Nosfell, episode II

Nosfell et Pierre Le Bourgeois n’ont pas chaumé. Six mois à peine après la sortie du live qu’ils ont enregistré à Bruxelles, le chanteur et son violoncelliste reviennent avec Kälin bla lemsnit dünfel labyanit. Un deuxième album chanté en français, anglais et klokobetz où l’univers baroque de Nosfell prend véritablement toute sa dimension musicale. Interview à deux voix.

Klokochazia music

Nosfell et Pierre Le Bourgeois n’ont pas chaumé. Six mois à peine après la sortie du live qu’ils ont enregistré à Bruxelles, le chanteur et son violoncelliste reviennent avec Kälin bla lemsnit dünfel labyanit. Un deuxième album chanté en français, anglais et klokobetz où l’univers baroque de Nosfell prend véritablement toute sa dimension musicale. Interview à deux voix.

RFI Musique : Kälin bla lemsnit dünfel labyanit est un véritable album de groupe…
Nosfell : C’est plutôt un album de duo, je dirais, même si c’est vrai que mon univers est plus en avant. (Il hésite) Ça va aussi avec ce que fait Pierre depuis toujours ; il a souvent été accompagnateur.
Pierre Le Bourgeois : Oui et j’y trouve mon compte. Je crois avoir réussi à me retrouver dans son travail. Ce qui nous a permis de construire ce duo et de le souder de plus en plus. Au début, on ne s’est pas du tout dit : "Là, on va faire un album en duo". Avec le temps, c’est juste devenu notre manière de fonctionner. Lui propose, et puis après, ensemble, on discute de la direction à prendre et des arrangements.

Pomaïe klokochazia balek, le premier album, était une présentation du Klokochazia, le monde imaginaire dont vous prétendez venir. Ce deuxième album correspond à quoi ?
N : On entre plus dans l’univers. Par exemple, le fait que Michal Zori (ndlr : qui a réalisé la pochette de l’album) propose une illustration, ça donne une couleur. Il y a un côté épique, baroque. Ce qu’on a d’ailleurs beaucoup développé avec Pierre, musicalement.
P. LB : On voulait de suite amener l’auditeur dans ce qu’on avait à lui raconter. Pour nous, le premier titre, c’est presque un générique. C’est une minute d’ouverture pendant laquelle on dit : "Maintenant, on en est là, on part de ça". On est sur le deuxième album, on ne doit plus se payer le luxe de dire :"Amenons les gens à l’intérieur, faisons leur accepter progressivement les choses". Maintenant, les choses sont dites, elles existent, il n’y a plus qu’à les assumer.

L’album est découpé en trois parties. Que racontent-elles ?
N: La première partie annonce l’arrivée d’un chevalier qui va imposer sa loi dans une région particulière de Klokochazia. Ce chevalier a une allure impressionnante (il mime), son nom est Günel, et il a des chiens, les chiens de Günel. La deuxième partie correspond  au moment où, menacé par Günel, Nosfell va fuir et trouver une porte de sortie. A cet instant, il y a toute une période de doutes, de frayeurs, et de questionnements : est-ce qu’on va y arriver par soi-même ? Est-ce qu’on va faire les bonnes rencontres ? D’où le côté brut des arrangements. 
La troisième partie est plus apaisée, c’est un retour sur soi. Le personnage de Nosfell va se laisser prendre par une sorte de torpeur. Sur le dernier morceau, il va rentrer chez lui.

Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
N : Dans un premier temps on est parti en Bretagne. On s’est enfermé pendant trois semaines dans une maison. On avait chacun notre petite chambre, chacun notre petit atelier.
P. LB : C’était une espèce de "luxe roots", en fait. On n’était pas dans un studio, on n’avait pas des moyens énormes. Ce qu’on avait exigé pour avoir un confort d’écriture, c’était d’avoir chacun notre ingénieur du son. Avec eux, on a formé une espèce de quatuor : chacun était disponible pour écrire et pour faire des essais. La journée, on ne se voyait pas trop. Le soir, par contre, on faisait écouter aux autres ce qu’on avait fait. Ce qui nous a permis, par moment, de vraiment se planter et aussi de prendre du recul par rapport aux morceaux.

Vous êtes également parti au Mexique pour préparer l’album. Pourriez-vous me décrire l’ambiance ?
N : On avait des conditions humaines splendides. Mais, les conditions d’enregistrements étaient disons, assez roots. (Il hésite)
P. LB : C’était une pièce !
N : (Rires) Oui, c’était une pièce. On était dans une belle maison, en chaux, sur les hauteurs de Mexico, dans un endroit qui s’appelle El Desierto de los Leones. Et on était dans une chambre de 12 mètres carrés.
P.L.B : Mais très bien faite ! (Rires)
N : La personne qui nous accueillait était artiste-plasticien, elle avait beaucoup de matériel à disposition.
P.L.B : Alors, elle a sorti les pistolets à colle, elle a mis de la mousse partout et elle nous a fait une véritable pièce d’enregistrement. Elle avait vraiment d'une générosité incroyable.

Bertrand Belin et le saxophoniste Peter Corser apparaissent sur quelques morceaux. Comment se sont déroulées ces collaborations ?
N : Bertrand fait une intervention sur Le long sac de Pierre, il fait la petite mélodie qui est sifflée à la fin. Et malheureusement pour lui, il intervient sur le quatorzième morceau. Celui qu’on n’a pas gardé. Peter, lui, est un très bon ami de Pierre.
P.L.B : C’est un musicien de free jazz. Donc, on n’allait pas lui demander de faire un pupitre de big band. En fait, nous avons dit, en écoutant les morceaux : "Peter devrait avoir quelque chose à dire là-dessus" ou "Sur celui-ci, il devrait sans doute trouver quelque chose". On l’a donc laissé travaillé pendant une journée en OVNI et après, on a choisi les prises avec lui.

Comment va évoluer l’univers de Nosfell sur scène ?
N : (Grand sourire. Il improvise une sorte de jingle interrogatif). Ta-laaaaaaaaaaaa ?!?
P. LB : On veut avant tout que la scène reste un moment unique. Que les gens ne sachent pas ce qu’ils vont prendre dans les yeux, qu’il n’ y ait pas quelque chose d’écrit, de formaté mais des musiciens qui luttent, qui se battent. Qui cherchent en permanence. 

Nosfell Kälin bla lemsnit dünfel labyanit (V2) 2006. 
>En tournée en France et en concert au Centre Georges-Pompidou à Beaubourg / Paris les 8 et 9 décembre prochains