Cali donne L'Espoir

Cali, Eurockeennes de Belfort Music Festival 2008 © CATARINA/SAMSON/Gamma-Rapho

Cali sort son troisième album, l'Espoir, quelques semaines avant son départ pour une nouvelle longue tournée. Son nouveau disque marque notamment le retour à une inspiration moins directement tournée vers le couple et ses cahots. Rencontre.

RFI Musique : Comment s’est passé le travail avec Mathias Malzieu, qui a coréalisé votre nouvel album ?
Cali : Mathias et moi sommes très proches, nous avons partagé beaucoup de scènes avec Dionysos. Nous projetions depuis très longtemps de faire quelque chose ensemble et là, c’était l’occasion. Je lui ai dit : "J’ai un petit studio à côté de la maison, est-ce que tu veux venir m’aider ?" A ce moment-là, il écrivait La Mécanique du cœur (ndlr : dernier album de Dionysos) mais il est quand même venu. Ce qui énorme, c’est qu’il a transformé le studio en terrain de jeu, ce à quoi je n’étais pas habitué. Je l’ai vu arriver avec ses yeux pétillant de malice et d’intelligence autour de mes chansons. On a rigolé, on ne s’est jamais pris au sérieux, les gens qui venaient nous visiter en studio, disaient que l’on n’avait pas l’air de faire un album. Et, finalement, sur le disque, on a gardé beaucoup de premiers jets. Le matin du jour où on a enregistré Je ne te reconnais plus, je n’imaginais pas que j’allais l’enregistrer avec Olivia Ruiz. Simplement, elle est venue embrasser son chéri, on lui a demandé de chanter et on a gardé sa voix sur l’album. Tout ça, c’est la philosophie de vie de Mathias : picorer un peu partout, prendre du plaisir…

Et avec Scott Colburn (producteur du dernier Arcade Fire, d’Animal Collective et de Robert Wyatt), qui a produit le reste du disque ?
C’était la même philosophie : un travail très organique, le plaisir, garder le premier jet… Alors les journées de studio ont été incroyables : à trois heures de l’après-midi, c’était fini et on faisait des bœufs avec les musiciens jusqu’au bout de la nuit. Les gens du studio, à Carpentras, n’avaient jamais vu ça.

 

Pourtant, cet album sonne plus sophistiqué, plus lyrique que les deux précédents…
Quand je compose sur ma guitare ou mon piano, je fantasme les arrangements. Pour Résistance ou surtout pour 1000 cœurs debout, j’ai demandé à Scott Colburn un arrangement qui rappelle Arcade Fire dans la puissance et l’union avec le public. Et à la fin de la chanson, je me suis dit qu’on va bien s’amuser sur scène. J’espère que le public chantera avec moi.

Dans cet album, vous faites clairement allusion, notamment, au grand meeting de Ségolène Royal au Stade Charléty, à Paris. L’Espoir marque, à peu près en même temps que le nouvel album de Bernard Lavilliers, le retour à une chanson française assez franchement politique. Est-ce une évolution consciente ?
On a vécu l’année dernière quelque chose d’historique, quelque chose d’incroyablement violent et remuant. J’ai vu de près un milieu que je ne connaissais pas, j’ai vu de près des hommes et des femmes politiques se faire tuer tous les jours et renaitre le soir même. La déception du résultat a été telle qu’il a été nécessaire d’écrire des chansons là-dessus pour atténuer. Et, au-delà, il y a l’espoir, justement. Je suis toujours émerveillé quand je vois des jeunes de seize ou dix-huit ans sortir dans la rue et hurler – le futur vient d’eux. Notre génération est peut-être un peu résignée. Les jeunes qui arrivent n’ont pas vécu nos déceptions, ils ont la rage au cœur et le poing levé, l’éternité dans les yeux.

Vous reconnaissez-vous des professeurs de chanson politique ?
Sans hésiter, je dirais Noir Désir. Et Léo Ferré, bien sûr. Mon père l’a vu en concert, m’a raconté la violence des réactions à ce qu’il disait et à ce qu’il chantait, les spectateurs qui lui crachaient dessus et qui l’acclamaient... Dans le rap, j’ai été troublé par IAM. Et puis il y a Le Déserteur, évidemment, qui est toujours d’une telle actualité, quand je vois ces jeunes qui vont se faire butter en Irak.

 

A la fin de l’album, vous avez placé une chanson assez politiquement incorrecte et d’une grande violence de ton, Le Droit des pères. Pourquoi ?
Je tiens à cette chanson à la fin du disque, comme Le Vrai Père à la fin de Menteur. Je soutiens une association qui s’appelle Les Papas = les Mamans (www.lplm.info), qui affirme que si on sépare un enfant de son père ou de sa mère, on casse son équilibre et qu’il ne peut pas être heureux.
Je me souviens avoir été dans un tribunal glauque de Perpignan avec une femme que j’avais aimée et qui m’avait aimé, avec qui j’avais fait un enfant. Nous étions chacun avec notre avocat et on regardait nos souliers en suivant un cortège de couples qui étaient en train de se déchirer. Ce jour-là, je n’ai pas eu la garde de mon enfant et on m’a autorisé très peu de visites. Je suis sorti dans la rue, j’étais déchiré, c’était un meurtre. Cette chanson est la chanson que j’aurais pu écrire à ce moment-là. Je la mets aujourd’hui sur mon disque parce que tout va mieux pour moi, parce qu’on a fait le deuil de notre amour, parce que notre enfant n’est plus une monnaie d’échange – c’est juste notre enfant, qui a besoin de son père et de sa mère. Or, il y a tous les jours des parents qui continuent à vivre le chagrin énorme de cette histoire. Cette chanson est une chanson d’espoir, pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls.

Cali L’Espoir (Virgin/EMI) 2008
Début de la tournée en mars 2008. Du 14 au 16 avril au Zénith de Paris.