Patrick Fiori

Avec son quatrième album, Si on chantait plus fort, Patrick Fiori semble franchir un cap. Le son est résolument plus rock qu'auparavant, même si le chanteur ne perd pas de vue ce qui a toujours fait sa force : l'humanisme et la sincérité. Toujours épaulé par Jean-Jacques Goldman, il signe sans doute là son disque solo le plus abouti. Est-ce la magie de la Corse où il a été réalisé ?

Si on chantait plus fort

Avec son quatrième album, Si on chantait plus fort, Patrick Fiori semble franchir un cap. Le son est résolument plus rock qu'auparavant, même si le chanteur ne perd pas de vue ce qui a toujours fait sa force : l'humanisme et la sincérité. Toujours épaulé par Jean-Jacques Goldman, il signe sans doute là son disque solo le plus abouti. Est-ce la magie de la Corse où il a été réalisé ?


 
  
 

Si on chantait plus fort, ce n'est pas seulement le titre du nouvel album de Patrick Fiori, cela semble aussi être désormais son leitmotiv... La première impression qui ressort en effet à l'écoute de ce quatrième opus du chanteur d'origine corso-arménienne, c'est qu'il a singulièrement musclé son jeu. La tonalité est nettement plus rock qu'à l'accoutumée. Cet enfant du rock a su demander à ses deux guitaristes, Manu Rodier et André Hampartzoumian, de placer quelques riffs bien sentis sur certains titres. Sans doute un clin d'oeil à ses idoles telles que U2, Bruce Springsteen ou AC/DC !   Pour ce faire, Patrick Fiori n'a pourtant pas changé de collaborateurs. Il fait de nouveau confiance à sa famille artistique. Il s'agit de Jean-Jacques Goldman et son frère, Jean Kapler, de sa complice musicale et amoureuse, Julie Zenatti ou de ses vieux frères d'armes, Bernard Di Domenico et Patrice Carmona. Et tout ce petit monde lui a concocté un disque tout aussi puissant qu'émouvant. Quatorze nouvelles compositions sur lesquelles sa voix chaude prend toute son ampleur. Peut être est ce aussi parce qu'il l'a enregistré sur son île de beauté natale que cet album semble lui ressembler trait pour trait ?

Les cochons sauvages...

C'est en tout cas le fruit d'une immersion totale en pleine nature avec des séances entre deux parties de pêche ou des pique-nique dont les restes étaient donnés, selon les dires de l'équipe, "aux cochons sauvages du coin"... Au final, une ambiance très conviviale qui se ressent fortement tout au long de l'ensemble et lui donne ce côté intime qui reste indéniablement la marque de fabrique de Patrick Fiori. Si ce dernier s'affirme plus rockeur qu'à l'accoutumée dans sa façon de chanter, il n'en demeure pas moins sentimental.

La chanson qui ouvre l'album est celle qui lui donne son nom, Si on chantait plus fort. Patrick Fiori annonce donc la couleur d'emblée et cette invitation sonne comme une promesse. Celle d'une oeuvre pleine d'énergie, à l'instar du single Toutes les peines qui arrive dès la deuxième plage. Ce titre, composé par Jean-Jacques Goldman, risque de trôner en bonne place dans le catalogue des collaborations du bonhomme. Il y est question de blessures, d'erreurs, de l'urgence de la vie... Le chanteur calme ensuite son ardeur grâce à Il paraît, une composition au piano en association avec Julie Zenatti. Une chanson qui évoque toute la difficulté de rêver dans cette société des années 2000.

Une sirène nommée Yoenaï

 
 

S'en suit alors l'un des temps forts de cet album, 4 mots sur un piano, que Patrick chante en trio avec Goldman et Christine Ricol. Cette dernière répond à l'invitation du ténébreux brun sans hésitation et se lance dans l'aventure. Celle-ci terminée, elle laisse alors la place à une sirène, tout droit sortie de l'imaginaire de Jean-Jacques Goldman, une certaine Yoenaï. Une légende comme tous les marins en connaissent, une beauté qu'il faut à tout prix éviter... Le sixième morceau porte un titre qui résume bien tout ce que nous venons d'écouter, Simplement beau, et qui a aussi une drôle d'histoire ! Il s'agit en fait à l'origine d'une chanson composée dans le cadre d'un projet de comédie musicale. Patrick Fiori rêve en effet de mettre en musique la vie de John Merrick, le héros de Elephant Man. Mais cette ambition est pour l'instant remise à plus tard, nécessitant de s'y consacrer pendant de très longs mois...

Même si l'on enchaîne avec Arrêtons là, nous n'en sommes qu'à mi-parcours et surtout pas encore rassasiés ! Tu lui ressembles évoque ceux qui ont cherché à fuir le cocon familial et voler de leurs propres ailes. Peut être pour vivre le grand amour et déclarer sa flamme à celle qu'on aime comme dans A genoux ? Une grande chanson d'amour comme sait les composer Patrice Guirao qui a fait parvenir son texte depuis la Polynésie française... L'amour est aussi au coeur de N'oublies pas. Le chanteur y parle de la nécessité de ne pas renier son passé sentimental mais aussi de trouver la bonne harmonie dans son couple. Exercice périlleux. Petite prise de risque ensuite avec La boîte aux lettres, dans laquelle Patrick s'essaie aux sonorités jazzy avec cependant une réelle réussite ! 

Auto portrait

Passons sur le titre Marlène, sans grand intérêt pour découvrir, le cadeau fait à Patrick par ses musiciens : Tout ce que l'on est et la cerise sur le gâteau, Je ne serai jamais, offert par Jean  Kapler. L'emploi du "je" n'est pas une habitude du chanteur mais là, l'auteur lui a concocté un véritable auto portrait qui est finalement assez ressemblant. Ce quatrième opus se referme donc sur un vrai bilan personnel. Celui que nous en dressons est tout aussi positif et porteur d'espoir pour la suite d'une des carrières les plus controversées de la chanson française. Il est désormais loin le temps des Cathédrales et le Phoebus de Notre-Dame-de-Paris a bien tourné cette "belle" page. Cet artiste, sincère et humain, avance chapitre après chapitre et mérite bien de marcher sur les traces de celui qui l'inspire chaque jour un peu plus : Jean-Jacques Goldman. Souhaitons lui le même destin.

Patrick Fiori Si on chantait plus fort (Sony / BMG) 2005