Quatrième pression pour Matmatah

Installé dans le paysage rock folk français, Matmatah revient avec La Cerise. Un quatrième album aussi direct que sans complexes. Le point sur un groupe "libéré" qui n'a eu de cesse de confirmer sa volonté de vouloir durer.

Le groupe breton sort La Cerise

Installé dans le paysage rock folk français, Matmatah revient avec La Cerise. Un quatrième album aussi direct que sans complexes. Le point sur un groupe "libéré" qui n'a eu de cesse de confirmer sa volonté de vouloir durer.

Stan est plutôt zen. "On a abordé cet album sans pression, de façon complètement libérée, explique d’emblée le chanteur/guitariste de Matmatah. C’est la première fois qu’on s’est dit à la fin d’un enregistrement : Voilà, un album de plus! " Dans la discographie du groupe breton, La Cerise ne sera donc pas LE quatrième album. Mais "un album de plus". Précisions : "Avec le  premier (ndlr : la Ouache), on avait la pression, on ne savait pas si ça allait plaire. Avec le deuxième (Rebelote), c’était la même chose, parce qu’on avait pris un virage très rock. Pour le troisième (Archie Kramer), on avait changé de batteur et puis, il fallait confirmer, passer le cap."

Il y a deux ans et demi de cela, Matmatah a confirmé. La Cerise est donc le premier album d’un groupe qui n’a aujourd’hui plus grand-chose à prouver. "Pour les deux disques précédents, nous avons pris à chaque fois un virage, et même fait des choix assez radicaux, constate Stan. Cette fois-ci, c’est vrai qu’on est plus dans la continuité du précédent. Mais en plus rock, peut-être () Enfin, pour l’instant, on a encore du mal  à en parler, on n’a pas encore assez de recul." 

Plus direct qu’Archie Kramer (à prononcer Kra-meur et non Kra-mé), moins travaillé aussi, La Cerise a été enregistré en six mois, entre Brest et Carpentras. Là-bas, la majorité des prises s’est faite en live, "sur une console EMI de la fin des années 60, comme il n’en existe plus que trois en état de marche dans le monde". D’où un son assez chaud, qui renvoie aussi bien aux amplis à lampes, qu’aux icônes de la décennie seventies (David Bowie, les Stooges…). Et un côté clairement "rentre dedans".

Témoins, les titres "prévus pour la scène" :  le très "I love rock’n’roll" Festin de Bianca...- ou encore un Now we have a pen, en anglais dans le texte. "On n’a pas  un trop mauvais niveau d’anglais, donc pourquoi s’en priver ? Les langues, c’est un instrument comme un autre. L’espagnol par exemple, c’est marrant, parce que c’est léger."  

Ado, "mais pas immatures"

Ce côté ado, gentiment nonchalant, c’est un peu la marque de fabrique de Matmatah. "Nous n’aimons pas les gens qui ont le sexe mauvais", résume Stan. Qui nuance: "Nous sommes peut-être adolescents, mais pas immatures (…) La musique peut évoquer l’insouciance, mais elle vient souvent contrebalancer des textes sombres. On aime aussi quand il y a une tâche de gris dans le tableau, quand tout n’est pas parfait."

Si les deux titres d’ouverture confirment cette tendance à mettre une emballage "fun" sur des mots qui le sont beaucoup moins ("Je passe ma vie à m’enfoncer/ De plus en plus con, de plus en plus saoul/ (…) Je passe ma vie m’écouter parler/Infatigable et obstiné/ Je passe ma vie à te l’empoisonner"  Crépuscule Dandy), La Cerise reste malgré tout plus doux que vraiment amer. Comme sur Basta les aléas !, trois minutes et des poussières qui vous incitent fortement à prendre la vie comme elle vient. "Ce titre est marrant. On a fait jouer un violoniste de musique cajun et mis un bandonéon. Ça fait un mélange surprenant et, à l’arrivée,  un peu rural… " Presque métissé.

Catalogué rock celtique à ses débuts, puis rock tout court après Rebelote, Matmatah affectionne les mélanges. Il le prouve encore avec ce quatrième disque. En 39 minutes et quelques, les quatre Brestois peuvent passer d’un rock à l’anglaise à quelque chose de plus latino (le délire téléphonique La Serpeta del Barrio) ou d’une pop song au format Beatles à une longue ballade bruitiste, dans laquelle se télescopent larsens de guitares, trompette jazzy et chant parlé (La Fleur de l’âge). Stan : "Même s’il y a une cohérence, je pense que cet album est assez éclectique. Maintenant, on sait bidouiller nos chansons ; en studio, on fait aussi des trucs qu’on ne pourra pas jouer sur scène." Quoi qu’il en soit, celle-ci reste un jardin pour les quatre Bretons. Actuellement retranchés dans leur studio du centre-ville de Brest, "un grand magasin de jouets, avec tout ce qu’il faut pour travailler et trop de distractions pour pouvoir écrire", ils planchent sur les prochains concerts. Leur "tournée des cousins".

Matmatah La Cerise  (La Ouache productions/Barclay) 2007
En tournée à partir du mois d'avril
En concert à Paris les 2 & 3 mai (la Cigale)