Festival No Format

Le label No Format tient résidence, quatre lundis de suite, au théâtre de l’Atelier à Paris. L’occasion de faire une revue quasi-complète des effectifs, et de prendre la dimension de ces productions saluées par une presse des plus laudative sur le sujet. Compte-rendu de la soirée du 21 novembre avec Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel et Nicolas Repac.

Julia Sarr, Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel et Nicolas Repac.

Le label No Format tient résidence, quatre lundis de suite, au théâtre de l’Atelier à Paris. L’occasion de faire une revue quasi-complète des effectifs, et de prendre la dimension de ces productions saluées par une presse des plus laudative sur le sujet. Compte-rendu de la soirée du 21 novembre avec Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel et Nicolas Repac.

 
 

Dès qu’elle prend la scène, Julia Sarr ajoute ce grain de soul nécessaire pour faire monter la sauce. Sa voix s’élance, puis plonge dans les graves, avec aisance et nonchalance. Elle fut pendant des lustres choriste tout-terrain, de Youssou N’Dour à MC Solaar, de Johnny à Papa Wemba. Elle est désormais l’ingrédient qui donne tout son piquant à cette rencontre célébrée sur le disque intitulé Set Luna. "Entre un Normand fan de flamenco et une Sénégalaise de Paris", le lien s’avère naturel, le pont se fait rapidement évident. Aux côtés de la chanteuse, le guitariste Patrice Larose s’est chargé des arrangements, "en toute amitié". Ceux-là s’écoutent, cela s’entend ce soir. On avait déjà pu le vérifier quelques jours plus tôt sur la minuscule scène du Zèbre où le duo complice rôdait son répertoire. Nul doute que les élans graciles de l’une résonnent du plus juste écho dans les cordes sensibles de l’autre. Même lorsque le guitariste Ricardo Garcia vient les rejoindre, ajoutant la virtuosité des forts en thème, la musique ne rompt pas le contrat d’alliance mélodique autour d’un joli trousseau de chansons… Seul bémol à ce joli récital qui fait mieux que traduire sur scène les promesses d’un album, un solo des plus longuet de percussions, sur fond de bandes préenregistrées sans intérêt.

Toujours est-il que ce fut le clou de cette seconde des quatre soirées dédiées au label No Format. Ce soir, on affiche presque encore complet comme la semaine dernière avec le pianiste Gonzales. Dans la salle, beaucoup de musiciens sont venus en voisins, en curieux de ce label, qui se veut hors-norme, qui héberge nombre de projets aux limites des genres. Ni jazz, ni chansons, ni world… C’est à la fois sa force, une large ouverture d’esprit, et sa faiblesse, un certain manque de cohérence. Explication : il s’agit avant tout de licences et non de productions maison, qui pourraient au-delà de la charte graphique d’ensemble proposé une vision d’ensemble de la mise en son. Cette soirée, même si elle fut placée sous le sceau de la guitare éclectique, n’a fait que le confirmer. Avant Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel était lui aussi venu défendre son disque, Encounter. Il se présente en duo. Chopin d’Ornette Coleman, Limbo de Wayne Shorter, la thématique entrecoupée d’originaux de la plume du leader s’inscrit dans les classiques du jazz d’après les années 50. Pour preuve, cette formidable Valse macabre, ballade empruntée au pianiste Bill Carrothers, qui est l’occasion d’apprécier la classe du batteur Christophe Lavergne, à sa main tout autant sur les parties les plus abstraites que sur le plus pur groove néo-orléanais. Connaisseur, le public apprécie, tape des mains pour un rappel. Mais c’est tout seul que Misja Fitzgerald Michel revient. Las.

 
  
 

A l’opposé, la formule du guitariste Nicolas Repac dont le quintet est chargé de conclure se veut plus clairement branchée sur swing des folles années. Les projections en noir et blanc qui tapissent le fond de la scène le montrent très clairement. La formule électro-acoustique, entre flûte inspirée et machines à sons programmés, ne manque pas d’humour, ni de brillance, mais cela peut-il suffire en musique ? Passé les effets de surprise, l’affaire est entendue malgré un travail particulièrement soigné sur les rythmiques : à force de jouer sur les clichés, pour plus ou moins les détourner, Nicolas Repac sombre dans une facilité, plaisante un temps, puis terriblement agaçante. Et quand la voix de Billie Holiday sort d’outre-tombe, l’auditeur quelque peu exigeant ne peut plus adhérer à cette vision du passé, dépassée. Pour finir sur une note positive, parlons plutôt futur. Dès lundi prochain, No Format remet cela avec trois autre sociétaires, le rappeur Rocé, le projet Faya Dub, et surtout la chanteuse Mamani Keita dont on attend non sans impatience le disque (dont s’est chargé le même Nicolas Repac, par ailleurs excellent arrangeur et metteur en sons) après avoir ouï un premier titre. A l’évidence, ce pourrait être l’un des beaux sujets du début 2006.

L'Atelier No Format :
- Rocé, Mamani Keita, Faya Dub, le 28 novembre.
- Gonzales Piano vision, le 5 décembre.
(Théâtre de l'Atelier, 1, place Charles-Dullin, Paris-18e. Métro Anvers. Tél. : 01-46-06-49-24. )