Les couper-coller de Jackson

Quelques maxis puis un premier album qui sort simultanément chez Universal et le label pointu Warp. Derrière Jackson and his Computer Band se cache un garçon de 25 ans seul avec son ordinateur. Son album Smash a été élaboré pour partie avec Mr Oizo, Marc Collin, Avril et sa mère, la chanteuse Paula Moore. C’est un chaos de samples, un album foisonnant, parfois ardu, tout en découpages et réassemblages, où se télescopent funk, disco, rock et électro. Rencontre.

Premier album d'un sur-doué de l'électro

Quelques maxis puis un premier album qui sort simultanément chez Universal et le label pointu Warp. Derrière Jackson and his Computer Band se cache un garçon de 25 ans seul avec son ordinateur. Son album Smash a été élaboré pour partie avec Mr Oizo, Marc Collin, Avril et sa mère, la chanteuse Paula Moore. C’est un chaos de samples, un album foisonnant, parfois ardu, tout en découpages et réassemblages, où se télescopent funk, disco, rock et électro. Rencontre.

RFI Musique : Etes-vous un enfant du rock ou des raves ?
Jackson : Quand j’étais adolescent, j’étais batteur au sein d’un groupe. On jouait plutôt rock, blues ou funk. Mais je me suis retrouvé confronté à des potes qui allaient dans des raves hardcore. Je les ai d’abord snobés, dans la logique d’un gars qui apprend un instrument de musique. J’étais ultra réfractaire ! Je leur ai dit que je pouvais faire de la musique électronique en deux heures avec un ordinateur, mes potes ont trouvé ça pourri… De fil en aiguille, je me suis pris au jeu, je suis allé dans quelques raves. Après cette remise en question, j’ai tout lâché.


 
  
 

Quelles étaient vos premières expérimentations électroniques ?
À la radio, j’enregistrais pas mal de cassettes de mixes de Manu le Malin, des Spiral Tribes ou de Liza N’Elias. Je ne comprenais rien à cette musique. Pour moi, elle venait de l’espace.

Alors que j’avais 15 ans, ma grande soeur m’a fait rencontrer un de ses copains qui montait avec d’autres un label de house, Pumpking Records. Ils m’ont fait découvrir le travail en studio et l’histoire de la house et de la techno. Au début, avec mon Atari et mon synthé Korg, je faisais des morceaux hardcore, rapides et naïfs ... Je me suis rendu compte que cette musique énervée ne plaisait pas vraiment aux filles ... Je me suis donc dirigé vers une musique plus house et plus funky, qui correspondait un peu plus à ce que j’écoutais avant. Et c’était la grande époque de toute la scène électronique française, j’étais notamment fan de Trankilou.

Vous avez failli faire carrière comme mannequin, n'est-ce-pas ?
Oui, un type m’a un jour accosté dans la rue et m’a proposé de faire des photos pour une campagne de pub Benetton. J’ai gagné pas mal d’argent. Du coup, j’avais 18 ans, et je me suis dit que j’allais partir vivre à Londres et y créer mon label. Heureusement, je ne l’ai pas lancé, j’ai travaillé sur quelques remixes, composé quelques titres et sorti un maxi autoproduit.

Comment est-on signé sur Warp, le label d’Aphex Twin, Squarepusher et Autechre ?
J’ai reçu un mail d’un journaliste d’un magazine anglais. Il connaissait des gens du label Warp et nous a mis en relation. Je suis passé avec mon disque quasi fini dans leurs bureaux à Londres. Ça leur a plu. Ma maison de disque française, Barclay/Universal, a dès lors travaillé avec Warp, qui sort le disque dans le reste du monde, c’est une configuration idéale. Et l’incohérence de cette alliance me plaît à mort !


 
 

Dans cet album, comment s’est produit le mélange de tous ces genres ?
J’aborde la musique de manière assez intuitive. Il y a pas mal de styles musicaux ou d’influences que j’insère dans mon disque que je ne maîtrise pas vraiment. Bon, Aphex Twin et Prefuse 73, ce sont des artistes que je connais. Mais ce ne sont pas eux qui m’ont orienté vers le découpage, cela vient beaucoup plus de Todd Edwards, l’un des premiers à utiliser des fragments de voix pour reconstituer des phrases musicales. J’ai tout fait avec un seul ordinateur, ce qui modifie le rapport au temps : on peut commencer un morceau et revenir dessus deux mois plus tard. Il n’y a pas vraiment d’acte qui définit le moment de la création.

L’accouchement de Smash a-t-il été difficile ?
Oh oui ! C’était très long car il s’agissait à la fois de la conception d’un disque et de recherches personnelles, ce qui est un luxe inouï. Je n’avais pas de méthode, tout s’est fait de manière assez empirique, je ne savais pas où j’allais. Beaucoup de titres ont été terminés parce qu’il le fallait, il y avait une date butoir et un taxi attendait en bas de chez moi pour aller masteriser.

Et maintenant ?
J’ai envie de faire d’autres disques. Mon contrat avec Warp prévoit deux albums supplémentaires. Je bosse sur des remixes pour Jamie Lidell, mais sous le nom de Marie-Madeleine, car je souhaite dissocier ce travail de mes productions, le remix n’est pas mon truc favori. Je fais surtout pas mal de lives jusqu’à fin 2005. Je crée de la musique dans l’urgence pour les clubs, je travaille dans l’avion ou les chambres d’hôtel… C’est tout nouveau pour moi de voyager avec la musique, c’est une sensation démente !

Jackson and his Computer Band Smash (Warp/Barclay) 2005