Toumast

Moussa Ag Keyna, fondateur et leader du groupe touareg Toumast, sort (enfin !) son premier album. Enregistré au début de l’année 2006, Ishumar est à son image : optimiste et révolté, le tout agrémenté d’un brin de nostalgie.

Moussa Ag Keyna, le son du désert

Moussa Ag Keyna, fondateur et leader du groupe touareg Toumast, sort (enfin !) son premier album. Enregistré au début de l’année 2006, Ishumar est à son image : optimiste et révolté, le tout agrémenté d’un brin de nostalgie.

Moussa Ag Keyna est né vers 1972 dans un campement touareg, quelque part entre le Mali et le Niger. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, il part rejoindre les camps de la rébellion au sud de la Libye. "L’identité touareg est très présente dans l’éducation, explique-t-il. Toute mère apprend à ses enfants ce qu’est un Touareg et lui inculque la fierté d’être né de ce peuple." Ses six grands frères ont déjà fait le voyage vers la Libye et l’encouragent à les rejoindre. Sans prévenir ses parents, il s’embarque donc pour la grande aventure. Il y reçoit une formation militaire durant deux ans. "On devait recevoir une éducation scolaire, mais elle a vite été mise de côté", reconnaît-il.

Devenir un ishumar

Moussa profite de ces années pour apprendre la guitare à la façon des ishumar. Cette expression est dérivée du français "chômeur" : quand les combattants se rendaient en ville, ils cherchaient le moyen de gagner un peu d’argent pour continuer leur route. De ces années difficiles, ils ont conservé ce surnom. Aujourd’hui, le terme désigne davantage une personne révoltée, prête à donner, à travailler, pour défendre une idéologie. Les chants ishumar sont devenus peu à peu un moyen de transmettre des idées et de passer des messages. Tous parlent de la rébellion et de l’identité touaregs. Fort de ces notions musicales, Moussa fonde avec quelques cousins le groupe Toumast (Identité en tamashek).

Au début des années 1990, les attaques rebelles commencent contre les bases militaires, les gendarmeries… "Nous n’avions pas vraiment peur. Notre combat était tellement ancré en nous que nous nous battions avec notre âme. À la différence des militaires qui cherchent à gagner leur vie."

Durant ces années de guerre, Moussa est gravement blessé à la jambe. Après l’Algérie, la France prend le relais de la médiation et s’engage à accueillir les blessés. Moussa se rend alors de l’autre côté de la Méditerranée. Mais nouveau rebondissement : les Touaregs refusent le projet d’accord signé par les autorités nigériennes. Le gouvernement français a déjà donné des papiers aux blessés et ne peut donc les renvoyer au Niger, mais il refuse d’assurer leurs soins.

Le retour impossible

Heureusement, plusieurs associations le prennent en charge et des médecins acceptent de le soigner gratuitement. Sa première opération est miraculeuse : il retrouve l’usage de sa jambe et peut enfin marcher ! En France, il continue à jouer de la musique, en dilettante. Il participe à des cérémonies, des fêtes associatives… Mais la formation Toumast est laissée de côté.

Moussa est alors persuadé que son séjour en France sera de courte durée. Mais un événement tragique vient bousculer ses certitudes. "En 1995, la paix était signée entre la rébellion et le gouvernement nigérien. Pourtant, plusieurs de mes proches, en retournant à leur campement, furent assassinés. J’ai alors compris qu’un retour au Niger ne serait plus possible."

Au fil des rencontres, il fait connaissance avec un certain Pedro Rodrigues. Celui-ci cherche à monter un projet avec plusieurs artistes venus d’horizons différents. Cette initiative se nomme Digital Bled. Moussa Ag Keyna devient l’un des piliers de ce groupe éphémère, enregistre un CD et prend part à la tournée. Pourtant, pour Moussa, il n’est pas question d’enregistrer un album solo. "Je n’y pensais même pas. Tout ce qui m’intéressait, c’était jouer, écrire et partager ma musique avec des personnes d’origines différentes. Rien de plus !"

Mais après la grande tournée de Digital Bled en 2003, la force de conviction de Pedro se fait plus forte : il parvient à le décider à enregistrer ses compositions et ainsi faire renaître Toumast. "C’est comme ça qu’est né cet album, avec presque uniquement des chansons écrites après 1995, après mon arrivée en France. Elles racontent mon histoire, mes convictions, mais aussi la beauté du désert et ce que je souhaiterais qu’il soit." Un opus en forme de témoignage et d’encouragement à ses frères restés au pays.

Toumast Ishumar (Village Vert) 2006En concert le 17 novembre au Satellit Café à Paris 18 novembre: Le Bourget- Festival des villes de musiques du monde19 décembre: Paris New Morning