MC Solaar au Chapitre 7

Lundi 18 juin est sorti Chapitre 7, nouvel album de MC Solaar après trois ans et demi sans disque ni tournée. Avec toujours Eric K-Roz et Alain J, qui étaient déjà ses complice sur 5e As et Mach 6, il reste fidèle à son rap poétique et calme, à son double enracinement dans la chanson française et les musiques urbaines, mais avec plus de titres graves, voire sombres, que dans ses derniers albums. Rencontre.

Après trois ans et demi de silence

Lundi 18 juin est sorti Chapitre 7, nouvel album de MC Solaar après trois ans et demi sans disque ni tournée. Avec toujours Eric K-Roz et Alain J, qui étaient déjà ses complice sur 5e As et Mach 6, il reste fidèle à son rap poétique et calme, à son double enracinement dans la chanson française et les musiques urbaines, mais avec plus de titres graves, voire sombres, que dans ses derniers albums. Rencontre.

 

 

 

 

 

RFI Musique : Plus de trois ans sans album ni tournée. Mais qu’avez-vous fait ?
MC Solaar : Une vie normale. J’ai vécu quinze années sur le même cycle de disques, de promo, de tournées. J’avais prévu depuis longtemps – dès 5e As – de prendre une année sabbatique. Après Mach 6, j’ai décidé de ne pas partir en tournée et de ne pas mettre les pieds dans un studio. Je voulais faire plein de choses, regarder pousser le petit. Mais je n’ai pas vu le temps passer, j’ai continué à faire de la vie quotidienne alors que j’aurais dû recommencer à travailler. L’année s’est multipliée par deux.

Votre disque s’appelle Chapitre 7. N’a-t-il pas été question qu’il s’appelle, comme un des morceaux, Da Vinci Claude ?
Oui. C’est un bon titre de chanson, pas un bon titre pour un album. Ça pouvait faire penser que j’avais voulu suivre Da Vinci Code, que j’ai lu l’été où tout le monde l’a lu.

A propos de référence, c’est incroyable que vous évoquiez la Metro Goldwyn Mayer peu de temps après que Brigitte Fontaine l’a fait dans La Metro.
Influence. Je cherchais des rimes pour Coup d’œil dans le métro et j’ai dû la voir chanter à la télé. Et la Metro tombe bien parce que c’est suranné, parce qu’il y a l’orgue de Barbarie.

Dans le titre Carpe diem, vous évoquez des dizaines de souvenirs d’enfance – des produits alimentaires, des jeux, des noms de personnalités. Après Obsolète, A la claire fontaine et Les Temps changent, sur le même genre de thème, est-ce une obsession à la Georges Pérec ?
Je me rends compte que, parfois, je suis comme lui, avec des listes. J’ai dans le cerveau cette envie de lister des éléments de la même valeur, des choses qui m’ont toujours mis dans le même mood. Je pense au Simon et tout de suite vient le Rubik’s Cube. Je me demande si ce n’est pas pour moi comme de la psychanalyse. Mais j’ai voulu aussi que les gens se posent des questions, se demandent qui était Pierre Juquin, par exemple. Ceux qui ont moins de trente ans et ne l’ont pas connu parce qu’ils étaient dans les dessins animés, ça va leur ouvrir une voie vers l’histoire.

Là où j’ai changé mon truc, c’est que le troisième couplet montre un futur noir potentiel. Tout ce passé était génial mais il y a un potentiel comme dans 1984, les films de Schwarzenegger ou les théories du complot.

De toute manière, cet album est souvent plus grave que les précédents...
Mon fil rouge, c’était un regard sur des trucs importants : les enfants soldats, le manque d’eau, les flingues… Peut-être qu’après les gens vont se renseigner, vont aller vers les associations.

Après votre congé sabbatique, avez-vous écrit vite cet album ?
Ecrire peut aller vite mais, cette fois-ci, ce n’est pas du tout allé vite. C’est beaucoup plus dur qu’avant de trouver des chemins de traverse, des choses que je n’ai jamais faites. Rien que démarrer un texte par "Ça commence" ou "Tout a commencé", j’ai dû le faire trois fois déjà ! Alors quand le stylo vous amène vers des choses déjà faites, c’est plus dur de trouver des histoires.

Pour la musique aussi, on a un peu tâtonné : il y a beaucoup d’électro ou de Dirty South dans le rap actuel et ça nous a influencés ; puis on est reparti en arrière parce qu’on avait l’impression de suivre.

 

Pour l’écriture, ne pouvez-vous pas faire confiance à votre technique, à votre savoir-faire ?
Oui, mais seulement pour des textes d’un style passé, pour faire des choses assez classiquement, comme je le faisais auparavant. Mais je voulais aussi trouver d’autres méthodes d’écriture, ne pas faire ce que je sais faire.

Votre premier single est sorti il y a dix-huit ans. IAM fête bientôt ses vingt ans. Avez-vous l’impression d’appartenir au patrimoine du rap français ?
J’ai rencontré récemment Malek d’IAM qui m’a dit qu’ils ont joué dans une salle à Paris et que les gens chantaient, comme un karaoké rap – et pourtant ça va vite, il faut une technique, respecter les cadences… Oui, il y a un patrimoine : Demain c’est loin d’IAM, La Formule secrète d’Assassin…

Vous-même, vous êtes une référence…
Il y a des gens, il y a des groupes de rap qui me regardent comme ils regardent IAM, avec sympathie, avec un peu de fascination. Mais il y a un truc assez curieux dans le rap : c’est une musique qui attire toujours des jeunes et parfois, quand on se parle, ils oublient que l’on n’a pas le même âge, que l’on a dix ou quinze ans d’écart, et ils se mettent à me parler de choses que je suis censé connaitre…

 

 

MC Solaar Chapitre 7  (Warner) 2007