L’Skadrille, l’art du contre pied

Pour leur dixième anniversaire et après une poignée de maxis, quelques featurings remarqués et autres mixtapes recherchées, L’Skadrille publie Nos Vies. Attendu, ce premier album commercialisé ces derniers jours est porté par un excellent bouche-à-oreille. C’est à Marseille, au cœur d’une tournée en première partie du 113, que 16Ar (César) et 13OR (Trésor), les deux bavards du trio reviennent sur ces Vies qui sont les leurs.

Un premier album attendu

Pour leur dixième anniversaire et après une poignée de maxis, quelques featurings remarqués et autres mixtapes recherchées, L’Skadrille publie Nos Vies. Attendu, ce premier album commercialisé ces derniers jours est porté par un excellent bouche-à-oreille. C’est à Marseille, au cœur d’une tournée en première partie du 113, que 16Ar (César) et 13OR (Trésor), les deux bavards du trio reviennent sur ces Vies qui sont les leurs.

Nos Vies est votre premier album en dix ans. Quelles sont les grandes étapes de votre carrière ?16AR: On s’est rencontré en 96. L’année suivante, on place Le rêve, un de nos titres sur My Definition of Hip-Hop (Flavor Records), la compile de DJ Enuff et l’on sort dans la foulée Mach 01 : L’Impact du Son (C2 la Balle), notre premier maxi. Repérés par Pit Baccardi et Neg’Marrons, ils nous signent sur Première Classe, leur label après avoir été invité à placer un titre sur Première Classe Vol. 1, Les Sessions. Plusieurs sorties en 2001 dont je retiens Rap Français Haute Fidélité et Dangereux 2001 ainsi que Tueurs Nés, un titre en collaboration avec Kommando Toxic pour Première Classe Vol.2 : les Face à Face. 13OR : Comme ça n’avançait pas aussi vite que l’on aurait aimé, on a quitté Première Classe et avons relancé notre bizness avec Extazik, un street-album enregistré avec la participation d’A-P et de Rim-K du 113 et de Soprano des Psy4 de la Rime. En 2005, on lance avec Tandem et Sinik l’Indépendance Tour. Ensemble, on a réussi à remplir des salles conséquentes dans une dizaine de villes en France, preuve que le hip hop n’est pas mort. Aujourd’hui, notre association est devenu une SARL et notre premier album signé en licence par Up Music (Warner). Indé mais organisé.

16AR : C’est un survol rapide où il faudrait pour être précis pouvoir ajouter quelques autres prods, dont de nombreux featurings, ainsi qu’une longue liste de concerts. Il faut en tout cas saluer notre public qui a toujours su répondre présent et nous soutenir.

Une des caractéristiques de votre écriture est le contre-pied, comme si vous cherchiez à prendre à revers les sujets que vous traitez. Bons Moments, votre premier single en est un exemple flagrant. 16AR : C’est un morceau qui parle de la cité. Rien d’original, un thème déjà largement traité. Tout ou presque a été dit. De plus, on ne souhaitait pas tomber un titre larmoyant. Pour nous, la cité est aussi synonyme de bons moments. C’est ce qu’on a voulu transmettre.

Ce titre a été écrit avant ou après les événements de novembre dernier ? 13OR : Avant, mais il tombe très bien aujourd’hui. On ne peut pas se satisfaire des clichés sur la cité, qu’ils soient bons ou mauvais. La cité, c’est bien plus complexe. D’une manière générale, je dirais qu’à l’exception d’un titre ­– Problèmes, qui est une vraie fiction – ces chansons sont autant de facettes de nos personnalités.

Idem pour L’œil dans le Rétro…13OR : Tu ne peux pas glorifier l’illicite sans parler des risques, sans dire que dans le Monopoly de la vie tu as la case départ, mais aussi la case prison. Cela dit tout le monde triche et il faut toujours être sur ses gardes.

Vous avez fait appel à plusieurs réalisateurs (Medeline, le Gang du Lyonnais, Endo, Tyran, Cannibal Smith, Janik, Pone) pour vos instrus …16AR : On a été frappé à différentes portes, écouté beaucoup de prod avant de faire notre choix. Ça a été super pointu. Certains titres ont déjà deux ou trois ans. Il y a beaucoup d’allers-retours entre le studio de ces producteurs et nos maisons afin d’être sûr de nous engager à chaque fois sur le bon chemin.

Comment procédiez-vous ?16AR  : Parfois nous avions le texte avant. Parfois, c’est le son qui nous inspirait le texte. Par exemple, quand on a  écouté le son de Touchante Introduction, le morceau qui ouvre l’album, le texte est venu spontanément. Pour Un Peuple, un But, une Foi, le dernier titre, la musique est signée par 13OR. C’est le premier. Sur le prochain album, il y en aura sûrement plus.

Quand vous démarrez votre carrière, le hip hop français semble avoir déjà connu son apogée. Les maisons de disques ne signent plus à tout va, quand aux programmateurs, ils regardent à deux fois avant d’inscrire un concert de hip hop sur le planning de leurs salles. La situation a-t-elle évoluée depuis ?16AR : C’est vrai que ça n’a pas toujours été facile, mais je crois qu’aujourd’hui il y a beaucoup moins de problème. Le public a évolué. Il vient désormais plus pour écouter, pour partager. Avec L’Indépendance Tour, on a su montrer qu’un concert de hip hop n’était pas plus risqué qu’un concert de rock ou de pop.

Votre album est dans les bacs depuis quelques temps deja. Quels échos, les premiers résultats ? 13OR : Tout se passe bien. Les télés musicales jouent le clip. On est content. Un album pour un rapper, c’est comme une expo dans une galerie pour un peintre. C’est le début de l’aboutissement. Ça a bien démarré. Maintenant, il faut que ça continue.

* Emeutes dans les banlieues françaises à la suite de la mort de deux jeunes gens à Clichy-sous-bois

L'Skadrille Nos Vies (Up Music) 2006