Zong, en chair et en os !

Baptisé Fractures, le deuxième opus de Zong est disponible sur l'Ile Bourbon depuis la mi-octobre, soit une quinzaine de jours avant sa commercialisation en métropole où il est défendu par une première tournée. C'est à Marseille, juste avant lors de leur troisième date sur le Vieux Continent, que le trio réunionnais (claviers, machines, batterie et voix) s'est ouvert à nous. Belle fracture !

Nouvel album du trio

Baptisé Fractures, le deuxième opus de Zong est disponible sur l'Ile Bourbon depuis la mi-octobre, soit une quinzaine de jours avant sa commercialisation en métropole où il est défendu par une première tournée. C'est à Marseille, juste avant lors de leur troisième date sur le Vieux Continent, que le trio réunionnais (claviers, machines, batterie et voix) s'est ouvert à nous. Belle fracture !

Un léger mistral refroidit la douceur marseillaise. A l'heure de l'ouverture des portes du Balthazar, à deux pas du cours Julien, en plein cœur de la ville, Zong termine ses balances. La machine tourne. Tout est en place. Drean, Costa, Fever et Galbek, l'ingé son connaissent leur boulot. Les voix sont claires. le niveau des retours ajusté au mieux. Ils ont su aller à l'essentiel. Viser la case plaisir.

C'est donc l'esprit tranquille que Drean, la chanteuse, précède ses deux hommes sur le lieu de l'interview, interview qui débute par un rituel résumé des épisodes précédents : "Tout a démarré au début 96. Zong est alors un duo" confie la chanteuse qui partageait la scène à l'époque avec Mister Zong. "Costa nous a rejoint l'année suivante. C'est lui qui a introduit les machines. En 2001, paraît Chromozong, un premier album que nous ne défendrons pas. Mister Zong ayant choisi de quitter le navire". Premier accroc dans la voilure. "En 2002, Costa et moi accueillons Fever, notre batteur. Zong redémarre et nous construisons un nouveau répertoire que l'on enregistre en 2004 en Afrique du Sud, un pays voisin que nous découvrons alors et dont on tombe amoureux, au point d'y revenir régulièrement depuis." A la fin de l'année, Paradis Thématik est disponible sur l'île où le chik' (chikungunya, ndlr) ne fait pas encore la une des journaux. Faute de distributeurs, l'album mettra plus de deux ans avant d'être en vente ici.  

Le Zong nouveau est arrivé

Trois bonnes années se sont écoulées entre l'enregistrement de ces deux opus. Ce qui pourrait paraître comme la principale raison de l'évolution notable du groupe, n'est en fait qu'un détail de la chronologie du trio. En effet, c'est une banale chute de la chanteuse en glissant sur un des jouets de son fils, qui tel un battement d'ailes de papillon a provoqué le plus grand chambardement créatif de l'histoire de Zong depuis l'arrivée de Costa et de ses machines. "Cette fracture du coude a tout remis en cause. A commencer par la deuxième session d'enregistrement. Blessée, avec deux vis dans le coude, j'avais perdu tous mes repères. Je ne pouvais plus bouger comme j'en avais l'habitude, plus respirer de la même façon, ni même de jouer de kayamb (sorte de shaker à plat typique des îles Mascareignes). Ma voix avait changé. Je ne la posais plus pareille. Plus sensible, mais aussi plus rageuse quand je devais envoyer le boulet. J'ai du tout réapprendre".

Ce que confirment les garçons qui viennent de rejoindre la chanteuse. "C'était autre chose et il fallait apprivoiser cette nouveauté. On ne pouvait pas faire comme si rien ne s'était passé" ajoute Costa. "De plus, cette chute nous a obligé à annuler la tournée que nous devions faire" précise Fever. "Tout cela a finalement servi l'ensemble d'une manière que l'on ne subodorait pas alors" analyse-t-il avec le recul. Comme un signe du destin, ils acceptent cette nouvelle donne et retravaillent la douzaine de titres de cet album qu'ils baptisent du nom de ce malencontreux accident. Preuve qu'inconsciemment, ils savaient ce qui se jouait alors. Fever en profite même pour s'atteler à la partie graphique de Fracture, du visuel de l'album (un somptueux quatre volets aux jaunes étincelants, aux bleus saturés et au gris chaleureux) aux annonces presses, affiches... etc.

Leur propre matière sonore

Remaniée, cette douzaine de titres ouvre de nouveaux horizons au groupe. Pour la première fois, Drean profitant de ce break inattendu, tirant parti de cette fracture, s'autorise à écrire en créole. "Sur Paradis Thématik, j'avais enregistré Mahavel, un titre qui n'est pas de moi. J'étais comme effrayée par cette langue qu'ont si bien servie Alain Peters ou Danyel Waro, pour ne citer qu'eux. Là, je signe trois titres en créole : Coz, un berceuse pour mon fils, Cok Racé et Pendyé" explique cette créole blanche dont la famille est originaire de métropole, d'Afrique et de Madagascar.

Dommage pour la carte postale et heureux présage quant à la singularité du personnage. A la voir sur scène, on pourrait facilement imaginer qu'elle est née dans une rave avec un cœur qui bat la chamade à 180 bpm minimum. Il n'en est rien. Drean a fait partie 20 ans durant, de l'ensemble folklorique de la Réunion. "Naturellement, à une époque j'ai rejeté tout cela, mais maintenant c'est digéré et ça peut venir nourrir nos compos …mais dans une approche toujours très personnelle". Au kayamb ou au bobre (arc musical cousin du bérimbau brésilien), Drean s'autorise sa propre grammaire. "Au kayamb, je passe du ternaire au binaire. Je ne suis pas dans la tradition maloya".

"Ce qui nous intéresse c'est de faire notre cuisine avec des ingrédients qui nous soient personnels" rebondit Costa. "On est notre propre matière sonore. Si on a envie d'une boucle, d'un son, on le fait. On ne va pas piocher chez les autres". Cette "patte" est renforcée par la cohérence du trio qui a, au fil des ans et des rencontres (avec les Marseillais de WatchaClan, les Sud-Africains de The Constructus Corporation ou les Parisiens d'Interlope...) a acquis une aisance et une complicité appréciable. Sur scène, Drean n'hésite pas à s'effacer pour laisser les deux mâles qui se sont rencontrés au service militaire, s'affronter dans d'énergiques improvisations fort appréciées par le public. Au-delà du rappel, ce dernier continue d'ailleurs à applaudir ces trois musiciens tout droit venus des chaleurs de l'été indien, affronter l'hiver métropolitain.

Zong Fractures (Bi-Pôle/Rue Stendhal) 2007