La mécanique de Dionysos

Pour composer, Monsters in love, son précédent album, Dionysos s’était inspiré du premier roman de Mathias Malzieu, chanteur du groupe. Cette fois-ci avec La Mécanique du cœur, la fusion est complète. L’histoire se décline aussi bien en livre qu’en musique. Emily Loizeau, Arthur H, Jean Rochefort ou encore Olivia Ruiz apportent leur concours à ce disque qui s’écoute comme une histoire complète ou comme une très bonne galette de rock !

La barre toujours plus haut !

Pour composer, Monsters in love, son précédent album, Dionysos s’était inspiré du premier roman de Mathias Malzieu, chanteur du groupe. Cette fois-ci avec La Mécanique du cœur, la fusion est complète. L’histoire se décline aussi bien en livre qu’en musique. Emily Loizeau, Arthur H, Jean Rochefort ou encore Olivia Ruiz apportent leur concours à ce disque qui s’écoute comme une histoire complète ou comme une très bonne galette de rock !

L’histoire débute en Ecosse, à Edinbourg, en 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Une sage-femme, sorcière à mi-temps, remplace l’organe défectueux par une horloge. L’enfant pourra vivre s’il évite toute charge émotionnelle comme la colère ou l’amour. Mais un jour, Jack croise le regard de braise d’une belle chanteuse des rues…

La suite vous la découvrirez aussi bien dans La Mécanique du cœur, version papier, le deuxième roman de Mathias Malzieux, que dans le disque du même nom, le sixième de Dionysos. "J’avais déjà commencé à me régaler des connexions entre les personnages de mon précédent roman et des chansons de Monsters in love, raconte Mathias, chanteur du groupe et auteur des textes. Ça m’avait tellement plu que là, quand j’ai commencé ce roman, j’ai eu envie d’écrire des petites chansons aux personnages. Et je me suis dit pourquoi ne pas aller au bout, lier le tout. Il n’y a  aucun titre sur ce disque qui n’est pas une fonction narrative. Après, ça ne veut pas dire que ce soit un album concept enfermant. On peut écouter l’histoire en entier ou seulement la plage 4 puis la 9 puis la 3, comme un vrai disque de rock’n’roll. Je ne voulais pas être intellectuellement excluant."

De la musique à voir

De fait, chaque titre pris séparément convainc même sans s’intéresser à la trame historique de l’ensemble. Dans la lignée rock volontaire au son suranné du précédent opus, on voyage à travers le temps et l’espace. Il y a le western spaghetti sauce Morricone de Candy Lady avec cuivres de mariachis, l’ambiance cabaret Kurt Weil sur le cultissime Cunnilingus Mon amour ou l’intro très Messe pour le temps présent de L’Homme sans trucage. Comme d’habitude la musique chez Dionysos ne sert pas seulement la mélodie, elle donne à voir, apporte du mouvement. Tel ce petit riff de guitare sur Le thème de Joe qui transforme un monologue en déclaration de guerre.

Cette façon cinétique de composer, déjà expérimentée dans les précédents albums, atteint son apogée sur La Mécanique du cœur grâce aux arrangements d’Olivier Daviaud. Cordes, cuivre chœur, on se croirait au cinéma, une impression qui ravit Mathias : "C’est la bande originale du livre et moi, j’ai fonctionné comme pour la bande originale d’un film tant dans les arrangements que dans le choix des invités qui interprètent les personnages du livre. Je me suis régalé à faire une transposition de casting de cinéma en me disant : Georges Méliès, ça pourrait être Jean Rochefort, Jack l’éventreur, Alain Bashung… Il n’y avait pas d’histoire de single ou de duo, ils venaient si l’histoire les branchait. Je me suis permis d’y rêver et j’ai eu la chance d’avoir des réponses positives."

Ce casting prestigieux (Arthur H, Alain Bashung, Eric Cantona, Grand Corps Malade, Rossy de Palma, …) apporte une couleur particulière à l’album. Sans tomber dans la grandiloquence des comédies musicales, chacun prend un plaisir évident à interpréter son personnage (la palme revenant à Jean Rochefort, toujours aussi perché). Les amateurs se raviront de la présence d’Olivia Ruiz sur quatre titres, les autres s’étonneront de la discrétion de Babet. Retenue par son aventure solo, la chanteuse violoniste n’a pu participer à la composition de l’album mais devrait revenir prochainement pour défendre La Mécanique du cœur sur scène.

Protéger la magie

Mathias définit ce projet comme un acte manqué de cinéma : "On a réuni pas mal d’éléments, on a les personnages, les voix, la musique, on a un clip mortel qui va arriver sur le titre Toi mon cœur. Ça dure 2 minutes 33 et il faudrait trouver les financements pour que ça dure une heure et quart. Est-ce qu’on sautera le pas, je me permets d’en rêver sans prétention." Avec Dionysos, il faut se méfier.

D’après Mathias, la surprise permanente, c’est la mécanique profonde du groupe : "On fonctionne comme ça, à l’envie, à l’élan et au besoin complet d’aventure. Au moment où on a commencé à avoir une réputation sautillante de scène, on a fait une tournée acoustique dans des salles avec places assises. On ne prend pas le contre-pied pour emmerder les gens, juste pour montrer qu’on peut exister à plusieurs niveaux. Après, on a continué sur Monsters in love en détournant beaucoup d’instruments acoustiques et on a fini la tournée par un concert symphonique. A chaque fois, c’est bien nous mais avec une plus-value. On doit protéger notre propre magie et notre capacité à nous émerveiller." Cette magie vous pourrez la retrouver sur scène à partir de mars 2008. Avec en point d’orgue les 14, 15, 16 juin aux Folies Bergères à Paris. Ces trois soirs-là, Dionysos ne proposera pas un concert "classique" mais La Mécanique du cœur en intégralité avec décors, costumes et tous les invités disponibles.

Dionysos La mécanique du cœur (Barclay) 2007