La Diva Warda au Liban

C’est avec une grande voix de la chanson arabe que s’est achevé samedi 13 août le Festival international de Baalbeck au Liban. Au coeur de la citadelle millénaire, Warda Al Jazairia, "la rose de l’Algérie", incarne bien ce festival qui, depuis un demi-siècle, revendique une double identité : cosmopolite et arabe.

La chanteuse algérienne clôt le Festival international de Baalbeck

C’est avec une grande voix de la chanson arabe que s’est achevé samedi 13 août le Festival international de Baalbeck au Liban. Au coeur de la citadelle millénaire, Warda Al Jazairia, "la rose de l’Algérie", incarne bien ce festival qui, depuis un demi-siècle, revendique une double identité : cosmopolite et arabe.

 
  
 

Sous les étoiles de Baalbeck, sur les marches d’un gigantesque temple romain, Warda Al Jazairia chante ses chansons d’amour à un public qui l’accueille à bras ouverts. Du répertoire de la chanteuse, les 3000 personnes venues l’écouter semblent tout connaître par coeur. Quand la diva apparaît sur scène, c’est déjà une ovation. Quand elle entame le premier morceau d’une voix grave, les doigts commencent à onduler au dessus des têtes. Et quand l’orchestre au grand complet accélère la cadence, tous les bras se lèvent, les mouchoirs s’agitent, les épaules se calent sur les rythmes orientaux et les mains claquent leur réponse à la partition des artistes. Ambiance garantie.

Toutes générations confondues, le public danse sur des paroles qu’il murmure en même temps que Warda : des histoires d’amour que l’on “savoure chaque jour et chaque nuit”, de soupir “qui touche directement [mon] coeur”, de mensonges... Les chansons de Warda déclinent l’amour sous toutes ses facettes : la passion, la nostalgie ou la jalousie, les liens fraternels ou ceux qui rattachent l’artiste à ses origines. En arabe, l’amour, c’est autant de mots différents.

L’incarnation d’un héritage

Dans sa robe argentée qui scintille, la chanteuse envoie des baisers à la foule qui lui demande ses titres préférés et la remercie d’un “Warda ! La plus grande, Warda !”. Impossible de ne pas se rendre compte que Warda s’inscrit dans la lignée de Oum Kalsoum. Tant pour l’étendue de sa carrière (avec plus de 300 chansons à son répertoire) que parce qu’elle a travaillé avec les plus grands paroliers et musiciens arabes de sa génération. “Elle incarne une musique et un héritage de plus en plus rare, qu’il faut préserver”, commente Leila Bissat, qui participe à l’organisation du festival. Une voix qui appartient au patrimoine culturel arabe mais qui représente également tout une partie de l’histoire de la région. Très jeune, dans les années 50, Warda (“Rose” en arabe) se fait un nom en chantant la révolution algérienne, en plein guerre d’indépendance. Un nom de scène, Al Jazairia (l’Algérie), qu’elle ne choisit pas par hasard. Elle se produit dans le monde entier, notamment en Egypte, à la demande de Nasser, pour chanter la grande nation arabe, aux côtés de Abdel Halim Hafez. En Algérie aussi, bien sûr, invitée par le président Houari Boumedienne en 1972 pour célébrer les dix ans de l’indépendance. Ce soir, Fouad Siniora, le Premier ministre du Liban est venu l’applaudir. Pour l’organisation du festival, “elle représente une certaine unité du monde arabe. Et aussi un brassage culturel essentiel”. De père algérien et de mère libanaise, c’est en France qu’elle est née... et c’est l’Egypte qui lui offre une carrière internationale, notamment après sa rencontre avec Mohammad Abdul Wahab, qui devient son “oustaz” (professeur) et qui lui écrit des textes comme des poèmes, dans la pure tradition des chanteurs arabes. “Tout ce mélange, cette identité cosmopolite, c’est l’essence du Moyen-Orient !”

Festival étendard

 
 

Cette identité est également celle de Baalbeck. Théâtre, ballets, récitals, opéras, classique, jazz, folk, pop... La rencontre des genres marque l’identité du festival, créé en 1956 – le premier du genre au Moyen-Orient. Côté musique, la citadelle a vu défiler les plus grands artistes de la planète : d’Ella Fitzgerald à Oum Kalsoum, de Miles Davis à Joan Baez en passant par Charles Aznavour, le Buena Vista Social Club, Johnny Hallyday ou Massive Attack. Longuement interrompu par la guerre du Liban, le festival a failli l’être à nouveau cette année après une nouvelle série d’attentats. Plus modeste dans sa durée qu’habituellement, il veut rester un étendard “pour le dialogue des cultures”, répète Leila Bissat. “Egalement pour faire connaître les nouveautés du monde entier au public et rendre hommage aux talents libanais.” Fairuz, Sabah ou les frères Rahbani sont passés par Baalbeck. L’idée a fait école et d’autres festivals ont, depuis, vu le jour au Liban.Cette année, à la veille de son cinquantième anniversaire, le festival de Baalbeck souhaitait s’achever dans un sourire. En arabe, cela s’apparente à une longue danse, des mains qui claquent, des bras ouverts et des mots d’amour.