Jimmy Oihid soigne son retour

Salam Alikoum Algérie, le dernier véritable album de Jimmy Oihid est paru au siècle dernier. Autant dire que les nouvelles de ce précurseur de la chanson arabe en France se faisaient rare. Tenace, le chanteur ne fait pas mentir l’adage populaire selon lequel "pas de nouvelle, bonne nouvelle". Son Oriental Roots désormais en bac est une belle réussite qui relie l’Algérie à la Jamaïque.  A découvrir.

Oriental reggae

Salam Alikoum Algérie, le dernier véritable album de Jimmy Oihid est paru au siècle dernier. Autant dire que les nouvelles de ce précurseur de la chanson arabe en France se faisaient rare. Tenace, le chanteur ne fait pas mentir l’adage populaire selon lequel "pas de nouvelle, bonne nouvelle". Son Oriental Roots désormais en bac est une belle réussite qui relie l’Algérie à la Jamaïque.  A découvrir.

Jimmy Oihid a un sacré caractère, un caractère de granite, dur et rugueux, grenu. Ce chanteur basé à Lyon n’a que faire des modes lissées par le plus grand nombre. Quand la France basculait raï des villes, lui préférait prendre la clé des chants pour psalmodier de sa voix rauque son univers algéro-gone à la sauce funky, façon James Brown du bled. Quand la musique se répétait plus qu’elle ne s’inventait sur des machines surpuissantes, lui continuait sur son vieil Atari monochrome à fouiller les pistes d’une musique algérienne aux trois couleurs du reggae.

Jimmy Oihid n’a que faire des diktats du marketing. Il a fallu l’entendre pendant des années ressasser qu’il n’était pas cheb bien qu’aussi jeune que la plupart des trentenaires qui avaient la main à ce moment. Il a fallu l’entendre clamer (parfois dans le désert) que le raï - il parla même de "raïtatouille" - s’égarait faute de travail, faute de sérieux. Il a fallu accepter cette différence, cette dissidence sans la classer d’entrée de jeu parmi les revendications des poilus de Dieu. On a parfois douté, parfois craint qu’il n’ait rejoint le côté obscur de la force, mais lui se contentait de l’ombre pour laisser filer le temps, pour mieux revenir hors de toute polémique.

Enregistrement avec les Wailers

Oriental Roots, son dernier opus totalement auto-produit s’inscrit dans le droit fil de ce portrait tiré au cordeau. L’homme n’a pas changé, l’homme n’a rien lâché. "J’ai beaucoup discuté avec des responsables de maison de disques avant de sortir Oriental Roots. Rien n’a abouti, c’est pourquoi, j’ai préféré ne signer avec personne et confier juste la distribution à Musicast" lâche-t-il avec un poil d’aigreur dans la voix. "Ça fait 25 ans que je perds mon temps avec eux.

Quand j’ai cartonné au Japon, personne n’a suivi ici et surtout personne n’a travaillé l’export." Remonté, Jimmy Oihid pourrait facilement maugréer ainsi toute l’interview, mais à l’écoute du mot "Wailers", il repose le son de sa voix avec plus d’efficacité qu’une camisole sur un dément. L’évocation de ce légendaire gang de Jamaïcains avec qui il a enregistré suffit même à rallumer sa passion pour la musique : "Yannick Noah en rêve et moi, je l’ai fait. Enregistrer avec les Wailers, c’est comme entrer en studio avec un mythe" lâche-t-il encore abasourdi par la perf’. Car son truc à Jimmy relève de la perf’. "Jimmy ne fait pas du recopiage" dit-il comme si il parlait d’un autre. Comme si toujours sur la défensive, il avait besoin de s’extérioriser, de se dédoubler pour mieux se défendre, une sorte d’Alain Delon de la chanson arabe. "Je ne suis pas là pour faire du Bob à la sauce orientale, mais du Jimmy Oihid à la sauce reggae !".

Se jouant en intro d’album des classifications musicales qui composent le nom de ce cinquième opus – "Jimmy, ça c’est oriental ?… Non, non, c’est roots… C’est du chaabi, mais c’est roots!" - Jimmy donne le cap. Balisé aujourd’hui, ce sillon qu’il a très tôt participé à creuser, relie deux mondes musicaux qui, bien que géographiquement éloignés, ont été caressé par le même soc. Que ce soit par leurs habitudes de productions que par leurs moyens de diffusion ou leurs économies respectives, ces deux genres musicaux étaient faits pour se rencontrer et ce n’est ni Cheb Tati et Dennis Bovell qui dès la fin des années 80 ont poussé avant lui la même charrue, ni les Marseillais de Gang Jah Mind ou les multiples intervenants de Big Men (le projet de Martin Meissonnier paru au début du troisième millénaire), qui viendront contester cette proximité. "De toutes façons, précise le chanteur, les deux genres sont frères. La pompe est là même. D’ailleurs tu prends un titre de reggae, tu l’accélères et tu as du raï !" avance-t-il avec un beau sourire dans la voix.

Cool Crooner

Très réussi, ce rapprochement mixé par Alain Durand est magnifié par la voix de ce cool crooner au grain marqué par la vie. "Je n’ai jamais entendu auparavant un chanteur arabe s’essayer au reggae avec une telle voix et une elle aisance" lui avoua Aston Familyman Barrett, le Wailers, bassiste de Bob Marley avec qui il a enregistré sur ce nouvel opus un Freedom assez proche du Get up Stand up du Fabulous Bob. Jimmy Oihid n’est pas peu fier du compliment, lui qui partage avec les ténors du reggae roots, un attachement à certaines valeurs au premier rang desquelles figurent la paix, l’harmonie, le respect de soi et de l’autre.

"Selem Selem Aleikoum est une reprise d’une chanson de mon premier album qui n’avait pas eu le succès mérité du fait du déclenchement de la Guerre du Golfe. J’espère que cette fois-ci, rien ne viendra contrarier cette sortie" lâche-t-il en ce début d’été où rien ne semble pouvoir venir ternir son bonheur. "J’ai une femme fantastique et trois enfants magnifiques. C’est ma plus belle réussite. Que demander de plus ?" Rien à priori, quoique Jimmy Oihid avoue qu’un remix d’un de ses titres par Bob Sinclar pourrait donner un élan particulier à son Oriental Roots. "J’aime son travail et je pense que nos univers collerait assez bien. Pour mon prochain album, je vais retourner vers un son plus rhythm & blues en hommage à celui qui nous a quitté à Noël, James Brown."

Jimmy Oihid Oriental Roots musicast/ l'autre production (2007)