Ministère des Affaires Populaires

Ils sont cinq sur scène, et leur rap est très loin de l’orthodoxie qui imbibe ce mouvement. MAP, c’est un groupe d’amis basé à Lille qui mélange les genres pour éveiller les consciences mais aussi pour faire danser. Avec leur accordéon, leur violon et un goût prononcé pour le métissage musical, les rappers Dias et HK élargissent leur musique au grand public, comme en témoigne leur sympathique premier album Debout la d’dans ! Rencontre avec un groupe éclectique dans son fief, que MAP nomme avec humour "le Grand Nord", "de Roubaix à New York en passant par Alger la Blanche".

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Ils sont cinq sur scène, et leur rap est très loin de l’orthodoxie qui imbibe ce mouvement. MAP, c’est un groupe d’amis basé à Lille qui mélange les genres pour éveiller les consciences mais aussi pour faire danser. Avec leur accordéon, leur violon et un goût prononcé pour le métissage musical, les rappers Dias et HK élargissent leur musique au grand public, comme en témoigne leur sympathique premier album Debout la d’dans ! Rencontre avec un groupe éclectique dans son fief, que MAP nomme avec humour "le Grand Nord", "de Roubaix à New York en passant par Alger la Blanche".

C’est qui, MAP ?Dias : C’est un accordéoniste, un violoniste, un beatmaker qui travaille avec un sampler et deux rappeurs.

HK : C’est une musique populaire, revendicative et festive si on ne veut pas se coller d’étiquette particulière. Après, il y a un soupçon de rap, de chanson française et d’orient. MAP, c’est l’union de tout ça.

Dias : Géographiquement, nos origines sont sur toute la planète. On a grandi avec le hip hop de New York et des rappeurs français d’il y a 15 ans. Et aussi avec la musique de nos parents, ainsi qu’avec les Brel et Brassens qui nous ont vite touchés quand on était jeunes.

Dans un milieu aussi dur que celui du rap français, vous avez du mal à vous faire accepter avec ce genre de références ?HK : On fait de la musique, on ne se pose pas la question. On est dans une démarche musicale, point. Chacun apporte sa touche, son histoire, sa culture. C’est une fusion.

Au fait, votre nom est-il un clin d’œil au Ministère Ämer ?Dias : Notre nom, c’est une petite provocation, vu que nos politiciens ne s’occupent pas de nos affaires mais des leurs, il fallait créer notre propre ministère. Et ça collait à notre musique qui est simple et très artisanale, finalement. Donc pourquoi pas populaire ? C’est arrivé naturellement, avec les premiers textes.

Vous avez un interlude sur l’album où vous fustigez la Star Academy…Dias : Je n’écoute pas trop de variétés et je ne m’intéresse pas à la musique qui passe à la télé. On écoute plutôt des choses précises.

HK : Mais c’est vrai qu’on regrette l’époque du Renaud des années 80 ou de Gainsbourg, on ne voit plus d’artistes comme ça.

Dias : Maintenant c’est creux, c’est lisse, c’est du bizness.

Cela signifie-t-il que vous allez refuser de passer à la télé ?

Dias : On critique ce système creux et lisse, mais si on nous donne une chance de nous y exprimer, pourquoi pas ? Avec vigilance, car on ne veut pas se travestir et se faire manipuler dans des endroits où on n’a pas notre place.

Un des maîtres mots du rap, c’est "représenter". C’est ce que vous faites pour votre région ?HK : On a passé notre vie à voir des gens à la télé dire qu’ils nous représentaient alors qu’ils ne nous ne représentaient pas du tout, ça n’est pas pour faire pareil aujourd’hui. Si des gens se sentent représentés par MAP, par ce qu’on a à dire, tant mieux. Sinon, on ne va pas en faire un fromage.

Dias : La musique de MAP, c’est l’addition de plein de choses, et là-dedans il y a notre chez nous, le Nord de la France.

HK : On est des cht’is parce qu’on a grandi ici. En même temps, nos parents viennent du Sud de la Méditerranée et on a les yeux rivés vers les States.

D’ailleurs, vous avez quelques lyrics en cht’i…Dias : Dans le morceau Lillo, je dis en cht’i que je suis Lillois, c’est comme ça qu’on dit. On utilise un peu le vocabulaire du Nord, mais ça n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est nos revendications identitaires. On apporte une réponse à tous ces politiciens qui parlent d’intégration, et c’est une réponse avec de l’humour.Quel est votre public ?

HK : Notre public, il va du ch’tô dernier au grand-père. C’est Mouloud et Robert ! On ne se fixe pas de limites, on est des rappeurs mais comme on fait de la fusion, le public chanson et oriental s’y retrouve. C’est une vraie fierté.

Vous fonctionnez comment pour écrire les textes ?HK : On fixe les grandes orientations gouvernementales ensemble avec Dias, et chacun dans son ministère fait son texte.

Dias : On essaie d’abord de se mettre d’accord sur un thème, un ton.

HK : Et quand on n’est pas d’accord, on promulgue mais on n’applique pas !

Si vous deviez retenir un morceau de votre album, ce serait lequel ?Dias : Manich Mena, ça raconte l’histoire de nos parents qui ont traversé la Méditerranée et la France dans des conditions compliquées. La chanson raconte notre position par rapport à leur héritage, ça me touche beaucoup.

HK : Et on met ça en perspective avec le solo de Dias, Lillo. Nous on est nés ici, on a grandi ici, on est des cht’is, des Chaberts, des bourrins, des prolos… Et alors ?

Ministère des Affaires Populaires Debout la d’dans ! (Booster Prod/Pias) 2006.