Omar Pene

Avec Myamba, (Faces / Discograph), son nouvel album, Omar Pene, le leader du Super Diamono, groupe phare de la musique sénégalaise, explore un nouvel habillage musical qui devrait séduire un public international.

Trente ans et toujours du talent

Avec Myamba, (Faces / Discograph), son nouvel album, Omar Pene, le leader du Super Diamono, groupe phare de la musique sénégalaise, explore un nouvel habillage musical qui devrait séduire un public international.

 
 

Pas de batterie, ni de synthé, mais de la contrebasse, une guitare acoustique, la basse de l’incontournable Pape Dembel Diop et quelques percussions souvent discrètes : léché, le style du nouveau disque d’Omar Pene, loin des standards qui sévissent aujourd’hui à Dakar, se veut résolument dépouillé et posé. Si posé même qu’on a du mal à se souvenir à son écoute que le chanteur et sa bande on été les auteurs d’une musique complètement déjantée, jouée dans les bas fonds de Dakar. Mais c’était, il est vrai, il y a déjà une trentaine d’années. Depuis, le leader du Super Diamono (SD), longtemps catalogué comme "l’orchestre des voyous", s’est considérablement assagi. Et tout comme avec son précédent album, 25 ans, sorti en 2001, il cherche désormais à travers Myamba à conquérir la scène internationale, duquel l’esprit désorganisé du SD l’a longtemps tenu éloigné.

Si le grain de folie des années 70 ou 80 a disparu, les fins connaisseurs du groupe ne seront cependant pas déroutés par ce style aéré dit "acoustique". D’abord parce que la voix d’Omar Pene, particulièrement bien mise en valeur, est toujours aussi expressive, chaude et profonde. Ensuite parce que le Super Diamono a toujours eu l’habitude d’explorer différents genres et habillages musicaux, du jazz au mbalax, le style vedette au Sénégal depuis le début des années 80, en passant par le blues ou le reggae. Et enfin parce que Myamba, auquel participent des musiciens extérieurs au SD (comme le Camerounais Jules Bikôkô), est la reprise d’une dizaine des... six-cents chansons qui ont jusqu’ici émaillé la carrière du groupe. "Il a fallu faire un choix, un peu comme un entraîneur de foot qui a vingt joueurs et ne peut en disposer que onze sur le terrain. On a du écouter, réfléchir... Je ne sais pas si on a choisi les meilleures... ", commente Omar Pene, toujours aussi peu imbu de lui-même.

La plus connue de ces dix compositions revisitées est sans doute Soweto, devenue aujourd’hui Mandela. Figurant sur l’album People, enregistré en 1987, elle reste l’un des morceaux phares de l’époque où Omar Pene officiait avec les chanteurs Mamadou Maïga et Moussa Ngom. "L’Afrique n’oubliera jamais ceux qui sont tombés à Soweto pour la peau noire qu’ils portent", dit-elle en souvenir du massacre des écoliers de Soweto par le régime de l’apartheid, en 1976. Autre hommage musical réussi, celui rendu au musicien Baila Diagne. "Il est mon père spirituel. C’est à lui qu’on doit l’avènement du Diamono. On vivait chez lui, on y répétait. Aujourd’hui encore, il suit le groupe avec beaucoup d’intérêt et reste le grand frère, le conseiller", explique Omar Pene, fidèle. Mais Baila, c’est surtout celui qui, le premier, a découvert la richesse vocale du leader du SD, au tout début des années 70. Leur rencontre s’est faite par hasard dans le quartier où Omar et ses copains, alors adolescents, avaient pris l’habitude de chanter et de taper sur de vieux bidons pour occuper leurs soirées. Sans son flair et son insistance, Omar Pene n’aurait sans doute jamais quitté les terrains de foot, sa seule passion à l’époque.

 
  
 

Les autres morceaux choisis pour composer Myamba reflètent les thèmes, en général très ancrés dans le quotidien sénégalais, que le chanteur-compositeur a développés depuis ses débuts : l’amour, les difficultés engendrées par la polygamie, les problèmes économiques et sociaux... "On ne vit plus à la sueur de son front. Les plus forts écrasent les faibles (...) Le travailleur est exploité et piétiné dans ses droits, il n’arrive plus à joindre les deux bouts", relève par exemple Moudje. "Le morceau qui me tient le plus à coeur dans cet album, c’est sans doute Liberté qui parle d’émigration, souligne Omar Pene. Je ne cesserai jamais d’en parler tant que les gens ne seront pas conscients que leur avenir se trouve chez eux. Il faut qu’ils sachent que c’est difficile de s’exiler, que l’on vit souvent dans des conditions très dures, que l’on est conduit à accepter des choses que l’on n’accepte pas chez soi. Il faut vraiment dire aux jeunes que leur avenir se trouve en Afrique. Mais il faut aussi pouvoir leur donner les moyens d’y rester. Aux décideurs donc de faire en sorte qu’ils puissent avoir un boulot, accéder à un logement, se soigner... "

Ce n’est donc que temporairement que le Super Diamono migrera au cours des mois à venir : en juin et juillet prochains, le groupe sera en effet en tournée à travers les Etats-Unis d’Amérique, le Canada et l’Europe. Comme à son habitude, il n’en oubliera pas pour autant son public sénégalais : sa dernière production nationale – l’enregistrement du concert événement qui a marqué ses trente années d’existence, en décembre dernier – continuera pendant ce temps de circuler au Sénégal.

Omar Pene Myamba (Discograph) 2005