L’énergie Zong

Trio atypique de l’île de La Réunion, Zong fait découvrir sur son second album, Paradis Thematik, l’univers qu’il s’est créé et qui emprunte entre autres au dub, au drum & bass et à l’électro ainsi qu’au maloya. Mais attention, un Zong peut en cacher un autre !

Musique volcanique

Trio atypique de l’île de La Réunion, Zong fait découvrir sur son second album, Paradis Thematik, l’univers qu’il s’est créé et qui emprunte entre autres au dub, au drum & bass et à l’électro ainsi qu’au maloya. Mais attention, un Zong peut en cacher un autre !

Il y a des années qui comptent double, au cours desquelles tout semble s’accélérer, se débloquer. Non par pure magie, mais plutôt parce que le talent et l’expérience capitalisés se mettent soudain à porter leurs fruits. Tout est réuni pour que 2006 soit un vrai tournant dans la vie de Zong.

Depuis quelques temps, les concerts se multiplient. Près d’une cinquantaine de dates pour l’année en cours, en France métropolitaine mais aussi en Europe, au Québec... Le Fair (Fonds d’aide à l’initiative rock), véritable tremplin pour les artistes en développement dont ont profité récemment Anaïs et Bertrand Belin, vient de sélectionner le groupe réunionnais pour sa promotion 2007. Idéal pour accompagner la sortie de Paradis Thematik, un album “enregistré live, sans guitare et sans aucun loop volé”, peut-on lire sur la pochette du CD.

Le trio au nom étrange fait une musique qui ne l’est pas moins. “On utilise l’électronique comme un ajout à la musique que l’on fait, mais on ne fait pas à proprement parler de la musique électronique”, prévient Yann Costa. Arrivé à La Réunion pour y passer des vacances en famille, le musicien aux cheveux rouges n’en est jamais reparti. Avec ses claviers et ses machines, il rejoint en 1997 les rangs de Zong, en fin de gestation.

Dès ses premières sorties en public, le groupe ne passe pas inaperçu et fait figure d’ovni dans le paysage musical de ce département français de l’océan Indien. Programmé au Printemps de Bourges dans la catégorie “Découvertes”, il part dans la foulée se produire au Canada. Trop tôt. L’équipe n’est pas encore stable. Lorsqu’elle trouve son équilibre à quatre, elle se lance dans la préparation d’un premier album, entièrement à la maison. “J’ai aimé cette façon de travailler, de prendre un temps infini, mais c’était plus de la bidouille que de la production”, se souvient Costa, qui s’est occupé de l’enregistrement, hormis deux titres réalisés par Smadj, moitié du duo oudiste DuOud.

Mais à la sortie de Chromozong, en 2000, le fondateur du groupe décide de quitter l’aventure. “On s’est retrouvé en trio et on a tout effacé pour repartir à zéro, avec des compositions qui nous appartiennent entièrement”, raconte le musicien “zoreil”. A ses côtés, la chanteuse Drean (Sandrine) passée à l’adolescence par le hard rock puis par un registre plus traditionnel avec le Groupe folklorique de La Réunion, et le batteur Fever (Cyril Faivre), avec lequel Costa avait joué… de la musique militaire, lorsque tous deux effectuaient leur service national sous les drapeaux !

Enfermés dans leur bocal , ils créent sur pièce, selon leurs envies délirantes et leurs influences personnelles, sans notion de frontière. “Quand on joue ensemble depuis longtemps, quelque chose de naturel s’installe entre les membres du groupe. Il y a des moments où l’osmose est telle que ça fonctionne tout seul, sans qu’il y ait besoin de discuter.”

Pour Paradis Thematik, les trois comparses se sont déplacés en Afrique du Sud, à Johannesburg. “On voulait enregistrer comme il y a vingt ans, sur de la bande, en analogique, en live dans une grande cabine. On ne pouvait pas trouver ces prestations-là à La Réunion, et on voulait sortir de notre cadre, partir dans une grande ville”, expliquent-ils. Dans les immenses sous-sols de la télévision nationale sud-africaine qui comptent près de 180 cabines d’enregistrement, les Réunionnais bouclent leur disque en treize jours, avant d’aller mixer le tout à Paris.

Entre drum & bass, dub et électro, avec une voix qui cherche plus à accompagner qu’à prendre le dessus, les onze morceaux résultent aussi d’une recherche sur le son, un domaine que Costa affectionne particulièrement, lui qui a également rempli les fonctions d’ingénieur du son et de mixeur pour les albums de la Réunionnaise Nathalie Natiembé et du Mauricien Menwar.

Mais il y a un autre Zong, qui lâche les chevaux, augmente le tempo, explose tel un volcan sous pression : lorsque le trio joue en public, c’en est presque violent pour les organismes. “C’est vrai qu’on a un live super énervé, à côté d’un disque qui serait plutôt léché, appliqué et moins débridé”, constate Costa tout en revendiquant cette dualité : “Faire des disques et des concerts, ce sont deux métiers différents, donc on ne les aborde pas de la même manière. D’où un décalage important.”

Sans aller aussi loin que Bumcello dont les prestations sont des shows totalement différents d’une soirée à l’autre, Zong fait partie de ces formations qui tiennent à laisser une grande place à l’improvisation sur scène :“Si on veut surprendre les gens, il faut que nous nous surprenions nous-mêmes.” Ce qui n’est pas rien…

Zong Paradis Thematik (More South/Nocturne) 2006