As Dragon sous influences

Va chercher la police, le deuxième album des protégés du producteur Bertrand Burgalat traverse les différentes époques du rock, du psychédélique sixties au son electro-pop. Les références érudites et les trouvailles mélodiques s’accumulent au fil des douze chansons et proviennent pour la plupart de l’époque du punk chère aux oreilles cultivées des cinq musiciens parisiens.

Nouvel album du groupe

Va chercher la police, le deuxième album des protégés du producteur Bertrand Burgalat traverse les différentes époques du rock, du psychédélique sixties au son electro-pop. Les références érudites et les trouvailles mélodiques s’accumulent au fil des douze chansons et proviennent pour la plupart de l’époque du punk chère aux oreilles cultivées des cinq musiciens parisiens.

 

 A la fin d’une interview avec Natasha Lejeune et Michaël Garçon, on se rend compte à quel point ces documentalistes du rock ont avalé avec délectation tout ce qui a compté dans le rock de ces quatre dernières décennies. Au terme d’une discussion pointue sur les changements notoires constatés entre le premier album Spanked, un chef d’oeuvre rock n’roll, brutal et orgasmique, mal élevé et pourtant très distingué au milieu d’une collection de disques classieux rangés sur une très longue étagère à la lettre T comme Tricatel, on retiendra surtout la conclusion de Natasha : "nous aimons brouiller les pistes… " Sur la piste de décollage pour le deuxième album, les cinq musiciens d’AS Dragon avaient jusque là tout réussi, le premier album Spanked, une longue tournée qui s’arrête un soir de fête devant plusieurs milliers de motards excités au Bol d'Or, mais aussi des salles à moitié vide en Europe. Dans le car de tournée, Natasha et les quatre dragons Hervé, Stéphane, David et Michaël ont composé entre deux concerts et profité des pauses de la très longue tournée permanente (environ 250 concerts en un an) pour enregistrer. "Nous avons aussi beaucoup profité de la scène pour tester nos chansons, les ajuster, se les approprier" précise Michaël, responsable des claviers. "On a aussi profité de la tournée pour écouter beaucoup de musique", prévient Natasha, "Television, The Cure, Depeche Mode, Magazine" citent les deux musiciens, mais aussi quelques anciens mods comme les Small Faces. Les joies du bus, du temps jamais perdu puisqu’il sert à nourrir les cerveaux de matières premières de qualité.

 

    Dans Va chercher la police, les clins d’oeil sont nombreux mais discrets, il y a bien sûr Blondie, une référence pour ce personnage androgyne dévastateur qu’interprète Natasha sur scène comme sur ce deuxième disque, pour les sonorités excentriques et sucrées on citera les B-sides des B 52's ou les gourmandises des Go-Go's, de The Jam, des Stranglers ou encore d’Elastica pour l’amalgame punk et pop. Cette dimension pop dans laquelle le groupe ne rentre pas complètement d’ailleurs, "Bertrand (Burgalat : ndlr) qui enregistrait son album peu de temps après le nôtre avait un peu peur qu’on s’enferme dans le créneau pop eighties. On a pris garde à ne pas tomber dans ce piège, en suivant ces quelques conseils mais on est parvenu à produire cet album sans qu’il n’y participe vraiment"explique Michaël, ce qui passe pour une étape de plus atteinte dans la quête d’émancipation du groupe. Dans les recoins des douze chansons, le nouveau son du Dragon est identifiable au milieu des classiques riffs entraînants de guitares fondues dans des lignes de basse légèrement saturées et rapidement enchaînées. On repère des escadrons de notes de synthés tantôt discrètes, tantôt "grandes-gueules". Mais attention, un brin conservateur, AS Dragon malaxe et mélange des sonorités eighties servies sur une base rythmique très sixties. Ce deuxième album a réussi l’union.

 

 Vêtues de noir, les paroles élégantes, en français pour la plupart, se plaquent sur des mélodies travaillées à l’énergie sur Morte le titre introductif ou l’archi-précis Alchifumiste, une véritable merveille de punk-rock rentré, aux contours mélodiques dessinés au scalpel. Le disque possède ce côté rétro et moderne à la fois, on pense aux chefs d’oeuvre de Cure qui ont construit l'adolescence de bon nombres de musiciens à travers le monde (AS Dragon n'y échappe pas) mais aussi l’adolescence de jeunes adultes débutant récemment dans la musique comme Bloc Party. I wanna be your doll est en ce sens plus curiste que stoogien, n'en déplaise aux amateurs d'Iggy Pop et de Spanked qui auraient vu une relecture du I wanna be your dog sans avoir écouté une seule note. Le deuxième morceau chanté en anglais Plastic hooker dont le titre évoque Blondie (Plastic letters) semble plus souillé du rouge à lèvre saignant de Robert Smith que de gloss glamour de Debbie Harry. Le tube Comme je suis viendra à coups sûrs mettre les points sur les i quand la tentation se fera trop forte de la part de tous les confrères journalistes de comparer la voie de Natasha à qui que ce soit. Les riffs de guitare aériens empruntés à Cure collent parfaitement au petit théâtre des horreurs que la douce Natasha se plaît à interpréter avec ces personnages issus de sa riche imagination, ou de la plume de Virginie Despentes et d’Elizabeth Barillé. Va chercher la police est plus qu’un conseil, c’est un cri de guerre salvateur, équivalent 25 ans plus tard au Mort aux vaches ! de Parabellum.

AS Dragon Va chercher la police (Tricatel/Naïve) 2005

En concert dans les festivals pendant le mois de juillet