Inclassable Thomas Hellman

Déjà bien connu au Québec, Thomas Hellman fait ses premiers pas en France. Il sort ces jours-ci un coffret de deux albums chez Harmonia Mundi, qu’il présentera à Paris au Zèbre de Belleville les 9 et 10 mai prochains. Banjo, guitare folk ou piano au bout des doigts. Portrait d’un auteur/chanteur/compositeur inclassable, dont la voix rauque et la plume délicate valent le détour.

N’essayez surtout pas de ranger cet artiste-là dans une case : il a horreur de ça. "Mon père est américain du Texas, ma mère française de Provence et j’ai grandi au Québec, explique Thomas Hellman, boucles brunes et fossettes en coin. J’ai été bercé autant par le folk américain que la chanson française et québécoise." Bob Dylan, Bonnie Prince Billy, Leonard Cohen, Jacques Brel, Georges Brassens, Richard Desjardins, Félix Leclerc… A 31 ans, Thomas Hellman a fait son miel de toutes ces références musicales. Refusant toujours les limites imposées par le marché : "Je chante en anglais, en français et en franglais ! Je fais un peu figure d’ovni à une époque où l’industrie du disque cherche toujours à catégoriser pour mieux vendre." Son style alors ? Le tissage des genres. Le chanteur compositeur n’hésite en effet pas à tresser ses albums de fils folk, roots, chanson, country ou rock. Ajustant les couleurs sans jamais détonner.

Le coffret que le label Harmonia Mundi lui consacre est d’ailleurs à son image : bilingue et multi-styles. A l’intérieur, deux galettes sont superposées : l’une totalement anglophone et très "balade folk" (Departure Songs), l’autre presque entièrement en français et musicalement plus variée (L’appartement). En fait, la première est une compilation de deux albums auto-produits par Thomas Hellman à ses débuts. Quand il jonglait entre ses études à l’université Mac Gill et les petits concerts dans les bars de Montréal. "Une super époque. Tout le monde devrait passer par là. Ça donne les reins solides de jouer dans des salles où personne n’écoute, pour un public qui s’en fout, qui t’envoie chier ou au contraire qui embarque avec toi. J’ai appris ainsi à respecter mon public." Récitals dans la rue, le chapeau tendu. Shows au festival des arts de Pékin devant 5 000 personnes ou en classe, à quinze ans, devant un parterre de petits camarades… Le song-writer québécois en a connu des publics ! Avant de se produire en solo, il a même été chanteur et guitariste dans une formation blues puis dans un groupe de musiques traditionnelles (bretonne, irlandaise, québécoise et écossaise… Rien que ça !) .

 

Thomas Hellman a décidé très tôt de placer sa vie sous l’étoile de la musique. Le déclic a eu lieu à 17 ans, derrière les carreaux d’un bus de nuit le ramenant de New York à Montréal. "Je jouais et j’écrivais depuis quelques années. Je savais que je n’étais pas prêt mais j’ai senti que c’était ce chemin qu’il fallait que je prenne pour être heureux. J’ai composé Greyhound Song ce soir-là."  Pour se gargariser de mots, de poésie et se lancer en douceur, Thomas s’inscrit en parallèle en Master de littérature. Fricotant avec mille et un livres et auteurs, il s’amourache de Samuel Beckett. "J’aime son écriture musicale, sa hargne et son approche sans concession. Il écrivait aussi bien en français qu’en anglais : c’est lui qui m’a fait comprendre que je n’avais pas à choisir entre mes deux cultures". Depuis, Thomas se sent plus libre. Plus inspiré. Il utilise ses deux langues comme deux instruments de musique distincts. Ecrivant beaucoup dans les avions, les bus, les villes qu’il traverse lors de ses nombreuses tournées. Ou  bien en déambulant dans le parc du Mont-Royal, à Montréal, un mini-calepin à la main. Ses histoires d’amour l’inspirent, la schizophrénie de Montréal le stimule, les saisons lui soufflent des paroles… Sur L’appartement (son premier album francophone), pas moins de trois chansons chantent l’hiver (La Journée finie, Maudits soirs de février, A Funny Shade of Blue)!

 

Mais ce disque – paru au Québec en 2005 et réalisé par Jean Massicotte (Lhasa, Arthur H, Jean Leloup, Pierre Lapointe) – est avant-tout une ode à l’existence. A ses tourments et à ses joies simples. Pour nous les conter, Thomas Hellman a mis en scène plusieurs personnages, un peu comme dans une pièce de théâtre. Au coin d’une rue, on croise un amoureux éconduit (Reviens-moi). Sur un balcon, un jeune homme épris de sa voisine, occupé à l’épier (L’admirateur secret). Sur une vieille bicyclette, un aventurier (Jusqu’à la fin du monde) et dans une taverne, un mal luné (Foutez-moi la paix)… La Mathilde de Brel fait aussi son apparition, à travers une ardente reprise entonnée moitié en anglais, moitié en français ! Thomas Hellman a de l’audace, mais aussi un goût prononcé pour l’imperfection. Qu’elle soit textuelle ou sonore, elle est revendiquée : "J’essaye de plus en plus d’écrire de façon spontanée, pour que ça sonne vrai, quitte à ce que tout ne soit pas structuré de façon mathématique", dit-il. Idem pour le son : le chanteur et ses musiciens se placent en cercle quand ils jouent en studio. "A l’américaine". Enregistrant du premier coup guitares, contrebasse, lapsteel, voix, violoncelle et autres instruments. "S’il y a des petites erreurs, de légers dérapages, tant mieux. Comme disait Leonard Cohen : "Il y a une faille dans tout. C’est par là que la lumière entre". "

 

Thomas Hellman coffret deux CD : L’Appartement et Departure Songs (Justin Time/Harmonia Mundi) 2007
En concert le 9 et le 10 mai au Zèbre de Belleville, à Paris