Mariana Ramos, la re…belle du Cap-Vert

La jeune chanteuse Mariana Ramos, bien que déjà titulaire de trois albums, dont Mornador, sorti en janvier dernier, a enfin réalisé l'un de ses rêves, celui de venir présenter son nouveau disque sur les terres de l¹archipel du Cap-Vert d’où elle est originaire. Au programme, deux concerts, un sur l'île de Santiago, dans la capitale  Praïa et l’autre sur celle de Sao Vicente, à Mindelo, une rencontre avec les rabelados, peuple qui est un cas unique dans son "petit pays", sans oublier les échanges avec les médias locaux et français, qu’elle a conviés à assister à ce voyage initiatique.  Reportage avant son concert parisien le 16 février au New Morning.

Voyage musical dans l'archipel

La jeune chanteuse Mariana Ramos, bien que déjà titulaire de trois albums, dont Mornador, sorti en janvier dernier, a enfin réalisé l'un de ses rêves, celui de venir présenter son nouveau disque sur les terres de l¹archipel du Cap-Vert d’où elle est originaire. Au programme, deux concerts, un sur l'île de Santiago, dans la capitale  Praïa et l’autre sur celle de Sao Vicente, à Mindelo, une rencontre avec les rabelados, peuple qui est un cas unique dans son "petit pays", sans oublier les échanges avec les médias locaux et français, qu’elle a conviés à assister à ce voyage initiatique.  Reportage avant son concert parisien le 16 février au New Morning.

Mariana Ramos, qui s'enorgueillit de "révolutionner"  la musique traditionnelle capverdienne, malgré les douces contre-indications de son père, le célèbre musicien Toy Ramos, a assuré le premier de ses deux spectacles le 28 décembre à l'Auditorium National de Praïa.

Bien que cette venue ait été préparée plusieurs mois à l'avance, parée à tous les impondérables de dernière minute, ils furent  tout de même bien au rendez-vous : prix de la location de la salle passée du simple au double ou encore deux musiciens sur les quatre attendus, coincés à l’aéroport de Paris. Deux incidents qui n'ont pas entaché la bonne humeur de Mariana, préparée à toute éventualité. Son manager et son frère, également du voyage, ont eu quelques heures pour trouver deux remplaçants, avant de devoir envisager une formule en trio. A midi, les perles, pas si rares que cela, au Cap-Vert, étaient dénichées. En effet, dans cet archipel, comme le note l'écrivain et ethnologue Jean-Yves Loude, 11 personnes sur dix font de la musique !

Chez les Ramos, tout se passe en famille et de surcroît, toujours dans la joie et la bonne humeur. A commencer par Daniel, le compagnon manageur et Ilidio, le frère de Mariana, qui fait office de régisseur et gère même les tickets d’entrée à l’Auditorium ! Sans oublier, Valérie, la belle sœur de Mariana, qui met elle aussi la main à la pâte et n’hésite pas à aligner quelques pas de funana au pied de la scène, le rythme roi au Cap-Vert, avec Ilidio, son mari !

28 décembre, auditorium National de Praïa. Dès les premières notes, le public est conquis par Mariana qui fait ce qu’elle veut de sa voix. Sans partitions, le bassiste et le pianiste, recrutés au pied levé, se fondent au sein de la petite équipe, sans anicroche. Le public, y compris l’ambassadeur de France au Cap-vert, présent ce soir-là, ne se rendra compte de rien, jusqu’au moment où la chanteuse rendra hommage à ses intérimaires de luxe.

La majeur partie des chansons sont écrites en créole portugais et même lorsqu’elles sont en français, comme Ilidio, la consonance a toujours un goût de créole. Le public en redemande. Vers la fin du spectacle, il s’enthousiasme de plus belle pour Valentino, le batteur et percussionniste, pour son solo inattendu. Le musicien quitte sa batterie de temps en temps, et se promène le long de la scène en tapant le sol avec ses baguettes. Puis de ses mains, il bat le rythme sur son torse musclé, c’est l’euphorie !

Rabelados

Dans l’après-midi, alors qu’elle n'a pas encore effectué ses balances, Mariana Ramos se rend à Espinho Branco, le village des rabelados, situé à une heure et demi de route de Praïa. La chanteuse part à la rencontre d'une communauté chère à son cœur.

Rabelados, ce nom vient de "se rebeller". Il y a plus d’un demi-siècle, ce peuple a choisi de se détacher de ses frères capverdiens. Cette rébellion s’est faite, à l’époque où de nouveaux prêtres, décident de s’installer sur les îles du Cap-Vert dans le but de moderniser l’église catholique. En complet désaccord avec cette évolution de leur religion, ce groupe d’environ mille personnes, qui se considèrent africains et non métisses, s’isolent des années durant. Certains d’entre eux furent persécutés, battus et séparés. Un grand nombre de leurs leaders furent déportés dans différentes îles du pays et même en Angola. Aujourd’hui, ils acceptent de plus en plus de renouer des liens avec leurs compatriotes.

Le Hiace, mini bus local, secoué par les milliers de pavés, passe par de nombreux villages où enfants et adultes lèvent régulièrement le pouce pour saluer ceux qui traversent leur village. A Espinho Branco, nous sommes accueillis par Misa, artiste peintre, de retour dans son pays, après 23 années d’immigration, qui prône l’ouverture à ces fameux rabelados. Une démarche qui ne fut pas vraiment simple pour Misa, qui dut se remettre en question, avant d’être intégrée. Ce fut le cas pour sa façon de s’habiller. En effet, chez les rabelados, les femmes ne portent pas de pantalons et protègent toujours leur tête avec un foulard.

Pour la remercier du don qu’elle a fait à leur association, Mariana Ramos reçoit en échange, de nombreux présents confectionnés par les rabelados.

Misa note qu’à chacune de ses rencontres avec Mariana, elle lance un livre de poèmes. La chanteuse capverdienne nous confiera un peu plus tard qu’elle ne serait pas contre le fait de mettre un jour les poèmes de Misa en musique. Elle souhaite aussi que le travail artisanal de ces rabelados ne les pervertissent pas.

Belle journée à Mindelo

Le lendemain, direction Mindelo, pour une autre formule de concert, celle du plein air, qui est plus du goût de Mariana, surtout, lorsque son père, célèbre musicien de l’île, vient la rejoindre le temps d’une chanson ! Puis Boy Ge Mendes, non moins célèbre, pour son titre Cé la vida.

Pour couronner le tout, l’ex-maire de Mindelo qui viendra danser avec elle sur scène ! Mariana Ramos est comblée. Bertrand Delanoë, en fera-t-il de même au New-morning le 16 ? A vérifier pour celles et ceux d’entre vous qui seront présents à Paris !


Ecouter des extraits de l'interview de Mariana Ramos par Alain Pilot de RFI Musique.


Mariana Ramos Mornador (Casa Verde Productions/Sony BMG) 2008
Concerts : le 16 au New-Morning, à Paris