Yanna Badume’s Band

Des Bretons qui jouent de la musique éthiopienne des années 60/70 ? C’est le Yanna Badume’s band bien sûr ! À l'occasion de leur prestation au festival Africolor, le 26 novembre à Montreuil, retour sur l’étonnant parcours d’un groupe qui remet au goût du jour la chaude ambiance du "swinging Addis"…

Un "éthio-groove" ravageur

Des Bretons qui jouent de la musique éthiopienne des années 60/70 ? C’est le Yanna Badume’s band bien sûr ! À l'occasion de leur prestation au festival Africolor, le 26 novembre à Montreuil, retour sur l’étonnant parcours d’un groupe qui remet au goût du jour la chaude ambiance du "swinging Addis"…

La musique voyage parfois d’une drôle de façon… Comment des cassettes de musiques éthiopiennes des années 60 peuvent-elles débarquer en Bretagne sans crier gare en plein milieu des années 80 ? Par un heureux hasard, ces sons vibrants, chaloupés et terriblement soul débarquent chez de jeunes jazzmen bretons et musiciens de Fest Noz. Période de réflexion, de maturation. Après des expériences variées dans des formations plutôt traditionnelles, telles que le Gwenfol Orchestra ou la Kreizh Breikh Académi, une petite dizaine de musiciens décident de donner à la Bretagne un peu de la chaleur d’Addis Abeba version sixties. Le challenge est de taille : faire revivre live la grande période du "swinging Addis".

Décennie d’or

À la fin du règne d’Hailé Sélassié, Addis Abeba a en effet connu des années musicales mémorables. 1969-1979 : la décennie d’or de la musique éthiopienne moderne, où les orchestres de police jouaient dans des clubs une soul-funk explosive, à grands renforts de cuivres, de timbres de voix d’exception et de rythmiques ravageuses. En effet, jusqu’à cette période, les orchestres institutionnels - de la Police, de l'Armée, de la ville d'Addis - constituaient l’essentiel de la scène musicale de la capitale éthiopienne. Mais le vent soul/funk qui souffle sur le monde à cette bouillonnante période n’épargne pas Addis et s’y offre même une brillante escale. Petit à petit, les orchestres militaires intègrent des cuivres, se tournent résolument vers la musique moderne et inventent des titres à succès. Les groupes "civils" de musique se forment, les chanteurs deviennent crooners, portent des chemises cols pelles à tartes et des coupes à la Elvis Presley…

Fascinés par cette incroyable période, les musiciens du Yanna Badume’s Band entament donc leurs recherches. Beaucoup des chanteurs de cette époque ont été réédités dans la collection Ethiopiques par le travail sensationnel de Francis Falcetto. Trouver des titres inédits en France devient l’une des bases de travail du groupe. Ils défrichent alors les sites web de musique éthiopienne et trouvent de petites perles musicales, qu’ils écoutent, écoutent et réécoutent. Le chanteur du groupe, Eric Menneteau, explique : "Nous sommes tous des autodidactes et nous avons juste un apprentissage d’oreille de cette musique. Chacun a retranscrit ses propres parties sur partition. Je chante moi-même en amharique, noté à l’oreille, que j’ai fait corriger par des musiciens éthiopiens… Nous utilisons des orchestrations des années 60/70, et essayons de respecter le plus fidèlement possible les modes pentatoniques utilisés dans le jeu des musiciens, 'l’éthiopianité' de cette musique".

Purement seventies

Le Yanna Badume’s Band est l’un des rares groupes français à s’être lancé dans l’aventure de "l’éthio-groove" chanté. Ainsi, lorsqu’ils ont croisé la route et la scène d’artistes éthiopiens d’exception comme le célèbre Mahmoud Ahmed ou le clarinettiste Aklilu Zewdie, les rencontres se sont révélées concluantes. "Nous avons accès à ce qu’il se faisait il y a trente ans, et peu d’expérience de ce qui s’est fait ensuite… Nous faisons donc une musique éthiopienne purement seventies, préservée en quelque sorte. Aujourd’hui, les musiciens à Addis font une musique moderne évidemment très différente de celle jouée il y a trente ans et les musiciens avec qui nous avons partagé la scène nous ont confirmé que nous jouons ces chansons 'comme il faut les jouer'"…

Pour un groupe jeune de deux ans seulement, le Yanna Badume’s Band réussit à faire son chemin dans le petit milieu de la musique éthiopienne, porté par un groove impeccable et une vraie sensibilité d’interprétation… Le parti pris musical fort du groupe lui permet ainsi d’être remarqué et de sortir de Bretagne pour participer à des festivals, des ateliers… Francis Falcetto, séduit par la rigueur du groupe, encourage le Yanna Badume’s Band à rencontrer des artistes éthiopiens et surtout faire un tour du côté d’Addis Abeba. Pour l’heure, c’est le festival Africolor qui les programme en ouverture des soirées Parasitages, ces soirées audacieuses placées sous le signe du métissage… À découvrir sur scène de toute urgence !

En concert le dimanche 26 novembre à 16h, au Théâtre Berthelot à Montreuil dans le cadre du festival Africolor.