Band of Gnaoua

A l’occasion de la 10e édition du festival Gnaoua d’Essaouira, Loy Ehrlich, l’un des co-directeurs artistiques du festival a monté Band of Gnaoua, une création qui fait revivre les standards du rock’n’roll des années 1970, en les mélangeant aux rythmes gnaouas. Retour sur l’histoire d’un projet ambitieux et directement connecté à une période psychédélique. En concert le 27 juin à Paris au Cabaret Sauvage.

Un vent rock’n’roll sur Essaouira

A l’occasion de la 10e édition du festival Gnaoua d’Essaouira, Loy Ehrlich, l’un des co-directeurs artistiques du festival a monté Band of Gnaoua, une création qui fait revivre les standards du rock’n’roll des années 1970, en les mélangeant aux rythmes gnaouas. Retour sur l’histoire d’un projet ambitieux et directement connecté à une période psychédélique. En concert le 27 juin à Paris au Cabaret Sauvage.

Au cœur de la médina d’Essaouira, les petits vendeurs de disques montent le son. Pour attirer les Marocains, les touristes espagnols, français, italiens, anglais ou américains, c’est le concours de la plus grosse sono. Ambiance gnaoua oblige. Pour sa dixième édition, le Festival Gnaoua d’Essaouira, rebaptisé le "Woodstock marocain" a accueilli un très large public – 450.000 personnes en quatre jours ( !)- et notamment une communauté néo-hippie, se retrouvant ici en hommage aux années 1970.

Essaouira, port de pêche important, a toujours été ouvert sur le monde. La culture gnaoua elle-même rend compte de cette tradition de métissage : les Gnaoua sont descendants des esclaves noirs du Sud du Sahara, qui ont intégré leur culture à celle des Berbères et des Arabo-Musulmans dans un syncrétisme culturel passionnant. Dans les années 1970, les hippies venaient y prendre du bon temps, en profitant de la fraîcheur du climat saouiri…Le guitariste Jimi Hendrix himself aurait fait un passage éclair à Essaouira en 1969 devenant dans la ville une véritable légende…

Infiniment rock

En 1971, le jeune Loy Ehrlich découvre Essaouira, havre de paix infiniment rock’n’roll, où les sonos jouent (et à fond !), Hendrix, Led Zeppelin, les Beatles ou les Rolling Stones. Véritable porte d’entrée vers l’Afrique et la musique, la découverte d’Essaouira sera décisive pour le musicien. Il sera l’un des précurseurs dans la fusion avec la musique africaine, jouera en effet avec West African Cosmos, aidera les Touré Kunda à se faire connaître sur la scène internationale, fera une escale remarquée à la Réunion pendant de nombreuses années, et fait actuellement partie du Hadouk Trio.

Aujourd’hui, pour la dixième édition du festival, les trois co-directeurs artistiques du festival d’Essaouira, Loy Ehrlich, l’Algérien Karim Ziad et le mââlem marocain Abdleslam Alikane montent chacun une création. Celle de Loy Ehrlich, en forme d’hommage à cette période, sonne comme un vieux rêve. Entouré de complices musiciens, habitués aussi du festival d’Essaouira, il décide de faire revivre des standards du rock’n’roll psychédélique en les mêlant à la musique gnaoua.

Après une résidence d’une semaine à Essaouira, les musiciens se retrouvent pour une première répétition au grand complet dans un petit riad du conservatoire du musique d’Essaouira. Des tapis et tentures berbères habillent murs et plafonds. Tour d’horizon : à la batterie, l’inénarrable Cyril Atef, à la guitare, le grand Louis Bertignac, au piano et à la basse Loy Ehrlich, à la voix Akram Sedkaoui, Saïd Boulhimas au guembri, l’instrument à trois cordes utilisé dans la musique gnaoua, et un groupe de jeunes gnaoua aux crotales. Casting de choc. C’est le Band of Gnaoua. Ça sonne dur et fort.

Légende

Il faut voir Loy Ehrlich passer du clavier au gumbass, une basse gnaoua qu’il a créé, Louis Bertignac se lancer dans des solos effrénés et les joueurs de crotales aller chercher les pulsations vitales de Cyril Atef, juste devant la batterie, pour décupler la force de leur jeu. Il faut entendre, ce Who Knows de Jimi Hendrix revivre, là, tout de suite. Et puis, faire le lien, bien sûr avec le Band of Gypsies que fonda le génial gaucher en 1969. Fatigué de ses délires avec The Experience, Jimi prenait alors un tournant et décidait de jouer pour un public noir, funk et psychédélique. Band of Gypsies jouait à Woodstock en 1969, mais avec Mitch Mitchell, batteur de l’Expérience, remplacé par Buddy Miles pour quatre concerts d’anthologie, le 31 décembre 1969, et le 1er janvier 1970. Avec deux concerts par jour, ce Band of Gypsies totalement black, enregistrait un album, explosait fin janvier 1970 et entrait dans la légende.

Band of Gnaoua, donne son premier concert le 21 juin dernier à Essaouira. Sur la scène de la place Moulay Hassan, une marée humaine impressionnante a dansé sur les rythmes gnaoua de Hassan Boussou, un jeune mââlem talentueux. Elle attend désormais ce fameux Band of Gnaoua, sous le vent incessant d’Essaouira. Sur scène, tous les musiciens arrivent et commencent par un fédérateur Come Together des Beatles. Frisson de fraternité dans le public. Ensuite, Led Zeppelin, puis Jimi Hendrix, grandiose. Cyril Atef, Louis Bertignac, Akram Sedkaoui et Loy Ehrlich quittent la scène et laissent toute la place aux Gnaoua. Ils reviennent pour un set, parsemé de quelques couacs rythmiques…mais qu’importe, l’effet escompté, refaire vivre à Essaouira ces standards du rock, influencés par les sonorités africaines ou marocaines, et les métisser aux rythmes de transe de la musique gnaoua, est réussi. Pour l’instant, seule une date de concert est prévue : le 27 juin au Cabaret Sauvage. Ensuite ? Personne ne sait pour l’instant ce qu’il adviendra du Band of Gnaoua…Une bonne raison de plus de se rendre au concert parisien.

Band of Gnaoua en concert le 27 juin au Cabaret Sauvage