Blue Potential

Les titres énergiques de la star américaine des platines, Jeff Mills, ont été joués par 80 musiciens classiques de l’Orchestre national de Montpellier, le tout sur un dancefloor de rêve, le pont du Gard. Pari fou ? Pari gagné, le 2 juillet 2005. Un CD et un DVD en restituent la magie.

Jeff Mills croise l’Orchestre national de Montpellier

Les titres énergiques de la star américaine des platines, Jeff Mills, ont été joués par 80 musiciens classiques de l’Orchestre national de Montpellier, le tout sur un dancefloor de rêve, le pont du Gard. Pari fou ? Pari gagné, le 2 juillet 2005. Un CD et un DVD en restituent la magie.

Sur le papier, c’était le mariage de la carpe et du lapin. Sur le pont du Gard, qui fêtait en 2005 les vingt ans de son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est devenu un concert miraculeux, où les musiques les plus opposées s’enrichissent mutuellement, comme la construction de pierres antiques et la nature environnante se glorifient l’une l’autre. Tout part d’une idée de Jeff Mills qui, à plus de 40 ans et avec tous les honneurs du clubbing mondial, tend aujourd’hui à se diversifier. Après avoir composé pour le cinéma (il a réécrit les musiques de Metropolis, 2001 : l’Odyssée de l’espace et Les Trois Ages  de Buster Keaton), il cherche à faire résonner sa musique sous d’autres cieux que les néons des boîtes.  

La rencontre avec le jeune compositeur Thomas Roussel, qui marie formation classique et goût invétéré pour l’électro, a été déterminante. Ce dernier, avant d’écrire des arrangements pour Serge Lama, Julien Clerc et l’Orchestre Lamoureux, ou des musiques de films pour Pascal Thomas (Mon petit doigt m’a dit et Le Grand Appartement qui sortira en octobre), a créé en 2002 Apocalypsis, croisement de musiques synthétiques et acoustiques. "La rencontre s’est extrêmement bien passée. Jeff est une star qui a su rester assez simple. On a travaillé ensemble six mois, je composais chez moi d’après ses musiques. Il y avait un énorme travail d’écriture et de récriture, c’était passionnant !"  A tel point que les deux hommes doivent collaborer sur un nouvel album et sur une création qui verra le jour à Chicago en 2007.

Sous la houlette d’Alain Altinoglu, chef d’orchestre de l’Orchestre national de Montpellier, le travail en commun crée une alchimie d’un  nouveau genre, qui évoque un peu les musiques de Pink Floyd reprises par le London Symphonic Orchestra. Les morceaux les plus célèbres du DJ (The March, The Bells) semblent renaître, sans faire d’ombre aux mélopées atmosphériques ou aux ballades plus rêveuses. Le tout jusqu’à une dernière plage hallucinante, Sonic Destroyer, où, "fait rare, explique Thomas Roussel, les 80 musiciens jouent tous ensemble le plus fort possible" !

Le rendu en images sur le DVD est plus saisissant encore avec, au milieu de l’orchestre, Mills aux percussions et, devant la scène, la foule massée qui danse. Ce Blue Potential fait la preuve qu’en abordant de nouveaux répertoires, les orchestres classiques peuvent attirer de nouveaux publics.

Jeff Mills Blue potential  (label UWE) 2006