<em>Piaf je t'aime</em>

Onze ans après la création de Piaf je t’aime, le spectacle est repris avec une quarantaine de chanteurs, danseurs et musiciens, dont Marie Orlandi, saisissante sosie vocale de la plus grande chanteuse française.

Une comédie musicale dans son cher Olympia

Onze ans après la création de Piaf je t’aime, le spectacle est repris avec une quarantaine de chanteurs, danseurs et musiciens, dont Marie Orlandi, saisissante sosie vocale de la plus grande chanteuse française.

Sans qu’il s’agisse à proprement parler d’une piafmania, le film La Môme d’Olivier Dahan a sans doute suscité de nouvelles envies d’évoquer et de célébrer la plus grande chanteuse française du siècle, comme on peut le voir en librairie ou chez les disquaires. Et ainsi peut-on revoir à Paris, cet été, la comédie musicale Piaf je t’aime, créée en 1996 au Cirque d’Hiver. Plus qu’une reprise, il s’agit d’une profonde refonte d’un spectacle qui avait connu un beau succès à sa création puis à ses reprises en 1997.

Dix ans plus tard, la troupe est plus nombreuse, pour que les trente chanteurs et danseurs occupent le vaste plateau de l’Olympia (la dizaine de musiciens sous la direction de Gérard Daguerre étant installés au balcon). Les qualités d’ensemble de la troupe, la beauté des costumes et le rythme du découpage de la trentaine de tableaux font de Piaf je t’aime un peu plus qu’un simple divertissement musical.

Jacques Darcy, le metteur en scène, raconte la vie et la carrière de Piaf au galop, s’arrêtant plus ou moins longuement sur des épisodes ou des personnages qui lui paraissent significatifs. Ainsi, on peut se réjouir qu’il ait choisi de faire du poète et dramaturge Jean Cocteau un personnage important. Ayant rencontré en effet "la môme" à ses tout débuts au cabaret, il lui resta toujours fidèle, la conseillant avec indulgence et la soutenant dans toutes ses épreuves, jusqu’à leur mort le même jour, en octobre 1963. Inversement, on peut trouver le personnage d’Yves Montand trop caricatural avec son immense chapeau de cowboy et ses airs de dépendeur d’andouilles, comme un Georges Moustaki en peintre, ce qui est loin d’être la réalité historique.

Tableaux dansés

Il est vrai que l’enjeu de ce spectacle n’est pas la précision biographique parfaite, mais l’évocation d’une destinée et d’une œuvre hors du commun. Ainsi, l’irrésistible entrain de l’accueil des Américains à la chanteuse, dans un tableau dansé d’une belle ferveur, rattrape-t-il l’idée saugrenue que ce soit Marlene Dietrich qui présente Marcel Cerdan à Edith Piaf.

Dans les premières années de la vie de Piaf, on s’amusera beaucoup de ces réverbères à moteur électrique sur lesquels les personnages sillonnent la scène pour constituer tous les décors de rue et de faubourg. Et la qualité des éclairages, surtout dans la deuxième partie, confirme les dons de dramaturge de Jacques Rouveyrolis. Ainsi, la scène suivant la mort de Cerdan, où la troupe entoure Piaf sur Mon Dieu, ou l’interprétation collective du Chant des Partisans, sont-ils de vrais moments forts, denses et mémorables de comédie musicale.

Un tel spectacle repose évidemment beaucoup sur la qualité de l’interprète du rôle titre. A la création, l’interprète originale de Piaf, Nathalie Cerda, avait emporté le Molière de la "révélation théâtrale". Marie Orlandi n’a peut-être pas les qualités de comédienne pour y prétendre mais elle fait entendre une performance étonnante de mimétisme dans le timbre, la prononciation et même l’accent chanté de Piaf. Vocalement, on regrettera seulement qu’il lui manque parfois un peu de la dynamique et de la clarté de diction de son modèle. Des Mômes de la cloche et Mon légionnaire à La Vie en rose (en version bilingue) et L’Hymne à l’amour, elle traverse le répertoire de Piaf avec une belle puissance expressive. Elle est aussi fort convaincante dans les chansons originales de ce spectacle, comme Pour chanter l’amour, superbe titre écrit pour cette comédie musicale par Claude Lemesle et Charles Dumont – oui, le Charles Dumont de Non, je ne regrette rien – et qui sonne dès lors comme une confession de Piaf elle-même.

Les spectateurs de la première version de Piaf je t’aime en retrouveront les moments de bravoure avec plaisir et salueront la disparition de l’Ange, personnage bavard qui alourdissait exagérément le spectacle à la création. Les autres découvriront une vision fort différente du point de vue sentimentaliste du film La Môme. Ça n’en fait pas une vision moins émouvante pour autant…

Piaf je t’aime, à l’Olympia, jusqu’au 12 août