermarket, que j’ai fait venir aux Transmusicales. J’ai appris ensuite qu’il y avait l’Année de la France en Chine et j’ai proposé un projet. Mais je le veux gratuit pour le public, à la limite plus communiste que les communistes ! Je veux amener là-bas Danyel Waro, Denez Prigent, Saint Germain, Gotan Project, Bikini Machine, X-Makeena... J’ai envie d’amener quelque chose de novateur. Côté chinois, j’invite le musicien électro Wang Lei aux Trans 2004. J’ai entendu dire que des musiciens rennais veulent travailler avec lui. Il y a un groupe acoustique, Iz, que j’ai déjà fait venir cette année à l’Ubu. C’est un mélange de casaque et de ouïgour du nord de la Chine. Vraiment un de mes albums préférés. Les rencontres se font déjà : il y aura un futur à cette histoire-là.