L'électro-pop à l'affiche

Ils sont français et pourtant leur univers musical est largement inspiré par les sonorités pop anglo-saxonnes. Pas de mimétisme mais plutôt une lecture personnelle d'une musique que d'aucun voudraient voir cantonné en dehors de l'Hexagone. Ils s'appellent Sébastien Schuller, The Film ou encore Syd Matters. Chroniques. 

Sébastien Schuller, The Film et Syd Matters

Ils sont français et pourtant leur univers musical est largement inspiré par les sonorités pop anglo-saxonnes. Pas de mimétisme mais plutôt une lecture personnelle d'une musique que d'aucun voudraient voir cantonné en dehors de l'Hexagone. Ils s'appellent Sébastien Schuller, The Film ou encore Syd Matters. Chroniques. 

  Sébastien Schuller Happiness

 
 

La pop française se porte plutôt bien en ce moment, Air avait frayé le chemin, M83 ou 3 Guys Never In confirment cette bonne santé, encore un peu plus éclatante grâce au premier album de Sébastien Schuller, Happiness. Un opus encensé par la presse, des Inrockuptibles à Magic, en passant par Le Monde. Il y avait un premier titre, Weeping Willow (le saule pleureur), sorti en 2002. Une complainte pop-électronique désabusée, à la guitare fatiguée et aux synthés maladifs. Une chanson très remarquée, qui aiguisait les attentes quant au premier album, finalement sorti en ce début 2005.

Sur une armature pop aux instruments acoustiques, Sébastien Schuller greffe des sons et des effets électroniques, il trafique sa voix. L’ensemble donne un album aérien, d’humeur changeante, comme l’attestent Where we had never gone sépulcral, avec ses orgues funestes et sa voix d’outre-tombe ou Tears coming home plus radieux. Des intonations à la Radiohead, des ambiances à la Pink Floyd, des mélodies façon Air, les comparaisons peuvent être élogieuses.

Happiness, ou la quête d’un bonheur perdu. Sébastien Schuller est un trentenaire solitaire, qui s’avoue un peu torturé. Après avoir cherché en vain des musiciens, il s’est rendu compte qu’il pouvait se débrouiller seul, et c’est dans une chambre de bonne sur la Butte Montmartre qu’il a composé cet opus, aidé de Paul Hanford (ex-Brothers in Sound). À l’origine percussionniste classique, Sébastien Schuller revendique une culture new wave. Il s’apprête désormais à monter sur scène et vient de s’acheter une guitare électrique. On se demande ce qu’il nous prépare…

Sébastien Schuller Happiness (Catalogue/Wagram) 2005

Nicolas Dambre



 

 
 The Film 

 
 

Le duo français de The Film a beaucoup écouté Bowie, Bolan et les New York Dolls. Leur mixture énergique recrache beaucoup de sons de riffs entendus à l'époque du glam-rock frimeur qui flambait au CBGB's et autre Whisky-a-gogo. Ajoutez à cette influence majeure quelques gouttes de pop bien élevée et des refrains accrocheurs et vous obtiendrez le parfait scénario sonore. La chanson de The Film que vous avez forcément entendue est Can you touch me?. Cette bande-son vendue à la dernière campagne TV d'une marque de voitures, octroie déjà à ce duo bordelais (Benjamin Lebeau et Guillaume Brière) une notoriété non négligeable. A croire que les "bombinettes" rock du même acabit, faciles à chantonner au volant de sa 404, le casque de son I Pod à fond les ballons, font systématiquement le bonheur des académiciens de la pub - on croirait le Jerk it out des Caesars, utilisé pour la pub d'un  walkman mp3, sorti du même moule. Les onze chansons de ce premier album toutes interprétées en anglais (sauf sur Où est le plaisir ?) font le grand écart perpétuel entre modernité et clins d’oeil au passé glorieux du rock n'roll. Les claviers électriques vintage en grande quantité sur l'album permettent à The Film de reconstituer des décors rhythm and blues, soul et psychédéliques dans ses chansons. Des cuivres en introduction du monstrueux Big RDV aux assemblages efficaces à base de guitare-basse-batterie sur le reste du CD, le premier album du duo est une réussite. Achetez-le et vous pourrez en faire une bande originale de votre propre Film.

The Film (Amosphériques / Universal) 2005

David Glaser



 

 Syd Matters Someday we will foresee obstacles

 
 

Tout a commencé avec A Whisper and a Sigh, un album magique de rock aérien façonné comme une sculpture sonore où les influences folk, prog-rock et post-punk s'entrechoquent malicieusement. Le piège aurait été de tenter produire une copie de ce premier album éternel sans chercher un quelconque renouvellement. L'approche musicale de Syd Matters a ceci de précieux qu'il ne peut se réduire à une éternelle alchimie des cycles. Someday we will foresee obstacles propulse Syd notre héros dans de nouveaux méandres mélodiques, où les arpèges de guitare sont plus soyeux que jamais, où la batterie est plus subtilement mixée que sur le premier album, où des sons originaux de voix "vocodées" (Middle Class Men) se mélangent avec des paires de mains "clappées", où le sons de sirènes inquiétantes semblent naître du maniement habile de pédales d'effets sur I care.

Syd crée d'autres mélanges originaux, avec une base de guitare sèche et des vagues de choeurs lointains en surimpression. Someday sometimes rappelle l'atmosphère de The Bends de Radiohead. Derrière les manettes de la console, Yann Arnaud (présent aussi sur le premier album de Sébastien Schuller) fait voltiger la voix traînante de Jonathan (aka Syd). Cette voix berce l'oreille et la caresse de bout en bout. Un grain chaleureux sur Obstacles, une merveille de pop qui pourrait très bien se loger dans les programmations radio les plus serrées. Watcher, modèle de songwriting à la Elliott Smith, y arriverait tout autant. Les compositions de Syd Matters sont riches de nombreuses trouvailles : Passe-Muraille et sa construction en deux temps, où la voix enjambe une longue intro free jazz pour répéter ad libidum un refrain messianique commençant par "That's allright… allright…walking through the wall" et terminant par "get up if you fall, walk into the lights", est de celles qui atteignent directement le coeur sans passer par le cerveau. Quelque part entre la richesse atmosphérique de Mogwai, Sonic Youth et le verbe haut de Divine Comedy, Syd Matters se fait une place au soleil, avec ses poèmes élégamment chantés dans la langue de Nick Drake. La discographie de Syd Matters prend de l'épaisseur, c'est bien la meilleure chose qui puisse arriver au rock indépendant français ces dernières années.

Syd Matters Someday we will foresee obstacles (Third Side/V2/Chronowax)

David Glaser