Donny Elwood, le retour

Pour fêter ses dix ans de carrière, Donny Elwood revient sur scène et sera en concert à Douala et à Yaoundé au mois de décembre. L'occasion pour RFI Musique de revenir sur sa carrière, ses succès, ses motivations et ses projets.

Portrait d'un amuseur

Pour fêter ses dix ans de carrière, Donny Elwood revient sur scène et sera en concert à Douala et à Yaoundé au mois de décembre. L'occasion pour RFI Musique de revenir sur sa carrière, ses succès, ses motivations et ses projets.

Un chapeau noir vissé sur le crâne, le verbe moqueur, Donny Elwood se fait rare depuis quelques années dans les salles de spectacle camerounaises. Pour autant, son public n’oublie pas ses textes caustiques et continue de s’en amuser. Un remaniement ministériel est dans l’air ? On fredonne : "Ma vie va changer, le décret vient de tomber, mon frère est nommé à un poste très élevé", refrain d’une de ses chansons. Depuis ses débuts, ce sont les mots que Donny Elwood, 38 ans aujourd'hui, a choisi de privilégier.

Très jeune, il est fasciné par la langue de Georges Brassens. Il n’a que 8 ans lorsqu’il découvre l’artiste français par l’intermédiaire d’un cousin. "Je ne comprenais pas pourquoi il l’écoutait, la voix était plus forte que la musique, ça ne ressemblait à rien de ce que je connaissais. Mais il m’a expliqué ce que le gars racontait, son état d’esprit, j’ai compris qu’on pouvait jouer avec les mots, raconter une histoire en faisant de l’esprit, ça m’a marqué" explique-t-il. Plus tard, ce sont Coluche, les Inconnus, des comiques français, qui l’inspirent.

Avec des copains d’université, il se lance alors dans la comédie et crée un groupe : les Nul’Art. "C’était le début des années 90 et du pluralisme politique, nous voulions voir s’il était possible désormais de dire des choses sans avoir de problèmes", raconte-t-il. Les Nul’Art parodient des émissions de télévision, le comportement des partis politiques. "Nous parlions de choses sérieuses tout en nous moquant", précise Donny Elwood. Les textes de Brassens restent un repère, ceux de son compatriote Francis Bebey, du Congolais Zao et du Gabonais Pierre Akendengue aussi.

Les mots en musique

Finalement, ce qui devait arriver arrive : Donny Elwood plaque un jour quelques accords de guitare sur un de ses textes au cours d’une émission de radio. L’exercice a du succès. Il n’en faut pas beaucoup plus pour qu’il se retrouve tous les soirs en concert à la Terre Battue, la salle de spectacle de Yaoundé alors à la mode. Nouvelle étape : avec le concours de la coopération française, il enregistre son premier album en 1996, Negro et beau. Succès, il est élu disque de l’année 96. Il prouve que même si on ne fait pas de makossa ou de bikutsi, les deux genres musicaux phares au Cameroun, on peut attirer un public nombreux.

Comme du temps des Nul’Art, il se moque, dans ce premier album, des travers de la société camerounaise. Pour souligner la discrimination dont sont victimes les pygmées, il se met dans la peau de l’un d’entre eux : "Quand un civilisé vient voir un pygmée / C’est quand son coffre est déjà menacé / C’est quand sa femme veut déjà divorcer / Car les pygmées sont réputés grands sorciers / Quand un civilisé vient voir un pygmée / C’est quand il veut déjà être nommé / C’est quand un match de foot doit être gagné / C’est là qu’on pense à moi monsieur le pygmée". Il parle d’amour aussi, conte l’histoire d’Akao Manga qui, riche et pas chiche, avait beaucoup d’amis, mais une fois devenu pauvre, s’est retrouvé seul : "Tous ses amis l’ont laissé tomber, Comme une orange pressée". Avec Le cousin militaire, il met en scène la vie quotidienne : "On m’appelle monsieur galère  / On m’appelle tonton misère / Je vis dans un quartier populaire / Et nous sommes de vrais prolétaires / Insuffisance alimentaire / Vestimentaire, monétaire / Nous sommes de vrais prolétaires / Et nous sommes majoritaires / Sur cette terre / De misère".

En 2001, il remet ça, avec un nouvel album, Eklektikos, enregistré à Paris et à la musique plus élaborée. Il chante en français et en ewondo, explique notamment comment son chien Dick a fini dans son assiette. "Quand je prends un stylo, c’est parce que je suis énervé, j’ai envie d’attirer l’attention sur une manière d’être, de faire. Il y a ici par exemple un manque de respect notoire des uns envers les autres. On donne de la valeur à des choses qui ne sont pas forcément les plus importantes. S’il y avait plus de respect, on serait plus poli, plus honnête, on aurait aussi sans doute plus le sens de la chose publique, du bien public", dit-il.

Aujourd’hui, Donny Elwood se passionne pour un festival annuel qu’il a lancé à Yaoundé, en 2005, à destination des jeunes, les Cabarets francophones. Concours d’écriture, de chansons, projections de films, le tout doit donner à ceux qui n’ont pas les moyens de se cultiver par l’école ou les voyages, quelques morceaux de culture et doit ainsi "contribuer à ce que les gens se comprennent mieux". Et comme ses chansons servent finalement aussi à ça, le musicien continue également de créer : un troisième album devrait voir le jour au cours de l’année 2007.