Orchestra Baobab

C’est l’un des groupes historiques du Sénégal. Adulé dans les années 1970, il avait disparu. En 2002, surprise, le Baobab est revenu. Forts de l’accueil qu’ils ont alors reçu sur la scène internationale, ses valeureux gaillards se sont remis à l’ouvrage. Ils repartent sur la route avec un nouvel album épatant, Made In Dakar. Rencontre dans leur fief dakarois.

Seconde vie

C’est l’un des groupes historiques du Sénégal. Adulé dans les années 1970, il avait disparu. En 2002, surprise, le Baobab est revenu. Forts de l’accueil qu’ils ont alors reçu sur la scène internationale, ses valeureux gaillards se sont remis à l’ouvrage. Ils repartent sur la route avec un nouvel album épatant, Made In Dakar. Rencontre dans leur fief dakarois.

Dakar, samedi 9 septembre. A quelques jours du début du ramadan, on profite des dernières réjouissances proposées en ville, particulièrement denses ce soir. Au stade Iba Mar Diop la rappeuse française Diam’s fait un tabac, ailleurs en ville, dans différents clubs, on danse mbalax ou afro-cubain…  Situé tout près de l’Université Cheikh Anta Diop, le Just 4 U, l’un des endroits les plus branchés de la capitale, reçoit comme chaque samedi ses pensionnaires, l’Orchestra Baobab.

La petite bande s’installe sur scène autour de minuit, elle n’en redescendra que trois heures plus tard. Il y a du monde aux tables, un public mélangé d’Africains et d’Européens. On mange, on boit, on danse, on savoure l’exquise musique de ces canailles débonnaires en action qui vont faire oublier l’ondée passagère tout à l’heure, tant leur savoir faire est grand.

Sur la menue piste de danse, les corps se rapprochent pour danser à deux sur des rumbas et boléros candides, relus façon sénégalaise, sur ce délicieux mélange d’africain et de cubain faisant la marque de l’Orchestra Baobab. Sérieux, concentré, Barthélemy Attisso, avocat au barreau de Lomé, qui a repris la guitare après quinze ans d’interruption, quand le Baobab s’est reformé en 2001, captive l’assistance à chacun de ses solos, épatants de fluidité.  Le  saxophonistes Issa Cissoko joue un son rond et généreux. Lui au contraire d’Atisso a plutôt la fibre expansive. Il se ballade avec son instrument, charme les dames, fait le pitre. Les voix (dont Assane Mboup, Balla Sidibe, Rudy Gomis) emportent et grisent.

Ce soir comme à chacune de ses prestations,  l’Orchestra Baobab prouve qu’il a encore son mot à dire. "On nous croyait morts, mais un baobab ça ne meurt pas. Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît. Nous ne sommes pas morts, malgré les turbulences de la vie" plaisante Barthélémy Attisso à l’adresse de ceux qui s’étonneraient d’une résurrection aussi probante. "Le baobab, c’est un symbole de résistance aux années qui passent" renchérit Balla Sidibé, l’un des deux chanteurs fondateurs du groupe avec Rudy Gomis.

Un nom à haute valeur symbolique donc mais en fait aussi celui du club où a commencé l’histoire de l’Orchestra Baobab, formé avec des musiciens débauchés du Star Band, l’orchestre du Miami, club éminemment  populaire alors, situé dans la Médina. Ouvert en 1970 par deux hommes d’affaires et un politicien parent du président Senghor, le club Baobab va devenir le lieu nocturne le plus sélect de Dakar. Là où il faut être vu quand on est "important". "C’était un endroit très classe. Nous étions fiers de jouer pour tous ces gens élégants, pour l’élite. Nous le vivions comme un honneur" raconte Balla Sidibé.

Pendant cinq ans le Baobab va y officier avec une régularité constante. Le groupe va aussi tourner en Afrique (Cameron, Tunisie, Guinée), enregistrer des albums, payés par les propriétaires du club, puis changer de maison, après le décès en 1974 de l’un de ses chanteurs lead (Laye Mboup). En 1978 le Baobab s’installe pour six mois à Paris où il grave deux albums sur le label d’Ibrahima Sylla avant de repartir sur Dakar.

La belle histoire aurait pu continuer si un petit jeune à la voix d’or n’avait pas déboulé avec les rythmes trépidants du mbalax. En 1985, l’Orchestra Baobab se dissout, éclipsé par le succès fulgurant de Youssou N’Dour et de toute une nouvelle génération de musiciens qui modernisent les rythmes wolof et vont faire du mbalax la musique moderne hégémonique au Sénégal.

Quand il a entend la première fois l’Orchestra Baobab, le producteur anglais Nick Gold craque puis se met à rêver. Pourquoi ne pas remettre sur pied ce groupe dont la plupart des membres d‘origine sont encore là, se dit celui qui a permis la remise en selle de gloires oubliées de la musique cubaine, à travers le projet Buena Vista Social Club (près de 7 millions d’albums vendus dans le monde). Après un concert au Barbican Center de Londres, en 2001 et la réédition de Pirates Choice, le dernier enregistrement du groupe, qui datait de 1982, l’Orchestra Baobab signe son grand retour discographique en 2002 avec Specialist In All Styles, co-produit par Youssou N’Dour, fan de la première heure. Enregistré dans le studio Xippi de la star sénégalaise, Made In Dakar prolonge l’effet plaisir. Titres anciens et nouveaux s’y côtoient dans une parfaite harmonie et confirme que le Baobab reste un groupe fondamental.


Ecouter des extraits de l'interview d'Orchestra Baobab par Daniel Lieuze du Service Culture de RFI.


Orchestra Baobab Made In Dakar (World Circuit / Harmonia Mundi) 2007
Tournée européenne jusqu’au 15 décembre. A Paris (Elysée Montmartre) le 8 novembre, Agen (Florida) le 9, Bagnolet (Festival Villes des Musiques du Monde) le 10, Londres (Jazz Café) du 18 au 20, Amsterdam (Paradiso) le 29.