Le western de Florent Marchet

Avec Rio Baril, son deuxième album, Florent Marchet s’émancipe de la tribu des trentenaires humoristico-nostalgiques. Il s’adonne à un exercice à haut risque : l’album concept. L’histoire d’une existence qui dérape, l’occasion d’inventer la vie d’une bourgade fantasmée. Le musicien se lance en toute liberté dans la littérature chantée. Et Rio Baril a bien le charme des petites villes. Un peu revêche d’aspect mais riche de mille et une histoires.

Rendez-vous à Rio Baril

Avec Rio Baril, son deuxième album, Florent Marchet s’émancipe de la tribu des trentenaires humoristico-nostalgiques. Il s’adonne à un exercice à haut risque : l’album concept. L’histoire d’une existence qui dérape, l’occasion d’inventer la vie d’une bourgade fantasmée. Le musicien se lance en toute liberté dans la littérature chantée. Et Rio Baril a bien le charme des petites villes. Un peu revêche d’aspect mais riche de mille et une histoires.

C’est où Rio Baril ?
Un peu partout et nulle part ! Rio Baril, c’est le condensé de la ville type de province que je peux m’imaginer. C’est une fantaisie de mon cerveau. Il y a un lieu-dit dans ma région, le Berry, qui s’appelle Riault Barril et avec mon frère, ça nous faisait penser à toute la mythologie du western. J’ai l’impression d’avoir écrit une sorte de petit western. Pour moi, toutes les petites villes de province sont des théâtres parfaits pour le genre. Il n’y a presque pas d’anonymat. On a envie de s’y attarder et de créer des histoires. Tous les personnages sont davantage à découvert. Ça renforce les non-dits, les secrets.

Rio Baril est un concept album, c’est un mot qui fait peur !
Oui ! Ça voudrait dire qu’il y a une réflexion en amont, une sorte de calcul. Mais moi, je me suis vraiment laissé prendre par l’histoire. J’ai écrit une chanson, Rio Baril, puis c’est venu simplement à moi, petit à petit. Quasiment, tous les textes l’un à la suite de l’autre. Je me rendais compte que l’histoire avançait malgré moi.

Ça s’inscrit dans le travail que je mène avec l’écrivain Arnaud Cathrine. Nous faisons beaucoup de lectures musicales dans l’année. J’ai vraiment découvert un continent avec le festival littéraire de Manosque [les Correspondances de Manosque, ndlr]. Je me suis rendu compte que j’aimais dire des textes, raconter des histoires en prose et pas uniquement en chanson. Tout ça est venu très naturellement. J’ai commencé à écrire des textes où je me disais : "Tiens, il n’y a pas de refrains. Il n’y a même pas de versification." Je me suis senti assez libre en fait. Du coup, je n’ai vraiment pensé qu’à l’histoire, être dedans et me laisser surprendre par mon personnage. Pour moi, Rio Baril est plus un album-roman.

L’histoire est inspirée du massacre de Pruniers* ?
C’est assez gênant. Ça s’est passé à cinq kilomètres de l'endroit où j’ai enregistré l’album. Je n’étais pas là au moment où il y a eu ce drame. Ce qui m’a un peu troublé, c’est que j’ai découvert ça dans le journal, loin de Pruniers, alors que je venais juste d’écrire une chanson qui s’appelle France 3. Celle où mon personnage devient le centre d’un fait divers et pète les plombs. Ce n’est pas du tout inspiré, surtout pas, je n’aurais pas eu cette idée macabre. Je m’inscris vraiment dans la fiction. Je considère qu’un chanteur peut s’exprimer à travers le romanesque et pas toujours dans l’autofiction.

Tu as invité Dominique A et Philippe Katerine sur Rio Barril
Dominique intervient sur On a rien vu venir. Je lui ai fait dire plein de choses réacs. C’était très amusant. Sa voix très lyrique ne s’y prête pas du tout ! Il y a mis une conviction incroyable.

Philippe, c’est une rencontre humaine très importante. J’aime sa manière de raconter des choses très fortes et très crues parfois. Mine de rien, il peut dire des choses très graves en ayant l’air d’amuser la galerie. Ça m’a énormément parlé, cette liberté de ton qu’il trouve. Je l’ai beaucoup vu en performance avant son dernier album. Il se lâchait totalement. Cinq minutes avant de monter sur scène, il ne savait pas ce qu’il allait se passer. C’est fascinant de se laisser porter par l’histoire.

Comme Dominque A, il ne fait pas quelque chose de différent pour être différent. Il s’agit simplement d’accepter d’être en accord avec son intimité. Même si par moment, on dit des choses qui peuvent nous bousculer ou nous gêner. Je trouve toujours ça très intéressant : quand on écrit une chanson, à un moment donné, on pourrait presque se faire rougir…

Tu as enregistré avec l’orchestre philharmonique de Sofia ?
Je suis allé là-bas avec mes partitions sous le bras, comme un bon écolier. Ça a été une expérience très émouvante, très angoissante aussi au départ. A la base, j’ai une formation classique. Je me suis toujours dit que n’étant ni concertiste, ni dans le milieu du classique, je n’étais pas digne de toucher aux partitions. Pas autorisé. Pour cet album, j’avais tellement envie, j’ai franchi le pas. C’était la première fois que je donnais mes compositions à un orchestre. J’adore écrire pour des cordes ou des cuivres. C’est quelque chose qui me passionne vraiment. Je regrette d’ailleurs de ne pas pouvoir le faire plus souvent, même pour d’autres. C’était très émouvant de voir tous ces gens qui se mettent, tout d’un coup, à jouer vos notes.

Que pourrait-on te souhaiter pour cette nouvelle année ?
J’aimerais pouvoir colporter la bonne parole un peu partout en France. J’aimerais bien tourner avec ce concert que je pourrais même appeler spectacle, finalement. On l’a mis en scène avec Arnaud Cathrine, avec des vidéos, des rebondissements. Il y a une trame romanesque. J’ai l’impression de ne pas être sur scène pour faire de la promo mais vraiment pour raconter une histoire aux gens. Ça, ça me plait. ça rend les choses vraiment excitantes.

* Village du Berry, où en 2005, un habitant a tué ses deux voisins avant de retourner l’arme contre sa femme et lui-même. Un coup de folie inexpliqué.

Florent Marchet Rio Baril (Barclay) 2007