Quatre Victoires pour M

Le grand vainqueur de la 20ème édition des Victoires de la musique qui s'est tenue ce 5 mars, est sans conteste Matthieu Chédid alias M. Quatre trophées en poche pour couronner un parcours professionnel et artistique sans faute. Françoise Hardy, Amadou et Mariam ou Les Choristes se sont vus eux aussi récompensés. Palmarès.

Un palmarès consensuel

Le grand vainqueur de la 20ème édition des Victoires de la musique qui s'est tenue ce 5 mars, est sans conteste Matthieu Chédid alias M. Quatre trophées en poche pour couronner un parcours professionnel et artistique sans faute. Françoise Hardy, Amadou et Mariam ou Les Choristes se sont vus eux aussi récompensés. Palmarès.

Groupe ou artiste interprète masculin de l'année : M
Groupe ou artiste interprète féminin de l'année : Françoise Hardy
Artiste/groupe révélation du public de l'année : Jeanne Cherhal
Groupe/artiste révélation scène de l'année : la Grande Sophie
Album révélation de l'année: CrèveCoeur (Daniel Darc) et Le rêve ou la vie (Ridan), ex-aequo
Album de chansons/variétés de l'année : Qui de nous deux (M)
Album pop/rock de l'année : French Bazaar (Arno)
Album rap/hip-hop/r'n'b de l'année : 16/9 (Nâdiya)
Album reggae/ragga/world de l'année: Dimanche à Bamako (Amadou et Mariam)
Album de musiques électroniques/groove/dance de l'année : Talkie walkie (Air)
Album de musique originale de cinéma ou télévision de l'année : Les Choristes (Bruno Coulais, Christophe Barratier, Philippe Lopes Curval)
Chanson originale de l'année : Si seulement je pouvais lui manquer (Calogero)
Spectacle musical/tournée/concert : M
Videoclip : Les beaux yeux de Laure (Alain Chamfort)
DVD musical : Les leçons de musique (M)

Par ailleurs, quatre Victoires des victoires ont été décernées spécialement pour la 20ème édition, récompensant des lauréats des années précédentes :

Artiste interprète masculin : Jean-Jacques Goldman
Artiste interprète féminine : Mylène Farmer
Chanson originale : Foule sentimentale (Alain Souchon)
Album : Fantaisie militaire (Alain Bashung)

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Cette 20 ème cérémonie des Victoires de la musique était l’occasion de revenir sur la récompense suprême de la chanson en France et son histoire de polémiques et de scandales.

 
 

L’idée est simple, comme toutes les bonnes idées. La chanson française a connu diverses récompenses et trophées éphémères (les grands prix de la chanson, les Piaf, les Micros d’or, etc), mais elle n’a ni palmarès incontestable ni grande soirée, à l’instar des Césars pour le cinéma français ou des Grammy Awards pour la musique populaire aux Etats-Unis. Un producteur, ancien journaliste, Claude Fléouter, lance l’idée de faire voter chaque année un large collège de professionnels : artistes, personnel des maisons de disques, disquaires, journalistes, programmateurs... Et la soirée de remise des trophées sera télévisée (c’est d’ailleurs en raison de la défection de la télévision que les Victoires ne se tiendront pas en 1989).

La mécanique des Victoires est simple : les votants reçoivent un aide-mémoire avec la liste exhaustive des sorties et événements de l’année qui vient de s’écouler. Chacun vote librement, par correspondance, parmi tous ces choix. Les quatre meilleurs de chaque catégorie sont sélectionnés pour le second tour, qui donnera le palmarès final. La logistique fonctionne bien, le métier joue le jeu dès la première année, 1985. Le palmarès est long : dix-neuf récompenses, avec au sommet Michel Jonasz, artiste interprète masculin de l’année et chanson de l’année pour La Boîte de jazz, et Jeanne Mas, artiste interprète féminine de l’année et révélation variétés de l’année. Mais aussi Jean-Michel Jarre pour les variétés instrumentales, Daniel Lavoie pour l’album de chansons pour enfants, Raymond Devos pour l’humour, Pierre Boulez pour la musique contemporaine, Didier Lockwood pour le jazz, l’Orchestre de Paris pour l’interprète ou formation classique, Gabriel Bacquier pour le lyrique... Le jazz et la musique classique feront sécession plus tard, notamment parce que, longtemps, les Victoires seront une place forte de la chanson grand public, même si le public ne vote pas : Jean-Jacques Goldman et Catherine Lara en 1986, Johnny Hallyday et France Gall en 1987, Claude Nougaro et Mylène Farmer en 1988, Francis Cabrel et Vanessa Paradis en 1990, Michel Sardou et Patricia Kaas en 1991...

Bizarreries et scandales

 
 

Mais les récompenses sont critiquées. Non seulement pour le fond – c’est-à-dire le palmarès lui-même –, mais aussi les incohérences du fameux "aide-mémoire", qui classe artistes et oeuvres par catégorie. Ainsi, MC Solaar est couronné comme groupe de l’année en 1992, Robert Charlebois en musiques du monde en 1993, Sinclair en "révélation du groupe de l’année" en 1995, les albums Clandestino et Proxima Estacion Esperanza de Manu Chao couronnés en "musiques traditionnelles et musique du monde" en 1999 et 2002...

Globalement, d’aménagement en adaptation, de nouvelles catégories en nouvelles définitions, les Victoires ont su évoluer astucieusement. On voudrait pouvoir dire "sans crise", mais ce n’est pas le cas. Deux fois, elles ont frôlé l’arrêt de mort et ont dû se réformer en profondeur. La première fois, c’est en 1996. Le palmarès est serein : Maxime Le Forestier et Véronique Sanson en artistes de l’année, Pour que tu m’aimes encore par Céline Dion, l’album Défoule sentimentale d’Alain Souchon…

Le choc vient avec une inconnue, Stephend, qui emporte la victoire de la révélation féminine contre toute attente. On a beau imaginer – ou essayer de faire croire – que beaucoup de votants ont tout fait pour barrer la route à Ophélie Winter, dont le succès fabriqué et la vulgarité assumée agacent nombre de professionnels, il est impossible d’imaginer sérieusement que leurs scrutins se soient portés sur une chanteuse inconnue qui n’a chanté qu’en première partie de Michel Sardou et donné un concert au Café de la Danse, et dont le disque a été retiré de la vente plusieurs mois plus tôt par BMG après son échec commercial sans appel. Le scandale est inévitable quand on découvre que le producteur de Stephend est par ailleurs l’associé du producteur exécutif des victoires, Claude Fléouter. De fait, le collège électoral est pléthorique il n’est peut-être pas impossible de "convaincre" certains électeurs, peu au fait de l’actualité du métier (718 auteurs ou compositeurs dans le collège Sacem !) de voter pour tel ou tel. L’association des Victoires, embarrassée, tranche dans le vif : elle décide d’"un code de déontologie qui permette que les résultats ne soient jamais plus à ce point troublants" et les listes électorales sont révisées avec férocité.

Belles surprises en l'an 2000

 
 

La seconde crise est plus subtile. C’est celle du palmarès décoiffant de 2000. Certes, l’album de l’année est Sang pour sang de Johnny Hallyday, mais les autres Victoires sont des surprises : M en artiste masculin, Natacha Atlas en artiste féminine, Zebda en groupe de l’année, le 113 en révélation… Renouvellement, vent de jeunesse et d’insolence, palmarès bigarré : la critique est ravie, le lendemain, dans les journaux. Mais c’est la crise pour l’association des Victoires et son partenaire télé, France 2. Les votants se sont exprimés mais les résultats d’audience sont désastreux. Le conseil d’administration des Victoires découvre le poids des votes "contre", du "tout sauf"… Natacha Atlas, par exemple, qui n’était pas en tête au premier tour, triomphe certainement parce que tous les électeurs rétifs aux variétés ont voté pour elle plutôt que pour Véronique Sanson, Mylène Farmer, Hélène Ségara ou Patricia Kaas. La solution est trouvée : on change le mode de scrutin. Désormais, les Victoires se jouent en un seul tour. Le vainqueur est désigné à la majorité relative, parmi les dix, vingt ou cent cinquante noms en compétition pour une récompense – c’est donc forcément un candidat fédérateur. Les trois autres "nommés" dans chaque catégorie ? Ce sont les trois noms suivant le vainqueur dans le classement de l’unique tour de vote, et qui maintiennent la fiction d’une sélection plus fine jusqu’à la soirée des résultats. Le résultat est frappant dès l’année suivante : Henri Salvador triomphe en artiste masculin de l’année, Hélène Ségara en artiste féminine, Isabelle Boulay en révélation – bons chiffres d’audience TV, palmarès consensuel.