Le Maximum Kouette

Après deux albums auto-produits, le Maximum Kouette revient avec le décapant Et alors, première galette du groupe distribuée par une major et réalisée par l’anglais Clive Martin (Les Négresses vertes, Les Wampas, Silmarils). Récit d’une rock story. 

Une équipée de choc

Après deux albums auto-produits, le Maximum Kouette revient avec le décapant Et alors, première galette du groupe distribuée par une major et réalisée par l’anglais Clive Martin (Les Négresses vertes, Les Wampas, Silmarils). Récit d’une rock story. 

A l’origine du Maximum Kouette, il y a des filles. Uniquement des filles. L’histoire commence en 1994, lorsque Coxs, apprentie bassiste, colle une petite annonce dans une boulangerie parisienne. Elle veut lancer un groupe de rock féminin pour faire la nique aux garçons, qui semblent alors avoir le monopole du genre. Gen (guitare) la rejoint sans tarder, suivie de Paka (guitare et chœurs) et de Moon (chant), qui s’empare du micro lors d’un bœuf dans un bar : l’accord est parfait, le groupe formé.

Jusqu’en 1998, les quatre nanas tournent partout où elles peuvent. Plus de 300 concerts dans des petites salles, des cafés, des théâtres… Un coup, elles sont à Marseille, un autre à Paris ou en Bretagne, où on les programme sans chichis. "Plein de groupes s’y sont lancés, la région est connue pour ça. On nous ouvrait très facilement la porte, se souvient Moon. Et puis, être un groupe de filles à jouer du rock’n’roll nous a sûrement aidé à convaincre les patrons de bars !".

Les moyens techniques sont sommaires : pas de retour sur scène et des sonos de pacotille. Alors c’est la débrouille. "Je retournais les amplis pour m’entendre ! raconte la chanteuse. A la fin des concerts, on vendait nous-mêmes nos K7, enregistrées lors des répèt’. On réalisait aussi nos propres affiches pour faire la promo." C’est sur un de ces posters faits main - sur lequel deux des filles posent avec des couettes - qu’un fan tague "Le Maximum Kouette". Sans le savoir, il baptise le groupe, jusque-là anonyme.

Leur côté runk

De cette période où "ne jamais s’arrêter" était leur leitmotiv, les quatre copines gardent des souvenirs rock’n’roll. Les nuits à dormir dans le camion sur de vieux matelas, les kilomètres passés à sillonner la France, les heures à gratter la guitare et à inventer des paroles impertinentes en anglais, en français ou en espagnol (Paka le parle couramment pour avoir grandi en Espagne). Leur son d’alors est très punk rock garage. Brut et festif. "On s’éclatait, on ne pensait même pas à faire un disque. La preuve : on a mis six ans à sortir le premier. Et encore, c’est le public qui nous a suggéré l’idée", explique Moon.

Auto-produit en 2000, Lundi je m’y mets se vend à plus de 14000 exemplaires. Claude Chabrol l’a même acheté puisque deux morceaux orchestrent des scènes de son court-métrage Coup de vice ! Une chouette récompense pour les membres du groupe, cinéphiles jusqu’au bout des ongles. "Ce premier album nous a permis d’être plus connu et de tourner sur des festivals comme les Trans de Rennes ou le Printemps de Bourges. On a joué aux côtés des Wampas, de Louise Attaque, de No one is innocent et de Boney M ! Mythique !".  

L’association Life live in the bar (tourneur indépendant qui a notamment permis à la Grande Sophie, à Sanseverino et à Louise Attaque d’émerger) n’est pas étrangère à cette destinée. Elle avait repéré le groupe - devenu mixte entre-temps avec l’arrivée d’un batteur et de deux cuivres - dans un troquet parisien, charmée par son punch et son côté runk, malin mélange de rock et de rythmes reggae. Toujours avec son aide, le deuxième album ne tarde pas (2002), suivi d’un live et de plusieurs compilations. Mais c’est vraiment avec Et Alors, produit par Marc Amphoux, éditeur de Maximum Kouette, que le quatuor mué en septuor se révèle. "Il nous a fait travailler avec Clive Martin, un génie musical qui a réussi à donner une cohérence à nos morceaux", indique Moon. "Il a voulu enregistrer avec un maximum de prises live, ajoute Jean-Marc, clavier et saxophoniste. Du coup, l’album ne sonne pas studio, on entend notre énergie !" Et comme Universal s’occupe de la distribution, le groupe a le temps de tourner plein pot, de composer et de réfléchir au prochain album.

Et alors …

Sur celui-ci, le Maximum Kouette fait honneur à la langue de Molière. Outre quelques refrains en anglais, l’intégralité des paroles riment en français. Un défi pour Moon, auteure de toutes les chansons. "Avec le français, les formules cul-cul ne sont jamais très loin ! Pour éviter ça, je suis restée la plus spontanée possible." Quitte à utiliser des gros mots quand il le faut (Va t’faire) ou à parler cru pour décrire le corps à corps amoureux (Fuck me tender).

On se régale de sa franchise, de ses portraits d’ado ou de macho brossés avec lucidité, de sa voix profonde et écorchée, pleine de provoc’. Tandis que derrière, les musiciens swinguent et assurent un max’. A l’aise sur les riffs de guitare énervés, les tempos ska et reggae ou les balades plus tendres. L’influence des Clash pointe son nez ici ou là, et, dans l’énergie et l’anti-langue de bois, celle de Noir Désir et de la Mano Négra. L’oreille ne s’ennuie pas une seconde. Au contraire : elle entend que le rock français n’est pas mort.

En tournée tout l’été (voir sur le site http://www.maximumkouette.com/), le 8 novembre au Bataclan.Maximum Kouette Et alors (Emma Productions/ AZ/ Universal Music) 2006