Anne Sylvestre, un jubilé jubilatoire

Avec le réjouissant album Bye mélanco et un nouveau spectacle qui se déroule au Trianon à Paris du 25 au 30 septembre, l'auteure des fameuse Fabulettes, Anne Sylvestre, célèbre ces jours-ci cinquante ans de carrière.

Album et spectacle

Avec le réjouissant album Bye mélanco et un nouveau spectacle qui se déroule au Trianon à Paris du 25 au 30 septembre, l'auteure des fameuse Fabulettes, Anne Sylvestre, célèbre ces jours-ci cinquante ans de carrière.

Cinquante ans de chanson, ça en impose. Mais Anne Sylvestre en sourit : ça ne lui a pas semblé très long, depuis cette année 1957 où elle a débuté à la Colombe, cabaret à chansons de l’Ile-Saint-Louis. Cinquante ans de chanson et encore un nouvel album ces jours-ci, Bye mélanco, avant de célébrer son jubilé, à partir du 25 septembre au Trianon, et une nouvelle tournée. Cinquante ans de chanson et elle prévient : "Ça peut s’arrêter. Ça va s’arrêter, un jour. Je ne vais peut-être pas arrêter d’écrire, mais peut-être arrêter d’écrire des chansons. Ce n’est pas pour tout de suite."

Une nouvelle fois, elle a pris son stylo et écrit une série de chansons aux rimes exigeantes et à la fantaisie savante. Une écriture qui, à l’aube des années 60, tranchait avec la légèreté des yé-yé qui déferlaient à ce moment-là. Elle admet volontiers qu’elle ne sait guère écrire autrement : “Je m’aperçois quand j’écoute la radio en voiture que finalement je suis bien bête de chercher un début et une fin aux chansons. Il y a des tas de gens qui ne se fatiguent pas : on fait lalalala et on répète le refrain... Moi, j’ai mes vieilles habitudes et, quand je commence une chanson, j’aime savoir où elle va, ce qui est parfois compliqué.” Et elle continue d’écrire des chansons sur les thèmes les plus inattendus, comme Gay marions-nous, qui évoque avec liberté et fantaisie le mariage homosexuel, sur son nouvel album : “J’ai eu envie de m’amuser et je trouve que c’est une chanson engagée, à ma façon. Ça ne va pas plaire à tout le monde mais je m’en contrefiche.”

Signification et évolution

Elle sait combien les chansons peuvent prendre des sens et des couleurs inattendus, ou tout simplement ne pas être comprises. “Par exemple, j’ai écrit un jour une chanson qui s’appelait Le Western : "Tu te bats, Jane/ Si tu te bats, n’aie pas de peine/ Quand tu te bats, Jane/ Quand tu te bats, c’est le western." Pour moi, c’était évident et même impudique. Or, personne n’a compris ce dont il s’agissait. C’est l’histoire d'une femme opérée d’un cancer du sein : le soleil bleu, ce sont les rayons, les flèches empoisonnées sont évidemment la chimio… Ce n’était clair que pour quelques personnes qui en passaient par là ou quand on me demandait d’expliquer ma chanson.”

Et, de la même manière, certaines chansons lui échappent. Les amis d’autrefois s’adressait à quelques personnes que j’avais connues à l’école de voile des Glénans quand je commençais à gratter mes petites chansons à la veillée, avant d’essayer de devenir chanteuse. Et puis beaucoup de gens sont passés par les Glénans et la chanson a continué à y être chantée. Quand ma fille est allée y faire un stage, on lui a demandé si elle connaissait cette chanson et, sans rien dire, elle a chanté en chœur avec les autres. Mais maintenant, quand je chante Les Amis d’autrefois, le public d’autrefois croit que ça s’adresse à lui. Il y a un élargissement : les gens font ce qu’ils veulent des chansons. Je suis très chantée par les non-professionnels, les débutants, les écoles de chanson. Et dans les spectacles d’amateurs, j’entends des chansons dont je n’aurais jamais pensé qu’on pouvait les chanter tellement c’est personnel. Une chanson est comme un vêtement : une fois qu’on l’a faite, les gens peuvent l’habiter.”

Générations Fabulettes

 

Elles ont été habitées, ses chansons, et notamment ses Fabulettes qui depuis 1962 ont accompagné des générations successives d’enfants, dont beaucoup sont depuis devenus chanteurs – Sanseverino, Jeanne Cherhal, Aldebert, Agnès Bihl… C’est pour eux qu’elle a écrit Les Rescapés des Fabulettes, une chanson de son nouvel album, qui fait le lien entre son répertoire adulte et l’univers des enfants. Elle ne renie pas ses chères Fabulettes “qui ont quand même fait bouillir la marmite pendant des années” : l’année prochaine, elle sortira la suite des aventures de la petite Josette, qui sera le 18e CD des Fabulettes. Quant à la scène, elle maintient : “Je ne les chante pas en public. Même pas sous la douche. A mes petits-enfants, je chantais la Carmagnole ou Le Temps des cerises. Je ne leur ai jamais chanté les Fabulettes.” En revanche, elle avoue : “Quelquefois, pour me remettre d’aplomb, j’écoute quelques Fabulettes”. Ses chansons pour adultes ? “Non.” Peut-être trop de gravité, trop de profondeur, trop de sens. Car elle n’a pas forcément beaucoup changé en cinquante ans : “Je suis toujours agacée par les mêmes choses – l’hypocrisie, la bêtise –, attirée par les mêmes choses.”

Ses agacements sont parfois très personnels, comme avec La Poule aux œufs d’or : “V’là qu’la poule aux œufs d’or/ Veut garder son trésor (…) L’est fatiguée de pondre/ Fatiguée de s’faire tondre.” Elle en rit encore : “Tout le monde peut se retrouver là-dedans parce qu’au bout d’un certain temps, on en a marre de donner. Au départ, il y a quelque chose de très précis qui peut s’élargir : marre d’être exploité, marre de faire des cadeaux…” On ne sait plus si c’est l’Anne Sylvestre mère de famille, contribuable ou productrice qui s’exprime… “Je me suis bien amusée : une fois que j’ai commencé la chanson, je trouvais toujours quelque chose qui me faisait plus rire. Alors je ne crois pas avoir eu une chanson qui ait plus changé que celle-ci.”

Anne Sylvestre Bye mélanco (EPM/Universal) 2007 En concert à Paris au Trianon du 25 au 30 septembre 2007