Jonasz se promène dans la chanson française

Premier volet d’un triptyque consacré aux musiques qui ont marqué son enfance et sa jeunesse, Chanson française présente dix reprises de grands classiques, des Copains d’abord aux Feuilles mortes.

Disque de reprises

Premier volet d’un triptyque consacré aux musiques qui ont marqué son enfance et sa jeunesse, Chanson française présente dix reprises de grands classiques, des Copains d’abord aux Feuilles mortes.

"La langue française peut tout faire, même swinguer." Depuis Super Nana en 1974, Michel Jonasz démontre la validité de son credo. Et il ajoute : "Si mes chanson swinguent, ce n’est pas par hasard : j’achetais les disques de Georges Brassens et de Ray Charles et que les deux me faisaient quelque chose." A soixante ans tout juste (depuis le 21 janvier), il sort Chanson française, avec dix reprises de grandes chansons françaises : trois Brassens (L’Orage, Les Copains d’abord, Les Amoureux des bancs publics), deux Ferré (Avec le temps, La Mémoire et la Mer), deux Brel (La Chanson des vieux amants, Fernand), un Nougaro (Armstrong), un Prévert-Kosma (Les Feuilles mortes), un Piaf (La Foule). Dans des arrangements jazz épicés tantôt d’effluves sud-américaines, tantôt de très discrètes programmations, Chanson française est un beau terrain de jeu pour Jonasz.

RFI Musique : Depuis quand chantez-vous les chansons des autres ?
Michel Jonasz : Je pourrais dire que ce projet est né il y a très longtemps, quand je commençais à chanter – mais peut-être même avant – vers la fin des années 1960. J’adorais me mettre au piano et faire du Brassens à ma sauce, le faire un petit peu groover, y mettre une petite pulsion rythmique, bossa nova, blues, sud-américaine... L’origine de ce disque est peut-être là. Je me suis dit pendant des années qu’il fallait que je fasse un disque de chansons de Brassens à ma façon mais je ne l’ai jamais fait. J’étais dans une période où dominait l’envie de faire mes disques à moi. Et puis Maxime (Le Forestier, ndlr) a fait son hommage à Brassens (l’album en public de 1979) et d’autres ont suivi…

Vous avez annoncé qu’après Chanson française, vous enregistrerez des disques d’hommage à la musique tsigane et au blues. Pourquoi ?
Ce sont les musiques qui m’ont inspiré. Mon enfance, mon adolescence, c’est Piaf, que mon père m’a emmené voir à l’Olympia, la musique tsigane – dont j’avais vu qu’elle transformait les visages des mes parents et de mes grands-parents quand ils en écoutaient –, la poésie de Brassens, puis le blues, Ray Charles, et puis Brel. Avec lui, j’ai compris la force de l’interprétation sur scène, qu’être sur scène, c’était être en sueur, postillonner, ne pas attendre les applaudissements pour attaquer la chanson suivante. Et puis Ferré pour la force émotionnelle, la déchirure, l’émotion de la voix, quelque chose qui est relié à la musique tsigane...

Vous reprenez le classique des classiques de la chanson française, Les Feuilles mortes. Quelle est votre version de référence ? Celle d’Yves Montand ?
Dans cette idée de rendre hommage aux gens que j’ai aimés et qui m’ont donné envie de chanter, et en même temps de célébrer la chanson française dans son ensemble, je ne pouvais pas ne pas mettre Les Feuilles mortes, chanson mondialement connue. Et puis il y a Prévert et Kosma. C’est la version de Montand que j’ai écoutée mais, au-delà des versions, c’est une chanson tellement symbolique...

Comment avez-vous choisi les chansons que vous avez reprises ?
Je les connaissais toutes, évidemment. J’ai pris les discographies de Brassens, de Brel, de Ferré, et il suffisait de regarder les titres, même si j’en ai réécouté certaines. Il y en a beaucoup de chansons que j’adore mais ça ne suffisait pas, il fallait aussi que je me vois les chanter. Après, il y avait la période. Je n’avais pas envie de chanter le dernier album de Ferré ou les dernières chansons de Brassens. Je m’en tenais à la fin des années 1950 début des années 1960, mon enfance et mon adolescence – La Foule, Les Amoureux des bancs publics, L’Orage… Il y a une seule exception, Avec le temps [sorti en 1970]. Il ne s’agissait pas de moderniser des œuvres anciennes et d’y mettre des boucles rythmiques, sauf si ça sert la cause. Et la cause, c’est de respecter l’émotion des chansons, leurs histoires.

A part Fernand de Jacques Brel, vos reprises sont toutes des succès énormes connus de tous les Français. Ne craigniez-vous pas de ne chanter que des classiques ?
A part Les Feuilles mortes, j’ai choisi toutes les chansons parce que j’avais envie de les chanter. Et, en fait, il n’y a pas beaucoup d’autres chansons que j’ai envie de chanter. Avec une réserve : j’aurais pu mettre beaucoup plus de chansons de Brassens.

Savez-vous déjà quand vous sortirez les prochains volets de votre triptyque d’hommages ?
C’était celui-là le plus facile, puisqu’il s’agit surtout de reprises. Les autres seront des compositions originales, même si sur scène je reprendrai sans doute quelques classiques, comme Hoochie Coochie Man de Muddy Waters que j’avais repris lors de mon dernier spectacle.

Michel Jonasz, Chanson française, 1 CD (MJM/Warner) 2007
Au Casino de Paris du 6 au 10 mars puis en tournée.