La récolte de Najim

Jeune chanteur franco-algérien de raï à la voix remarquable, Najim dessine au fil d’un album à la production soignée, une belle mosaïque où l’on croise aussi bien la regrettée Cheikha Remitti que les deux jeunes talents du hip hop : Alibi Montana et Larsen. Si cette douzaine de plages ne révolutionne pas le genre musical oranais, la voix du chanteur et ses choix artistiques suffisent à attirer l’attention.

Le changement dans la continuité

Jeune chanteur franco-algérien de raï à la voix remarquable, Najim dessine au fil d’un album à la production soignée, une belle mosaïque où l’on croise aussi bien la regrettée Cheikha Remitti que les deux jeunes talents du hip hop : Alibi Montana et Larsen. Si cette douzaine de plages ne révolutionne pas le genre musical oranais, la voix du chanteur et ses choix artistiques suffisent à attirer l’attention.

Najim vient mettre fin à une décennie en demi-teinte pour le raï, à une décennie"makash walou" pour cette musique née dans l’ouest algérien rural et aujourd’hui totalement urbanisée. En effet, cela fait dix ans au moins qu’aucun chanteur à l’exception de quelques starlettes kleenex du raï’n’b, n’a posé sa signature en bas d’un contrat d’une multinationale du disque. Comme si une "scoumoune" planait au-dessus de ce genre musical qui n’avait pas besoin de ça pour partager les déboires épuisés en son temps par le rock’n’roll. Reconvertis en petites frappes de la gente féminine, ses rois et autres princes ont donné une sale image à une musique qui avait dû, avant cela, accuser le coup des assassinats du raï-lover en chef, Cheb Hasni ou du producteur inventeur du pop-raï Rachid Baba Ahmed.

Le dernier enregistrement de Rimitti

Artiste français d’origine algérienne, comme il se définit lui-même, Najim a publié au début de l’été Saba, un opus attendu depuis quelques mois. Cette douzaine de titres souligne l’attachement du chanteur au raï-love de Cheb Hasni, tout en piochant aussi dans d’autres strates de cette musique nourrie en permanence d’influences extérieures. Enregistré dans les premiers jours de mai 2006, N’rouhou N’zouhou permet de retrouver au côté du minot du raï, Cheikha Rimitti. "Elle était en studio avec nous, une semaine avant sa mort", confie le chanteur qui se souvient tendrement de ce monstre sacré du raï en l’appelant aujourd’hui encore par son prénom : "Saïda, c’était comme ma grand-mère. Elle était venue pour jouer de la t’bila (percussion du Maghreb) et c’est elle qui a décidé de m’accompagner au chant." Belle reconnaissance pour un gamin qui n’a jusqu’alors publié qu’un seul album (Kount Enhawes, en 2004) sans grand retentissement. "Mon style est rétro-moderne", commente Najim, soulignant par là même l’étendue et la diversité de son répertoire.

"Je suis né en janvier 1985 à Suresnes (France)", précise-t-il. "Ma mère est Française et mon père Algérien. C’est ma richesse !" Cette dualité émaillera tout l’entretien. Il faut dire que s’il est effectivement né en France, Najim a grandi en Algérie jusqu’à l’obtention de son bac. "Confié à mon père au divorce de mes parents alors que je n’avais que quelques mois, j’ai été élevé par mes grands-parents à Borj Bouaririj, dans l’Est algérien. Je venais en France pour les vacances", se souvient Najim. A 17 ans, il rejoint sa mère et retrouve son pays natal. "Je suis très à l’aise des deux côtés de la Méditerranée. C’est pour moi comme mes deux yeux", affirme le jeune homme aux cheveux noirs et au regard ténébreux.

Ouverture d'oreilles

"J’ai commencé à chanter à l’âge de 6 ans. Très vite, je suis devenu chef de chorale. A 12 ans, j’avais mon premier groupe (Le Groupe de la Paix). Je fais partie de cette génération qui connaît aussi bien les classiques du raï-trab, que les tubes du pop-raï et toute la variété internationale", clame-t-il en regrettant juste que l’ouverture d’esprit qui est la sienne, ne soit pas partagée par les programmateurs de certains grands réseaux en France. "Ils ont toujours du mal à diffuser les musiques arabes. Même Khaled, qui a vendu 4 millions d’exemplaires de son Didi, a dû attendre de composer Aïcha avec Jean-Jacques Goldman pour que sa musique soit diffusée plus largement sur les ondes. Son disque a été Disque d’Or en Inde avant de l’être en France", indique-t-il avant de tempérer son propos : "La mixité avance chaque jour un peu plus. C’est un mouvement contre lequel personne ne pourra aller. C’est d’ailleurs ce mélange qui ramènera l’ordre dans les esprits et dans la société."

Fan depuis toujours de Cheb Hasni, Najim affectionne tout particulièrement le raï love comme en témoignent plusieurs titres (H’Sabtek Ana, Châal Sabrat, Rani la Wahdi…) de cet album dont le titre (Saba) signifie Récolte. "J’essaie de me rapprocher de sa façon de chanter, de sa voix", explique le jeune homme dont les talents ont été repérés par Salah Rahoui, un producteur, auteur et compositeur qui a travaillé auparavant avec Khaled, Zahounia, Cheb Sahraoui, Samir Shukry ou les Gypsy King. "Nous sommes très proches et complémentaires. Il met en forme mes envies de chansons et je donne vie à ses créations. Je ne pourrais pas chanter des textes que je ne ressens pas. J’ai besoin de vivre la chanson pour la partager avec le public", théorise le jeune homme qui se réjouit de monter sur scène : "J’ai un groupe formidable. Mes musiciens sont des deux rives de la Méditerranée. C’est un plus indéniable."

Najim Saba (EMI / Virgin) 2007