FFF à Solidays 2007

Il fallait une cause alliée au plaisir pour que FFF, groupe funk-rock mythique des années 1990, se reforme. A l’appel des Solidays, Marco Prince, Yarol, Niktub, Krichou et Hervé ont répondu présent pour un concert survolté et unique, six ans après leur séparation.

Reformation ponctuelle du groupe de funk

Il fallait une cause alliée au plaisir pour que FFF, groupe funk-rock mythique des années 1990, se reforme. A l’appel des Solidays, Marco Prince, Yarol, Niktub, Krichou et Hervé ont répondu présent pour un concert survolté et unique, six ans après leur séparation.

Sur l’hippodrome de Longchamp, se lèvent les deux premiers jours de soleil d’un été jusque-là tristounet. Un ciel bleu éclatant, strié de nuages dorés, et plein d’herbe pour s’allonger, pique-niquer, rêvasser, jongler, squatter, l’esprit détendu, les oreilles et le corps dédiés à la musique. En neuf ans d’existence, le festival Solidays a su s’imposer comme le rendez-vous incontournable du mois de juillet : une sorte de "woodstock" parisien, une communion pour une génération engagée, où  insouciance rime avec conscience. Organisé par Solidarité Sida -quinze bougies cette année-,  Solidays, énorme caisse de résonance médiatique, reverse la totalité de ses bénéfices à la lutte contre la maladie.

Il y a quatre scènes, mais aussi une centaine d’associations, des expositions, des campagnes de sensibilisation, et des préservatifs qui volent, gonflés, vers l’azur. L’énorme machine -130.000 spectateurs en 2006- fonctionne grâce à l’énergie déployée de huit cents bénévoles. Surtout, Solidays s’enorgueillit, chaque année, d’un programme prestigieux, composé du fleuron en matière de rock, hip hop et électro, scène française et internationale. L’occasion d’applaudir une soixantaine de vedettes, pour un tarif modeste. L’édition 2007 ne faillit pas à la règle malgré –selon les mauvaises langues- l’absence de "vraies" têtes d’affiche, et une légère baisse de fréquentation. Jugez plutôt : Lauryn Hill, Joey Starr, Renan Luce, Abd Al Malik, Diam’s, Superbus, Oxmo Puccino illuminent le festival de leur énergie.

Et puis, à cause exceptionnelle, concerts exceptionnels. Spécialement pour Solidays, le mythique groupe de funk-rock FFF (Fédération Française de Funk), dont la tornade explosive sévissait sur l’Hexagone dans les années 1990, se reforme pour un concert unique.

Six ans après leur séparation, Marco Prince, Krichou, Yarol, Hervé et Niktub se donnent rendez-vous, survoltés, hilares, enthousiastes, et prêts à l’envoi de "bonnes vibes vers les étoiles." Les routes se recroisent : Krichou, le batteur, habite Madrid, où il sévit comme chorégraphe, et musicien pour la danse contemporaine ; le guitariste Yarol dirige le label Bonus Track Records ; tandis que le charismatique chanteur Marco Prince compose la musique de la cérémonie de la coupe du monde de rugby. Il ne connaît rien à l’ "ovalie", qu’importe, il y aura du haka !

Quelques coups de fil auront suffi pour réunir la joyeuse troupe : "T’es dispo ? –Ouais !". Car pour Solidays, pas d’hésitation qui tienne ! Pour tous, les emplois du temps s’arrêtent : une semaine de préliminaires avant l’explosion. "Ce n’est pas une reformation pour renflouer les caisses, mais pour servir la cause !" précise Marco Prince. "Chez nous, en France, pays confortable, le sida régresse. Nous oublions trop souvent que des Africains meurent chaque jour de la maladie !". Le "sens" de l’événement s’allie au plaisir, lisible. "Rejouer avec FFF, c’est comme refaire l’amour avec une femme que t’as beaucoup aimée, et tu te souviens de tout". La métaphore parle. La rupture fut consommée par consentement mutuel : "Après quinze ans de tournée mondiale, ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, nous sommes restés amis. Un tour de force !".  

Quelques heures avant le concert, les cinq avouent avoir "plus ou moins les chocottes". S’ils ont reçu pas mal de "retour d’amour" de leurs fans à l’annonce de leur reformation, ils redoutent l’accueil des néophytes : FFF ne parlerait-elle pas d’un temps que les moins de vingt-cinq ans ne peuvent pas connaître ? "J’ai hâte de voir la réaction de ceux qui ne nous connaissent pas" s’enthousiasme Yarol, "S’ils vont adhérer ou au contraire nous trouver complètement ringards ! "" Je leur pète la gueule ", rebondit Marco, tout sourire. A bon entendeur.

Depuis dix ans, le monde, Barbès, et la musique ont connu une révolution fulgurante ; un changement de visage : "Grâce aux petits labels et à Internet, l’art bénéficie d’une curiosité qu’il n’y avait pas forcément avant. C’est super excitant d’être musicien aujourd’hui" remarquent de concert Marco et Yarol. "Malgré la suprématie des majors, on observe un retour des vraies valeurs : la musique dans les caves, le côté artisanal". FFF, nourri aux Stooges, à Fela, Sly Stone, au hip hop, parrainé par Georges Clinton, n’a toujours joué qu’une seule musique, la "leur", celle qui leur fait plaisir : "un art fusionnel, avec des riffs, des mots, des trucs, ennemi des barrières et des formats, en équilibre entre le rock et le funk". La sauce prendra-t-elle ce soir ? "T’inquiètes, on va brûler tout ça !".

Sur scène, Marco Prince atterrit en salopette sur torse nu, des ailes d’anges derrière le dos, crête de punk élaborée, beau comme un demi- dieu doté d’un déhanchement infernal et sexy. De quoi faire se pâmer la majorité de l’assistance féminine ! Pour les autres, la tenue "psyché " semble de rigueur. Du début à la fin, l’énorme énergie ne faiblit pas. Les tubes s’enchaînent –Le pire et le meilleur, Barbès- pour le plus grand bonheur des fans, qui reprennent les couplets en chœur, et des autres, qui découvrent un époustouflant groupe de scène. La foule compacte tressaille, pogotte, hurle, mue par une hystérie collective. Sur scène, les cinq trublions dansent, envoient la sauce, remercient le public, s’amusent comme des gamins, ultime première fois, où les rêves à nouveau, se réalisent. Après un final de percussions dirigé par Krichou, Marco, Yarol, et Niktub se jettent dans la foule, pour un dernier slam, un clin d’œil, avant de repartir vers leurs destins individuels.

"FFF vous dit à bientôt !" hurle Marco. On aimerait y croire ! Voir ce que ces retrouvailles feront naître. On le redoute aussi. La splendeur du concert résidait dans cet éphémère, ce one shot. Juste pour la beauté du geste.