Aldebert

Aldebert a connu une progression patiente mais régulière depuis son premier album autoproduit Plateau télé en 2000. Voici maintenant Les Paradis disponibles alors que, de tournée en tournée, il s’affirme comme une personnalité attachante de la nouvelle scène française. Son nouvel album le montre plutôt radieux, généreux, hédoniste, plus près de la célébration des bonheurs de la vie que de l’ironie cruelle que l’on a souvent entendue dans ses précédents disques. Rencontre avec une exception dans la jeune chanson française, à la fois underground et dans l’air du temps, populaire et anti-paillettes.

 

RFI Musique : Cet album est nettement plus souriant que les précédents…
Aldebert : Mon premier album, Plateau télé, était assez revanchard dans l’inspiration parce que c’était vraiment le sortir de l’adolescence. Sur celui-ci, j’avais envie d’écrire sur des choses plus proches, tout en ayant la sensation d’avoir moins de contraintes. Cette année, je me suis senti plus libre d’écrire sur certains sujets. Jusqu’alors, par exemple, j’avais envie d’une chanson sur mon père mais il y avait une espèce de pudeur, je ne savais trop quel angle adopter. Là, j’ai fait Mon père ce héros. Je voulais une chanson d’amour sur ma compagne mais sur un angle un peu décalé, alors j’ai fait Lulue Marlène. Ça tombe bien : je viens de la bande dessinée, de la photo, de disciplines assez visuelles, et j’aime observer les détails chez les gens, les tics de langage, la façon de se déplacer...

J’ai fait aussi des chansons sur le rêve, comme L’Homme songe ou C’est comment là-haut – des choses que je n’aurais pas pensé aborder plus tôt, tant j’étais dans des tranches de vie très précises.

Il y a sur Amoureuse, notamment, un son qui ressemble aux ondes Martenot chères à Jacques Brel…
Il s’agit en fait d’un vieux clavier, le Korg MS 20, qui a un peu la même couleur. J’avais envie de moderniser le son très acoustique que nous avons sur scène depuis le début, mais aussi d’ajouter des sons plus modernes – enfin, plus modernes… Il y a aussi des sons de theremin. (Instrument électronique inventé dans les années 20, tandis que le MS 20 date de 1978 ! NDLR).

Vous impliquez-vous beaucoup dans les arrangements ?
De mon côté, ça ne va pas très loin parce que je n’ai pas le bagage harmonique pour composer des arrangements. C’est Christophe Darlot, le pianiste, qui arrange les chansons, que je lui livre "à la Brassens" – guitare et voix.

Vous avez le même entourage professionnel depuis le début ?
Nous sommes tous de Besançon. Nous avons progressé ensemble et l’équipe s’est agrandie : nous sommes maintenant une dizaine sur la route.

En janvier 2005, alors que vous n’êtes pas particulièrement présent dans les médias, vous avez rempli l’Olympia. Une fierté ?
C’est le public qui a fait cet Olympia, pas une campagne de promotion. C’était l’aboutissement de cinq ans passés à tourner. C’est aussi un pari de notre tourneur, un producteur indépendant. Être en province renforce notre indépendance parce que nous ne sommes pas dans les sphères parisiennes.

 

Ecrivez-vous autre chose que des chansons ?
J’ai un projet de chansons pour enfants. Pendant cinq ans, j’ai été emploi-jeune dans une école et j’ai beaucoup travaillé en musique avec les enfants, écrit des chansons pour eux et avec eux. Actuellement, je fais toujours des ateliers chanson dans les prisons, les écoles ou les collèges, ce qui me permet de garder un lien avec ce que je faisais avant.

Comme pendant mes études j’ai aussi appris la vidéo, je fais de petits making of à épisodes tout au long de la tournée, qui vont être téléchargeables sur mon site internet. L’an dernier, j’avais réalisé un petit film qui est sur mon DVD.

J’écris aussi des petits sketches et j’aimerais écrire un one man show. Pas pour moi mais pour quelqu’un d’autre. Je ne me sens pas prêt, mais le one man show me fascine complètement – sans rien, tenir deux heures sur scène...

Quelle est votre culture en chanson ?
Je connais peu de choses mais je les connais assez bien. Quand j’ouvre un numéro de Chorus, je suis toujours surpris du nombre de chanteurs que je ne connais pas. Au début, j’ai bénéficié de ce qu’écoutaient mes parents quand j’étais petit : des choses assez grand public – Béart, Adamo, un peu Bécaud –, mais aussi les grands classiques – Ferré, Brassens, Gainsbourg, Brel, Barbara. Je me sens très influencé par Renaud, musicalement mais aussi par ce qu’il représente humainement. Après, ma discothèque est assez hétéroclite. On peut très bien trouver un album de Gotainer à côté d’un album de Metallica et puis un Anne Sylvestre, du jazz manouche, de la world. Les gens, d’ailleurs, en sont assez surpris parce qu’on imagine que je n’écoute que de la chanson.

Aldebert Les Paradis disponibles (Warner) 2006
Actuellement en tournée en France