Le Noyau Dur du rap

Cartel rapologique composé de l’artiste solo Pit Baccardi et des groupes Ärsenik (Lino & Calbo) plus Nèg’Marrons (Jacky Brown & Ben-J, dit le "maillon fort"), Noyau Dur a enfin sorti son premier album, cinq ans après leur premier titre en commun sur une compilation.

L’art de la guerre

Cartel rapologique composé de l’artiste solo Pit Baccardi et des groupes Ärsenik (Lino & Calbo) plus Nèg’Marrons (Jacky Brown & Ben-J, dit le "maillon fort"), Noyau Dur a enfin sorti son premier album, cinq ans après leur premier titre en commun sur une compilation.

Les vétérans des années 90, considérant que l’union fait la force, ont donc sorti une collection de 15 titres puissants, entre hardcore et tubes dansants. En rassemblant des artistes ayant vendu un million d’albums à eux cinq, le projet Noyau Dur veut se poser sur la durée et prouver que le rap, loin d’être mort, est encore en plein essor. Rencontre collective avec cinq lascars déterminés.

RFI Musique : Comment a débuté l’aventure Noyau Dur ?
Jacky Brown : Avant même qu’on soit Noyau Dur, c’est une affaire de famille : Pit, Nèg’Marrons et Ärsenik, on vient du collectif Secteur Ä. Notre premier titre collectif date de 2000, Donne-leur la bonne musique, featuring MC Janik, sur la compile Secteur Ä All Stars. Ensuite on a fait Dead sur l’album des Nèg'Marrons Héritage et Besoin d’ennemis sur la compilation Illicite Projet. De là, on s’est dit qu’on allait se réunir une bonne fois pour toutes, s’enfermer tous ensemble en studio et c’est comme ça qu’on a conçu notre coalition.

Pit Baccardi : Au début, on ne pensait pas forcément à faire un album, mais il s’est trouvé qu’à chaque fois qu’on faisait un titre ensemble, c’était explosif. Il a fallu trouver du temps dans nos plannings chargés pour enregistrer un album complet.

Cet album était un challenge ?
Calbo : Moi, ce qui m’intéressait, c’était d’amener une nouvelle énergie dans un rap français qui tourne en rond. On a basé ça sur un truc scénique pour faire bouger les gens.

Lino, tu n’es pas spécialement connu comme un rappeur aux lyrics dansants…
Lino : Mais je suis un être humain ! (rires) Je ris, je pleure, je crie. Quand il faut y aller cool, c’est bon. Quand il faut être nerveux, on répond aussi présent. Il y a tout ce qu’il faut en magasin, on est un groupe tout terrain.

Tu as la réputation d’être souvent en retard, aux rendez-vous comme en studio…
Lino : Je n’écris pas vite, c’est ça le truc. Je prends mon temps. J’ai une écriture assez spéciale. C’est compliqué à expliquer : il y a du perfectionnisme, j’aime me prendre la tête sur mes lyrics. Je les écris au studio mais je ramène aussi des notes. J’ai mes antisèches !

Calbo : Moi, sur un morceau comme On sera jamais pareils, j’ai écrit direct en entendant la musique tellement le son m’a inspiré.

Jacky Brown : C’est comme à l’école où on faisait souvent les devoirs de la veille pour le lendemain ! On est parfois un peu en retard, mais on se rattrape.

Ben-J : Et puis, nous sommes plus efficaces quand on travaille dans l’urgence. Pour l’album, on a choisi de bosser tous ensemble. On a sélectionné les instrus ensemble, écrit ensemble en studio, comme un vrai groupe.

Comment s’est passé le choix des intrumentaux ?
Pit Baccardi : On les a choisis à la majorité. Si Calbo ne ressent pas le son, il nous dit de poser et il s’aligne après. Comme disait Ben-J, c’est un travail de groupe, et dans un groupe on ne peut pas toujours être d’accord.

Il y a une tradition au sein de Noyau Dur, c’est ce que vous appelez "la douane". On peut en savoir plus ?
Pit Baccardi : Eh bien, c’est simple. Quand un de nous va dans la cabine des prises de voix pour poser son texte, tous les autres sont derrière la vitre. Et si l’un d’entre nous estime que le texte est trop léger ou qu’il peut être meilleur, alors il dit à celui qui rappe de sortir parce qu’il a un excédent de bagage ! Il n’a pas passé la douane, alors il doit retourner au taf et écrire des nouvelles paroles. Des fois, il y en a qui croient que leur texte tue, mais la douane les stoppe !

Et vous vous engueulez souvent ?
Pit Baccardi : Ça peut nous arriver. Mais il faut des engueulades pour faire des morceaux extraordinaires.

Pour préparer la sortie de l’album, vous avez été en province faire une petite tournée de présentation d’une quarantaine de dates…
Ben-J : Oui, parce que le respect est dans nos rues, dans les quartiers, chez les gens qui apprécient notre musique. On a été dans des coins perdus, dans des MJCs, à la rencontre de la base. C’est important car trop peu de rappeurs de nos jours font des tournées pour aller à la rencontre de leur public. Faire un disque ne suffit pas.

Jacky Brown : C’est pour ça qu’on a fait le morceau OP, parce que sur la route les gens te checkent et sont là.

Calbo : D’ailleurs ce titre, OP, est le dernier qu’on a fait, on l’a mis en boîte alors que l’album était presque bouclé. C’est un rituel qu’on a pour tous nos projets. Quand on a fait l’album du Bisso, c’est Bisso Na Bisso qu’on a enregistré à la dernière minute, et ça a été notre plus gros tube !

Noyau Dur (Because Music/Wagram) 2006