Infatigables Djs

À l'image de Charles Schillings, qui se produit ce soir en clôture de la 39e édition du Midem à Cannes, les DJ francophones occupent toujours le premier rang des musiques électroniques, sollicités par les noctambules du monde entier.

Ambassadeurs itinérants de l'électro française

À l'image de Charles Schillings, qui se produit ce soir en clôture de la 39e édition du Midem à Cannes, les DJ francophones occupent toujours le premier rang des musiques électroniques, sollicités par les noctambules du monde entier.

 
 

La French touch est-elle vraiment morte ? Si beaucoup d’aficionados des musiques électroniques estiment que ce phénomène a vécu, à court de créativité, les DJ français qui sont les principaux acteurs de cette mouvance ne partagent pas la même impression. "La fin de la French touch, c’est un jargon de journaliste. Si l’on a parlé de sa mort, c’est parce que beaucoup de disques sont arrivés en même temps, y compris de nombreuses copies. Et ces plagiats ont un peu desservi l’enthousiasme des débuts.", objecte Bob Sinclar, fameux DJ et producteur parisien qui constate aussi que la cote de popularité des disc jockeys français n'a pas chuté. "Bien au contraire", souligne-t-il. Et pour le prouver, il affiche un planning bien chargé : une tournée qui s’est achevée à la fin de l’année dernière au Canada et en Amérique du Sud, une centaine de soirées au total pour 2004, des dates prévues début 2005 en Afrique du Sud...

Autre activiste qui ne semble pas souffrir d'une quelconque baisse d'activité, DJ Grégory : ce trentenaire n’est jamais ou presque dans la capitale française en fin de semaine. En janvier 2005, il sera derrière les platines de clubs à Dubaï, au Bahreïn, à Hong Kong ou encore à Sydney. "Il y a une espèce de fascination pour les DJ français, les gens nous demandent comment nous faisons pour avoir ce son, pour produire de tels disques." Car la clé pour s’exporter semble bien résider dans cette évidence : pour devenir un DJ globe-trotter, il faut d’abord être reconnu. Et cette reconnaissance ne s'obtient qu'en réunissant certaines conditions. "Un DJ ne peut pas tourner s’il n’est pas producteur", résume Bob Sinclar, qui totalise un million de disques vendus. À l’heure d’Internet et du téléchargement – légal ou pas – de musique, les titres circulent plus vite et plus loin. Lors d’une récente soirée donnée dans un club à Bogota, Bob Sinclar s'est aperçu que les danseurs chantaient le refrain de son tube The Beat Goes On. Pourtant, ce morceau ne s’est pas vraiment vendu en Colombie, et les maxis vinyls n’y existent pas...

Développer une image d'artiste

 
  
 

Si, en France, DJ Grégory a construit sa notoriété en se produisant dans des soirées et en animant une émission de radio, l’étincelle qui lui a conféré une dimension internationale s'est produite en 1997 avec son remix du Sunshine People de DJ Gilb’R. En quelques semaines, 10 000 exemplaire du disque vynil sont vendus. Quelques maxis, comme Elle ou Tourment d’Amour, ont fini d'asseoir sa notoriété,. Comme Bob Sinclar, il a été approché par des DJ et producteurs anglo-saxons, et par le label britannique Defected. Cette maison de disques florissante assure la distribution de leurs productions en dehors de l’Hexagone, dans une grande partie du monde.

En concert ce soir à Cannes avec les autres artistes du label Pschent pour clore la 39e édition du Midem (Marché international du disque et de l'édition musicale), le Belge Charles Schillings s’est d’abord fait connaître sur la scène internationale dans les clubs ou lors de défilés de mode, puis par ses productions. "Je n’ai jamais vraiment eu l’étiquette French touch," confie-t-il. "J’étais un peu isolé par rapport aux réseaux de DJ et d’agents." De Londres à New York, en passant par Rome – des villes dans lesquelles il a successivement habité –, il multiplie les rencontres, essentielles dans ce milieu. Car la meilleure publicité, ce sont souvent les DJ eux-mêmes qui la font, en diffusant les disques des uns et des autres. Et les productions françaises s’exportent toujours autant sur les platines des discothèques du monde entier.


 
 

"C’est branché d’inviter un DJ français. Nous avons une image glamour et fashion", confie Bob Sinclar. "Contrairement aux Américains, qui signent beaucoup de titres sous de nombreux pseudonymes", ajoute-t-il, "nous avons toujours voulu développer notre image d’artiste." Et les disc jockeys français n’ont jamais été autant demandés que depuis ces trois dernières années. Les tarifs de leurs prestations sont conséquents : 1500 euros au minimum par soirée. Les négociations sont assurées entre les clubs et les artistes par des agents – appelés aussi bookers – qui travaillent chacun sur un territoire géographique délimité.

Parmi les pays les plus demandeurs, l’Afrique du Sud figure en bonne place. DJ Grégory y a reçu le meilleur accueil, Charles Schillings aime le côté décalé des danseurs sud-africains, et Bob Sinclar, avec son projet Africanism, avoue s'y sentir presque comme chez lui. Autres pays d’adoption : la Russie, les Émirats Arabes Unis ou la Chine, plus particulièrement Hong Kong. En musique comme en géographie, ces ambassadeurs francophones de l'électro ne semblent décidément pas connaître la notion de frontière.

Bob Sinclar Enjoy (Yellow Prod/Warner) 2004
Charles Schillings Not Correct (Pschent/Wagram) 2004
DJ Grégory In the House (Defected/Pias) 2004