Orange Blossom

Après huit ans de silence discographique, la formation éclectique nantaise appelée Orange Blossom a retrouvé le chemin des studios en enregistrant un deuxième album Everything must change. Un opus de belle facture où les mélodies orientales épousent le groove des machines. Décryptage d’une musique qui donne tout son sens au métissage sonore, à la veille de leur concert parisien.

Le nouveau départ du groupe nantais

Après huit ans de silence discographique, la formation éclectique nantaise appelée Orange Blossom a retrouvé le chemin des studios en enregistrant un deuxième album Everything must change. Un opus de belle facture où les mélodies orientales épousent le groove des machines. Décryptage d’une musique qui donne tout son sens au métissage sonore, à la veille de leur concert parisien.

 
  
 

Le début du troisième millénaire aurait pu marquer la fin d’Orange Blossom, avec le départ du chanteur Jay C. Mais le destin de ce groupe nantais, reconnu pour ses rencontres improbables, en a décidé autrement. En 2002, l’arrivée de Leïla Bounous, une nouvelle chanteuse algéro-bretonne a déclenché la magie musicale. «La perte de notre lead vocal a été très dur, car nous ne voulions pas jouer de la musique instrumental. Son remplacement a été long, parce que nous cherchions une voix à la tonalité arabe qui, en même temps, était capable d’intégrer l’identité d’Orange Blossom », se souvient, aujourd’hui, Carlos Robles Arenas (programmations, batterie), fondateur, avec PJ Chabot (violon) de cette formation atypique, née il y a dix ans. Après un premier album éponyme convainquant paru en 1997, le désormais quatuor, enrichi de Mathias Vaguenez (percussions), vient de signer Everything must change, un « pur » Omni (Objet musical non identifié) ! Car même si la couleur dominante est électro-orientale, le télescopage des cultures est le maître-mot de ce disque. Pour Carlos, ce melting-pot est évident : « je compose avec le coeur et le fruit de mon travail correspond à tout ce que j’ai entendu depuis mon enfance au Mexique à maintenant, en passant par mes différents exils artistiques aux Etats-Unis et à Cuba. J’ai écouté de la new wave, du punk, du rock, des musiques latines et africaines, des mélodies arabes, etc…Pour moi, l’important c’est que ça sonne bien ».

La fusion des styles n’est certes pas une nouveauté sur la petite planète des rythmes sans frontières, mais souvent dans ce genre d’aventure le propos musical manque de cohérence et le collage facile est perceptible dès qu’il s’agit de musique assistée par ordinateur. Avec Orange Blossom, l’heure du changement a résolument sonné comme l’indique le titre en anglais de leur Cd, tiré d’un morceau de Nina Simone, diva du jazz afro-américain disparue en 2003. Malgré cette référence conformiste, nos quatre Nantais ont encore repoussé les barrières du métissage en créant une musique inclassable pour les critiques et autres disquaires mais que les musicologues du siècle prochain sauront peut-être identifier… Car Everything must change est globalement une véritable oeuvre même si quelques plages sont discutables. Sons, images, climats, tous les ingrédients sont réunis pour créer une partition hors du temps. Pour réussir ce travelling du monde, Orange Blossom a fait appel à différents artistes. Comme l’orchestre de cordes, The Cosmic Orchestra, qui réinterprète Tchaïkovski (célèbre compositeur russe du XIXè siècle, ndlr) avec des chants ivoiriens de la troupe Yelemba (Lassana Coulibaly et Alama Koné Seydou) sur le morceau Bendimina. Ou, la section de cuivres des Chacha Hills qui, dans un esprit Pink Floyd des années 70’, répond au groove des machines et voix samplées sur Désert Dub. Ou encore, la cantatrice Marion Tassou, dont l’apport donne au titre Souffrance, l’aspect d’un mini-opéra néo-pop.

 
 

Mais toutes ces collaborations n’ont d’intérêt que si l’on s’arrête sur Leïla Bounous, la chanteuse-meneuse, dont la voix n’est pas sans rappeler le phrasé, en plus grave, de Natacha Atlas, la princesse anglo-égyptienne. Un don inné pour la beurette nantaise un peu rebelle qui avoue avoir appris à chanter à la maison sur les k7 des stars en vogue. Autodidacte et issu de l’école du hip-hop, elle affirme sa plume dans les textes : « les sujets que j’aborde parlent d’injustice sociale, politique, mais aussi d’amour avec toujours une volonté de musicalité dans les mots et la langue qu’elle soit arabe ou imaginaire». Déterminante dans la renaissance du groupe, cette présence féminine a accentué son penchant oriental. Une orientation musicale entamée dès 1999, lorsque Orange Blossom rencontre Ganoub, une formation traditionnelle égyptienne. Le résultat avait donné naissance à une création inoubliable à l’Opéra du Caire devant un parterre émerveillé. D’ou le titre en clôture d’album qui rend hommage à feu Mostafa Abdel Aziz, joueur d’arghoul (flûte vieille de 4000 ans, ndlr) de Ganoub. Bref, Everything must change offre un vaste répertoire où chacun peut trouver sa part de plaisir à l’image du public d’Orange Blossom. «Nos concerts à Nantes, réunissent différentes générations de spectateurs qui appartiennent à plusieurs chapelles», précise Leïla Bounous. Et d’ajouter : « on trouve des rappeurs, des rockers, des amateurs de techno mais aussi des papys maghrébins. C’est super ce mélange ! »

Orange Blossom Everything must change (Bonsaï Music/Night&Day) 2005

Concerts: le 26 mai 2005 à Paris (Nouveau Casino)
Le 28 mai 2005 à Rouen (Trianon Transatlantique)