La Versailles 'Connection' au château

Alex Gopher, Étienne de Crécy, Phoenix et Air se sont retrouvés dans la ville où tout a commencé pour eux musicalement, Versailles. Les jardins du château de Louis XIV ont accueilli le 29 juin dernier, un concert sur l’eau (et sous l’eau) des quelques fleurons de la French Touch.

Electro sous les eaux

Alex Gopher, Étienne de Crécy, Phoenix et Air se sont retrouvés dans la ville où tout a commencé pour eux musicalement, Versailles. Les jardins du château de Louis XIV ont accueilli le 29 juin dernier, un concert sur l’eau (et sous l’eau) des quelques fleurons de la French Touch.

Une immense scène est posée sur pilotis dans le Bassin de Neptune, la plus grande fontaine, qui se trouve sur le côté droit du Château de Versailles. Des gradins en forme d’amphithéâtre encerclent le bassin. Ils se remplissent progressivement de spectateurs, alors que le ciel se dégage. En coulisses, Jean-Benoît Dunckel, du duo Air, confie : "Nous avons beaucoup fait de musique à Versailles. Alex Gopher nous a initié à l’art de l’enregistrement avec Étienne de Crécy. Nous retrouvons ce cocon versaillais, propice à la musique." Son complice, Nicolas Godin, ajoute : "le parc du château m’a inspiré musicalement." Thomas Mars, le chanteur de Phoenix, continue : "L’ennui nous a aussi pas mal inspiré." Il explique : "Les samedis soirs, il y avait peu de choses à faire à Versailles, alors nous faisions de la musique. C’était comme une liberté, quelque chose de jouissif !"

L’ennui inspirateur

Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin se sont rencontrés en 1984 au lycée Jules Ferry de Versailles, à quelques centaines de mètres du château. L’année suivante, ils créent le groupe Orange avec Xavier Jamaux (Ollano, Bang Bang) et Alex Gopher. Après deux années d’existence, le groupe se sépare, faute d’avoir convaincu une maison de disques. Alex Gopher s’engage, comme Étienne de Crécy, dans des études d’ingénieur du son. Jean-Benoît Dunckel devient professeur de maths et Nicolas Godin, architecte. Un copain du lycée, qui travaille sur les compilations Source Lab propose aux deux amis de composer un titre pour ce disque, carte de visite de l’electro française. Nicolas Godin enregistre en 1995 Modulor Mix, un titre hommage à l’architecte Le Corbusier. Il continuera à faire de la musique avec son désormais complice, Jean-Benoît.

Si Alex Gopher, Air et Étienne de Crécy font partie da la même bande, les musiciens de Phoenix sont des Versaillais un peu plus jeunes. Ils ont néanmoins été les premiers qui ont  accompagné Air pour leurs concerts à la télévision britannique. Les Daft Punk ont souvent été associés à Versailles, alors qu’ils étaient lycéens à Paris. Ils avaient notamment formé leur premier groupe, Darlin’, avec Laurent Brancowitz, l’actuel guitariste de Phoenix.

Air sous l’eau

Guillaume Bourgain, secrétaire général de Château Versailles Spectacles, qui a produit cet événement, expliquait comment est apparue cette idée  : "Après le tournage du film de Sofia Copola dans le château (ndlr : Marie-Antoinette), nous nous sommes rendus compte que les artistes les plus connus de la French touch venaient de Versailles. Nous souhaitions les réunir là où tout a commencé. De plus, cela nous permet d’attirer un nouveau public." En effet, le château n’avait pas encore accueilli de concert electro-pop dans ses jardins. Une version sans doute un peu plus décoiffante que les Plaisirs de l’Île Enchantée qu’organisait Louis XIV.

Mais le Roi Soleil ne s’est pas montré et la pluie a fait de la résistance. C’est sous des averses quasi ininterrompues que les différents groupes ont retrouvé Versailles, la ville de leurs premiers émois musicaux. Vers 21 heures, Alex Gopher a ouvert les festivités sous le crachin, réussissant son oral devant le public. Le musicien electro a récemment pris un virage pop-rock et s’est mis à chanter, ce qui a été plutôt convaincant sur scène, même s’il n’était pas encore très à l’aise.

Ce fut ensuite au tour d’Étienne de Crécy de réchauffer le public avec un DJ mix plutôt techno dans lequel il glissait allègrement des samples de ses premières productions (Prix Choc, Le Patron est Devenu Fou !) ou de Simian Disco Mobile. Vers 22h20, la pluie tombait de plus belle et les parapluies fleurissaient. Dans une brume de fumigènes, le groupe Phoenix est apparu, "nous sommes de retour à Versailles !" criait le chanteur. Le groupe a installé son studio d’enregistrement à quelques mètres de là. Les tubes se sont enchaînés, galvanisant la foule, encore plus excitée lorsque le chanteur a accosté en barque pour plonger dans la foule. Mais Thomas Mars a été interrompu par une coupure de son.

Après trois quarts d’heure d’attente, ceux pour qui une bonne partie des 7.000 spectateurs ont fait le déplacement arrivaient. Air apparaissait vers minuit, mais après deux chansons, Nicolas Godin déclarait forfait : "Désolé, mais avec la pluie, tous les synthés sautent…" Quelques minutes plus tard, les vigiles ont annoncé que le spectacle était terminé, au grand regret des spectateurs trempés.