La dynastie Fela Kuti

Famille Kuti, je demande les fils ! Exactement dix ans après la mort du Black President retour en accéléré sur le parcours des deux fils de Fela, Femi, l’aîné et Seun, l’un des benjamins de la dynastie Kuti. L’afro-beat a encore de beaux jours devant lui !

Femi et Seun reprennent le flambeau

Famille Kuti, je demande les fils ! Exactement dix ans après la mort du Black President retour en accéléré sur le parcours des deux fils de Fela, Femi, l’aîné et Seun, l’un des benjamins de la dynastie Kuti. L’afro-beat a encore de beaux jours devant lui !

2 août 1997 – 2 août 2007. Il y a dix ans, après une vie de création musicale, de luttes et de résistances, Fela Anukilapo Kuti se retirait définitivement à 58 ans, pour "look and laugh" ("regarder et se marrer"). Lagos sort alors massivement dans la rue pour acclamer celui qui, de la moitié des années 60 à la fin des années 90, avait réussi à résister aux coups durs des différents généraux qui se succèdent à la tête du Nigéria. Fela a inventé un style musical nouveau : l’afro-beat, cocktail détonnant de high-life, jazz, funk, juju music, mâtiné de revendications politiques et de contestation sociale. Dix ans après, difficile de relever le flambeau de l’afro-beat, magistralement incarné par son créateur.

Imprimer l’afro-beat de sa propre marque

Légendaire compagnon de route du Black Président, le batteur Tony Allen, possède toujours une puissance rythmique hors pair, qu’il apporte à de nombreuses expériences, de Doctor L à The Good The Bad and The Queen. Il joue aussi parfois avec Femi ou Seun, pour des sets 100% afro-beat.

Femi Kuti, son aîné, a pris la relève. A quinze ans, lorsqu’il s’installe dans la République de Kalakuta, enceinte de barbelés dans laquelle Fela vit avec ses proches au nez et à la barbe de l’ordre établi, il grandit vitesse grand V. Ambiance descentes militaires, bouillonnement politique et musical, liberté et débrouille. Fela lui met un saxophone soprano dans les mains et en deux ans de travail acharné, le fiston peut intégrer la formation d’alors, Africa 70. Il part en tournée. En 1985, à 19 ans, il remplace même son père sur la scène de l'Hollywood Bowl de Los Angeles, tandis que Fela est arrêté par la police nigériane à l’aéroport de Lagos pour un prétexte fallacieux. Baptême du feu.

Depuis, Femi s’est imposé, créant The Positive Force, sa propre formation musicale. Ses débuts solo se veulent en rupture radicale avec la musique de son père. Femi s’aventure sur des terrains rock, fusion... Mais en tournée, lorsqu’il reprend un Shakara paternel, la terre tremble. Femi comprend alors qu’il peut imprimer l’afro-beat de sa propre marque. Opération réussie. Pourtant, les relations père/fils sont tumultueuses. Le titre 97 témoigne de l’ambiguité de ces rapports. "Parfois, je lui en ai voulu terriblement, mais il est difficile de tuer le père quand il est déjà mort..." avoue-t-il.

A la fin de sa vie, Fela sombre dans un délire que peu de ses proches comprennent. Paranoïaque, malade, il se rapproche de la sorcellerie et devient de plus en plus imprévisible. Il finit même par soupçonner la mère de Femi, Remi, sa première épouse, d’appartenir à la C.I.A. C’est la goutte de trop pour Femi et  I.D, biographe et compagnon de route de Fela.

Aujourd’hui, Femi a sorti trois albums internationaux, donné des centaines de concerts explosifs à travers la planète, remis sur pied le Shrine, coeur battant de l’afro-beat le et temple de la nightlife à Lagos.

"Jusqu’à mon dernier souffle"

Pour faire taire les accusations de détournement de mineures qui planaient au dessus de lui, Fela a épousé les vingt-sept danseuses qui vivaient à Kalakuta Republic. Inutile de préciser que sa descendance fut nombreuse. L’un de ses benjamins, Seun, avait quinze ans en 1997 et chantait devant une foule en émoi Sorrow Tears and Blood. En larmes sur le cercueil de son père, il jurait : "Je vais faire de la musique jusqu’à mon dernier souffle, de l’afro-beat".

Affublé des mêmes pommettes hautes, du même torse, du même dos musclé, de la même posture sur scène que Fela, il apparaît parfois comme son double. A 25 ans, Seun joue avec l’orchestre Egypt 80, dernière formation de son père - ou plutôt ce qu’il en reste beaucoup des membres originaux étant décédés ou partis. Tout un symbole. Seun assure : "Je dois jouer les chansons de mon père jusqu’à ce que je sois prêt". Avec un répertoire qui s’affine au fur et à mesure des concerts, Seun prend petit à petit la tangente. En live, il joue systématiquement quelques titres phares de son père. Et là, on transpire, on danse, mais on ne respire plus : Fela, est sur scène et chante Zombie !  L’effet fait mouche. Seun vient de sortir un maxi Think Africa et prépare un album.

A 25 ans, il appartient  toutefois à une génération toute autre que celle de son frère aîné, où la politique ne mobilise plus de la même façon, une génération désabusée aussi, dans un Nigéria où les gens cherchent surtout à survivre, une génération enfin où mondialisation rime avec consommation. Pas tout à fait le même contexte que la résistance des années 70 dans laquelle est née et à déferlé sur le monde la vague afro-beat.

Reste à voir quelle trajectoire les deux frères, Femi, celui qui a repris le flambeau de l’afro-beat et Seun, qui en assure la relève, vont donner au genre musical le plus hypnotique du XXe siècle.